Jean lassalle en montreur d'ours.
De Pascal Labadie à Monein, ce texte inspiré par la situation chaotique de l'ours en Béarn et la Coupe du monde de rugby. À l'approche de la Coupe du monde de rugby, je m'en vais vous raconter une partie d'ovalie qui dure depuis plus de dix ans et qui met en scène une sélection régionale des plus incongrues. Le capitaine et seconde ligne de cette escouade n'est autre qu'un célèbre Aspois qui anime nos troisièmes mi-temps en entonnant « Aqueros Mountagnos » à répétition pour éviter les bilans d'après matches douloureux et l'âpreté de son jeu.
Le ballon est représenté par un ours qui se dégonfle depuis longtemps en Béarn. Dans les vestiaires, notre meneur d'hommes répète son discours bien rodé : « En avant les petits, nous sommes les petits poucets, opprimés mais soudés.....»
C'est le début du match. Le coup d'envoi est donné pour l'occasion par un représentant de l'IERN (International Europe Rugby Nature), M. Marc Natura 2000. Nos avants composés par les urnes d'Ossau, Aspe et Barétous récupèrent rapidement le ballon mais se font pénaliser pour sa conservation au sol. Notre seconde ligne, grand pourvoyeur de ballons en touche, s'en donne à cœur joie. Cependant, à chaque mouvement de jeu, il dégage d'un énorme coup de pied en touche, et ce malgré les combinaisons spectaculaires annoncées avant match.
Le demi d'ouverture, issu du monde pastoral, réalise en avant sur en avant malgré un équipement tout neuf et renouvelé à chaque saison et accuse un ballon glissant. L'arrière, chasseur de son état, tape d'improbables chandelles en annonçant un «Pool» caractéristique. Les esprits s'échauffent et l'homme en noir venant de Paris sévit enfin en infligeant des cartons jaunes puis rouges.
Mais les avants du cru restent sur le terrain, le bousculent... Il n'est pas à la hauteur de l'événement. Les ailiers, au maillot vert, décident alors de quitter le terrain, fatigués d'attendre la « béchique » (ballon en Gascogne) en trépignant d'impatience, voulant franchir la ligne, signe de la survie du ballon. Mais voilà, le jeu est terne, uniquement basé sur la défense. Le jeune public des vallées quitte à son tour les tribunes pour regagner des terrains plus productifs et ambitieux. Les sponsors locaux et régionaux de l'équipe se posent des questions sur les réelles motivations et tournures de cette partie. D'âpres discussions sont en cours au centre de la pelouse, mais plus personne ne se soucie du ballon réduit en peau de chagrin à force d'être piétiné. Il jonche le sol, inerte. « Vite, chantons ! », s'écrie le capitaine. Le spectacle continue...