Il est là, sur l’estrade de la Concorde, jubilant face aux caméras, en ce 6 mai 2007 ; on voit qu’il s’agite, il est même parvenu à s’incruster au premier plan, entre Cécilia et Nicolas, il faut dire que c’est un pro de l’image et de la publicité personnelle, Christian. Ancien coureur motocycliste, il a commencé sa carrière sous les auspices de l’excellent Jacques Médecin. Il est donc là, rayonnant, car la victoire de Nicolas, c’est un peu la sienne. Il ne cesse d’ailleurs de le répéter, à qui veut bien l’entendre, ce sont de vieux amis de vingt ans !
Christian Estrosi, c’est le roi des lobbyistes, le politicien parti en croisade contre le loup en France, pour satisfaire quelques uns de ses électeurs, à qui la présence de l’animal sauvage ne convenait pas. L’homme a le droit d’abattre des millions de têtes de bétail, à la chaîne, et de s’empiffrer jusqu’à l’obésité, mais le loup, lui, presque toujours famélique, n’a même pas la possibilité de manger quelques animaux pour survivre. La voix paternelle de l'actuel ministre soutenait ainsi de loin les cris de colère de certains bergers comme celui de cet éleveur qui, devant les caméras, éructait sérieusement : «le loup, on l’acceptera quand il sera devenu végétarien!»
Et pendant qu’on nous montrait complaisamment des cadavres de moutons déchiquetés, Christian continuait d’oeuvrer à l’Assemblée pour que l’on puisse «prélever» des loups, terme pudique pour dire «tuer», un peu comme l’on disait retrancher des unités quand on exterminait en masse les vaches «folles». La coexistence entre l’homme et l’animal est un problème difficile, auquel il n'existe pas de réponse simple, mais quand des hommes du calibre d’Estrosi s‘en mêlent, il devient insoluble.
C’est donc grâce à l’énergie déployée par le triste sire que, dans certaines circonstances, il était devenu légal d’abattre les représentants d’une espèce protégée (depuis juillet 1993). Président de la commission de l’Assemblée en 2003, Estrosi a en effet tout dit, tout fait, tout tenté, pour ridiculiser les écologistes, ces doux rêveurs nourris de fantasmes extravagants sur Mère nature, ces fanatiques, gavés d’intolérance et d’idéologie marxiste. Du Palais Bourbon, en passant par la télé, la presse écrite, la radio, sans relâche, il aura agité l’épouvantail du Grand Méchant Loup. «Plus de 12 000 brebis auraient (sic) été égorgées par les loups en moins de dix ans», déclarait-il sérieusement au Nouvel Obs, en mai 2003. Mazette ! Rentrez vite dans vos chaumières, les trois petits cochons ! le Grand Méchant Loup est revenu.
Liens : pour se détendre, une magnifique séquence vidéo sur un couple de loups en Russie. Les loups remontent lentement vers le nord de la France et nous espérons qu'avec des responsables courageux et volontaires comme Nathalie Kosciusko-Morizet, nous parviendrons à gérer une réalité qui se révélera certainement de plus en plus complexe.
"Les articles du mon blog (Laurent Dingli) sont, pour la plupart, des retranscriptions de mes carnets ou de ma correspondance associative. L'écologie y tient une place prépondérante. Ma prise de conscience, dans ce domaine, a débuté en septembre 1995 quand, ma femme et moi avons vu un documentaire de la chaîne japonaise NHK sur les destructions de l'environnement. Il nous a bouleversés. Quant à la question particulière de la condition animale, nous y avons toujours été sensibles. Aujourd'hui, je soutiens le Pacte écologique de Nicolas Hulot. J'estime, en effet, que seule une démarche non partisane nous permettra de relever le défi de la biodiversité."
Un blog que j'aime bien.