Franska dans la lettre de la SECAS

Lorsqu'on parle "d'espèces en voie de disparition" ou au statut précaire, notre pensée va immédiatement à la faune des continents lointains. On songe au tigre, au panda, au dindon ocellé du Mexique, rarement à la marmotte des Alpes ou à l'ours des Pyrénées. La lettre de la SECAS crée une nouvelle rubrique qui traitera désormais de cette par­tie de la sauvegarde des espèces qui devrait nous importer au premier point.

La mort de Franska

L'actualité pyrénéenne a été marquée cet été par la mort de l'ourse Franska, renversée par une voiture le 9 août 2007 à 6h30 du matin sur la voie rapide proche de la commune de Vigère, à environ 5 kilomètres au sud de Lourdes. Elle venait du massif du Pibeste, longeait le gave de Pau, et se dirigeait vers le massif de Hau­tacam. Franska avait déjà été aperçue traversant cet axe routier et sa présence était signalée. On peut alors se poser certaines questions. Qu'attendait-on pour aider cette pauvre bête, apparemment déboussolée, à retrouver un territoire qui lui convienne? Cela faisait plusieurs semaines qu'elle alimentait les conversations et que la tension des anti-ours s'exacerbait à son endroit. Pourquoi les décisions pour intervenir ont-elles pris autant de temps ? Est-ce dû à de la bureaucratie ? Lorsqu'on gère une population animale, le temps de réaction doit être rapide et on ne peut se permettre, quand on a face à nous des extrémistes, à laisser traîner les choses.

Car on a bien l'impression que Franska, après avoir été introduite en 2006, a été quelque peu abandonnée à son sort ! Preuve: les plusieurs dizaines de plombs retrouvés dans le corps lors de son autopsie ! Ceci démontre le harcèlement dont elle a été l'objet et qui sont certainement la cause de son comportement atypique. Pourquoi un animal sauvage qui recherche habituellement le calme et la distanciation vis-à-vis de l'homme, se serait mis à traverser et retraverser une route très fréquentée si ce n'est qu'il était sans cesse dérangé, pourchassé, blessé, stressé ?

N'oublions pas les dépôts de miel contenant du verre pilé, les battues illégales et la mort des autres ours dans des conditions, à chaque fois, plus que douteuses ! La secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, a demandé un complément d'enquête au procureur de la République: "Il m'apparait important que l'enquête que vous conduisez suite à la mort de l'ourse Franska puisse s'intéresser à l'ensemble de ces circonstances et que les responsabilités pénales en découlant, qu'elles relèvent de l'application des textes sur les espèces protégées ou de la police de la chasse, puissent être recherchées par vos soins."

Il est à rappeler que la Directive Européenne "Habitats, Faune, Flore", plus communément appelée Directive Habitats, s'applique aux pays de l'Union Européenne depuis le 5 juin 1994 et qu'elle a pour objet d'assurer le maintien de la diversité biologique par la conservation des habitats naturels, ainsi que de la faune et de la flore sauvages. Il y est dit en substance :

  • "que, eu égard aux menaces pesant sur certains types d'habitats naturels et certaines espèces, il est nécessaire de les définir comme prioritaires afin de privilégier la mise en œuvre rapide de mesures visant à leur conservation;
  • qu'il convient d'encourager, dans les politiques d'aménagement du territoire et de développement, la gestion des éléments du paysage qui revêtent une importance majeure pour la faune et la flore sauvages;
  • qu'il importe d'assurer la mise en place d'un système de surveillance de l'état de conservation des habitats naturels et des espèces visées par la présente directive" ...

Dans ce sens, Mme Nathalie Kosciusko ­Morizet a souligné que le renforcement de la population d'ours brun dans les Pyrénées répond aux obligations communautaires de la France en matière de préservation de la biodiversité et répond à la directive Habitats. La sauvegarde de notre patrimoine faunistique ne doit donc, en aucun cas, être orientée et régentée par des groupuscules aussi extrémistes que dangereux qui n'hésitent pas à mettre à sac la Mairie d'Arbas, à menacer les enfants d'un défenseur de la nature et à vouloir organiser la Montagne comme bon leur semble en défiant l'Etat!

On ne sait encore quelle sera la suite des évènements et si d'autres ours seront réintroduits. Nous espérons, quant à nous, que les "nuisibles" seront désormais empêchés de perpétrer leurs exactions, poursuivis et punis. Et que l'on puisse enfin gérer nos derniers lambeaux de nature qui subsistent en France de manière la plus appropriée et la plus saine.

Viviane Tytelman
Rédactrice en chef

Mauvaise foi des éleveurs

Début juillet, 94 brebis sont mortes d'une chute en montagne en Ariège, et immédiatement, les opposants à l'ours ont crié "Haro sur l'ours !" Or, l'expertise réalisée sur place par les techniciens est pourtant formelle: Aucun élément relevé sur le terrain ne permet de mettre l'ours en cause. Aucune trace de prédation sur les brebis, aucun indice de présence d'ours sur l'estive.

Les dérochements de troupeaux en montagne ont malheureusement toujours existé, y compris avant le retour de l'ours. La cause d'un tel évènement peut très bien être l'orage, un chien ou même un sanglier. Mais voilà: de toutes les causes possibles, seuls les dégâts d'ours sont indemnisés, parfois "au bénéfice du doute". Ceci pousse donc les éleveurs à tout faire pour incriminer l'ours, y compris mentir et faire pression sur l'administration de manière scandaleuse. N'ont-ils pas organisé une manifestation l'an dernier devant la Préfecture de Foix, pour se faire payer des veaux dont une expertise vétérinaire a révélé qu'ils étaient morts de maladie?

De même, de sérieux doutes planent sur l'indemnisation d'un autre dérochement en Ariège en 2006, qui aurait été, en réalité, provoqué par des chiens appartenant aux éleveurs eux-mêmes ... Paradoxalement, c'est donc la souplesse du système d'indemnisation des dégâts d'ours qui se retourne contre lui. Et les éleveurs font ainsi d'une pierre deux coups : ils sont indemnisés et ils chargent injustement l'ours de tous les maux de l'élevage pyrénéen.

Nous, qui avons milité pour l'instauration de cette mesure d'indemnisation "au bénéfice du doute" dénonçons aujourd'hui les manipulations malhonnêtes de certains éleveurs, qui provoquent une dérive du système d'indemnisation et des effets pervers se retournant contre la protection de l'espèce! Nous ne manquerons pas de saisir l'administration de ce problème et demanderons si nécessaire la suppression de cette clause détournée.

Farid BENHAMMOU
Géographe

Source : La lettre de la SECAS (Société d'Encouragement pour la conservation des Animaux sauvages)

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