Cher Monsieur,
La position partisane de la Dépêche en ce qui concerne le dossier ours des Pyrénées me révolte depuis longtemps. Comment pouvez-vous laisser passer un article comme celui de ce jour dans votre journal ? La rencontre avec une ourse (suitée de surcroît) est un événement dont tous devraient se réjouir et la fin de l’histoire démontre que le plantigrade, une fois de plus, présente moins de danger pour l’homme qu’un gros sanglier ou qu’un cerf (en période de brame). Le ressenti de ce pseudo-promeneur, qui utilise l’événement pour distiller des affirmations que même les enfants du primaire ne commettraient pas, surtout dans les Pyrénées, sue la manipulation.
Eduquer, la vocation d'un organe d'information
Quasiment chaque semaine, la Dépêche du Midi nous apporte ainsi de nouveaux articles assortis de commentaires tendancieux sur l’ours. La première urgence, en matière d’ours, c’est l’éducation du public et la démystification de sa dangerosité vis-à-vis de l’homme. A mon avis c’est la véritable vocation d’un grand organe d’information comme le vôtre.
Je suis en train de rédiger un ouvrage sur les peuplements d’ours en Europe. 23 pays en abritent que j’ai visité pour la plupart. Les cas d’attaques sur l’homme sont infinitésimaux et, de plus, ils se produisent dans des régions, la plupart du temps plus petites que les Pyrénées, qui regroupent au moins 1000 ours. En Roumanie, par exemple, il y aurait 6500 ours sur une surface comparable à la partie française de la chaîne.
Les éventualités de rencontre sont sans commune mesure avec notre pays. Et même là-bas les dommages sont souvent le résultat d’imprudences de la part des hommes, par exemple à la suite de l’attaque de chiens sur un ours. Cela ne vous rappelle rien ? L’Ours craint l’homme dans nos pays et cherche d’abord à s’éloigner, faut-il le rappeler.
Donner la parole à des spécialistes...
Allez-vous, enfin, donner la parole à un spécialiste qui puisse parler, sans langue de bois, de ce dossier dont le grand absent est l’ours lui-même ? Je vous mets au défi de m’autoriser une saine explication de texte. Mais, attention cela pourrait «décoiffer», en particulier chez les alliés traditionnels de votre publication.
pas aux aux pouvoirs locaux
Le consensus anti-ours qui lie certains vieux politiciens locaux, une partie des dirigeants des syndicats agricoles et les derniers tenants d’un élevage ovin de grand-papa ressemble au mariage de la carpe et du lapin tant leurs intérêts sont objectivement différents. De plus, les principaux intervenants de ce lobby pragmatique ne vont pas tarder à être atteints par la limite d’âge. Pourtant ils continuent à sévir, au détriment de la crédibilité de votre journal.
Copinages et compromissions
Dirigeants de la Dépêche, en matière d’Environnement et de Biodiversité, la vraie, pas celle de la FNSEA qui la limite, dans son imposture, aux seules races domestiques, prenez conscience que nous sommes entrés dans le 21 ème siècle ! Il faut cesser ces copinages honteux et ces compromissions. L’Ours, emblème des Pyrénées, n’a rien à voir avec tous ces calculs mercantiles et politicards.
Publiez au moins une fois que les éleveurs ovins des Pyrénées perdent de 20 à 30 000 bêtes chaque année, alors que les Ours «endossent» au plus la responsabilité de 300 moutons tués ! Je dis bien «endossent», car en cette matière, comme certains chasseurs, beaucoup d’éleveurs sont souvent bavards et vantards et leurs propos sont régulièrement rapportés par des personnes présentes. L’Omerta n’est plus ce qu’elle était, mon bon Monsieur.
La chasse aux subventions est un sport national dans notre bon pays, comme le clientélisme courte-vue, les oukases corporatistes et syndicaux et la chasse «entre soi», bien arrosée comme il se doit.
Natation à contre-courant
L’opinion publique française, pourtant souvent sous informée en la matière, commence à pratiquer la nécessaire dichotomie entre les propos des pithécanthropes des fonds de vallées, «chauffés» par leurs politiciens démagogues et séniles, et ce qu’elle soupçonne être la réalité du terrain. Les habitudes et ce que les microcéphales appellent les traditions, alors qu’il ne s’agit que d’immobilismes, sont tellement confortables et rassurantes !
Je suis à votre disposition ! Sans illusions.
Jean-Paul Mercier