Un accroc dans le bel ouvrage de Slow Food

par Patrick Pappola

«Slow Food» est un mouvement à priori bien sous tous rapports et proche des valeurs écologistess. Il y a pourtant un accroc dans le bel ouvrage que tisse cette association qui, je le répète, a toute ma sympathie. Mais un bon caillou dans la chaussure, ça finit toujours par faire mal. En effet, parmi les seulement huit produits français qu'elle promeut en tant que «sentinelles du goût», figure le mouton AOC Barèges-Gavarnie.

Oh, à priori je n'ai rien contre ce mouton, bien au contraire, encore que, en grattant davantage, je me rends compte que les producteurs de cette AOC sont les éleveurs pyrénéens parmi les plus virulents et violents contre la présence de l'ours dans ces montagnes.

Et alors ? Et bien, je trouve vraiment dommage que Slow Food qui attache beaucoup d'importance à la préservation de la biodiversité (agricole, certes) n'ait pas fait preuve de davantage de discernement. Il est dommage de légitimer, à cause de ce mouton AOC devenu «sentinelle», l'opposition déplorable entre la biodiversité agricole et la biodiversité naturelle (opposition que les éleveurs de cette AOC revendiquent sans trop rougir).

Je vous assure pour les connaître et les subir depuis plusieurs années, que les éleveurs du Barèges-Gavarnie AOC (Pays Toy) et leurs amis anti-ours n'y vont pas avec le dos de la cuillère dans les violences contre l'ours et ses défenseurs. Voilà à quoi leur opposition frontale à l'ours a pu mener et voilà les méthodes d'intimidation qu'ils cautionnent.

Et tout ceci n'est hélas qu'un échantillon de leur «savoir-faire» en la matière, la liste étant hélas bien longue des menaces et malfaisances commises. Ils sont réellement pour l'éradication totale de l'ours dans les Pyrénées (sauf à le confiner dans des réserves forcemment clôturées).

Pire : à travers le décret de leur AOC, ils ont réussi à «verrouiller» la non présence de l'ours sur les montagnes de cet élevage en obligeant les producteurs à laisser vaquer les moutons «en liberté totale de jour comme de nuit» (1), sans berger permanent l'été, donc sans possibilité de mise en place du dispositif efficace de lutte contre les attaques d'ours : présence effective du berger, chiens patous de protection, regroupement nocturne du troupeau. Ce que le ministère de l'écologie tricote d'un côté, le ministère de l'agriculture le détricote de l'autre : un grand classique.

Ainsi est «décrétée», au sens littéral du terme, par un texte de 2003 une zone d'exclusion de l'ours et de cohabitation impossible au cœur des Pyrénées. D’habitude, les AOC sont accordées pour des produits qui respectent des «pratiques loyales et constantes». On en est loin !

L'AOC Barèges-Gavarnie, sous couvert de «biodiversité» affichée, est une réelle entourloupe en matière d'écologie : «les animaux sauvages, derrière des barreaux, les animaux domestiques en liberté et sans bergers.»

Pendant ce temps, d'autres producteurs d'agneaux des Pyrénées, toujours en silence et avec obstination, sous les menaces, s'efforcent d'accepter l'ours et la montagne telle qu'elle est depuis les origines du pastoralisme : ils cohabitent avec l'ours et produisent un excellent agneau (bio ou pas) : le Broutard de l'estive du Pays de l'ours.

«Voilà assurément les courageux éleveurs que Slow Food aurait mieux fait d'encourager et de sélectionner comme «sentinelle » en place et lieu des producteurs de l'AOC Barèges Gavarnie. S'il reste encore du sens au terme «biodiversité».

Patrick PAPPOLA

(1) Articles 3 et 4 du décret du 15 septembre 2003 relatif à l'appellation d'origine contrôlée «  Barèges-Gavarnie ». JO n° 218 du 20 septembre 2003 page 16137 NOR: AGRP0301483D.

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