Le voyage de Bruno Besche-Commenge dans les Asturies

Retranscription de l'interview vidéo de Bruno-Besche Commenge réalisée par Ariège News.
Les intertitres sont de la buvette.

Le développement durable à partir des races autochtones

Bruno-Besche-Commenge BBCBruno Besche-Commenge : Moi, je suis personnellement en contact avec les asturiens depuis bientôt 2 ans pour des problèmes qui ne concernent pas l'ours ni le loup (parce que pour eux, le gros problème, c'est le loup !) qui au delà de ce problème concerne qu'est ce qu'on peut faire en commun au niveau d'un véritable développement rural, en particulier autour des races locales.

Alors nous, il y a la gasconne en Ariège, la Castillonnaise, la Tarasconnaise, Merens. Eux ont aussi leurs propres races bovines, ovines et caprines. Et on essaie de regarder, on est en train de le mettre sur pied d'ailleurs, comment Asturies, Pyrénées, pourraient essayer de faire quelque chose au niveau du développement durable à partir des races autochtones.

Alors les problèmes de l'ours et du loup arrivent en second par rapport à ça. Ce n’est pas notre problème premier. Notre problème premier, je le répète, c'est qu'est ce qu'on peut faire pour que les gens vivent avec ces races et avec un élevage de type développement durable.

Asturies : un problème de loup

Eux sont confrontés à un problème de loup, qui amènent certaines zones entières des Asturies à ne plus avoir d'ovins ni de caprins, à ne plus pouvoir faire certains fromages parce que les brebis et les chèvres sont mangées par les loups. Ils n'ont pas vraiment de problèmes avec l'ours puisque, pour des raisons historiques, il y a toujours eu des ours dans des zones de réserves particulières, réserves de chasse en particulier, réserves de biosphère ensuite, et zones donc dans lesquelles il y a une dépopulation rurale absolument énorme et où les gens désespérés, un petit peu, utilisent, et on ne peut pas le leur reprocher du tout, l'image de l'ours comme produit touristique pour essayer qu'au moins, il y aie encore des jeunes qui restent un petit peu, ce qui ne se produit pas. Il y a encore un exode rural, il y a encore de grandes difficultés à garder ces populations dans ces vallées. Mais donc, à notre inverse, ils ont l'ours, en particulier dans des zones où il a toujours existé et où, aujourd'hui, ils le considèrent comme leur dernière chance économique. Donc on ne peut pas dire qu'il y a deux situations parallèles.

Des ours pyrénéens gras nourris à la viande

Nous pour l'ours, on se trouve confronté au fait qu'il n'y a plus d'ours pyrénéens; on le sait. L'ancien président du parc National, Etchélécou l'a dit cent fois. La souche pyrénéenne, elle est finie. Alors, on le regrette mais ... y en a plus ! On a été confronté à quelques chose qui sidère les asturiens eux-mêmes : c'est l'importation d'ours slovènes, dont des travaux récents fait par des écologues asturiens lors d'un colloque scientifique qui a eu lieu je crois en 2005; des chercheurs biologistes ont fait un travail sur le nourrissage des ours en Slovénie, dans lequel ils montrent que depuis deux siècles, les ours slovènes sont nourris avec des cadavres d'animaux domestiques : chevaux, bovins etc. A l'origine c'était pour faire des points de fixation pour que les chasseurs fortunés puissent venir tirer les ours. Cela a continué à être fait au niveau du mode de gestion.

Des ours asturiens faméliques qui ont du mal à survivre

Quand on montre cette situation aux éleveurs asturiens qui eux ont des ours qui ne sont pas en très bonne santé physiquement. Ils n'ont pas assez à manger. Ils descendent même aux portes des villes, on en a même vu passer sur les plages (C'est très proche de la montagne, 30 km entre les sommets et les plages), à la recherche de quoi se nourrir. Alors c'est des ours que les copains là bas me décrivent (moi je n'en ai jamais vu hein) comme un peu famélique, un peu maigre, qui ont du mal à survivre, mais c'est vrai que les éleveurs, dans les zones où il y en a n'ont pas de problèmes avec eux. Ils en ont avec les ruches ou accessoirement, mais c'est vrai aussi qu'ils n'y a plus d'élevages ovins ou caprins dans ces zones. A Somiedo, c'est simple, les quelques uns qui ont encore des brebis, c'est comme nous les poules au jardin : 5 brebis pour les quelques élevages où il y en a encore.

Donc on ne peut absolument pas comparer les deux situations. Par rapport à l'ours :

Vallée de Somiedo, désespoir des gens tout à fait compréhensible (c'est des gens remarquables), désespoir des gens par le fait que toutes les forces vives de Somiedo fichent le camp donc l'image de l'ours comme une sorte de bouée de secours auquel on se raccroche et personne ne peut le leur reprocher.

Nous, situation tout à fait différente, on a des brebis, il y a des jeunes qui se réinstallent, plusieurs centaines de milliers de brebis sur la chaîne et des ours carnivores depuis deux siècles qu'on nous importe. Donc c'est vrai que c'est, que sur ce plan là, il y aurait des millions de chose à dire, mais que sur ce plan là, on a des situations qui ne sont pas comparables. Voilà.

Bruno Besche-Commenge

Un problème d'hommes, pas d'ours

La biodiversité acceptable se limite pour Bruno Besche-Commenge aux races domestiques qui entretiennent (quand elles sont bien menées) les paysages ouverts. Les ours ce n'est pas la biodiversité, ce ne sont que des ennuis, comme la forêt qui progresse sur des terres défrichées par les ancètres éleveurs.

Il est surprenant de constater que les populations d'ours asturiens "faméliques" progressent et se rapprochent, dans l'acceptation populaire (Lire "Cantabrie, les ours des 2 noyaux se rapprochent") et que par ailleurs, dans les Pyrénées française, la population d'ours gras et carnivores, elle, tend à disparaitre au millieu d'une minorité d'éleveurs agressifs et prêts à tout pour les "aider" un peu.

Chasseurs et bergers sont parfois les mêmes ! René Marquèze est donc en quelque sorte le sauveur qui a fait sauté l'alibi de la sauvegarde de l'ours. Grace à lui, la défense du plantigrade est devenu «un luxe couteux, une lubie d'écolos parisiens et de nostalgiques en manque de sauvage et de retour au sources ». Le discours est bien rôdé.

Et si le problème ne venait pas des ours mais des hommes ?

  • D'un côté, des asturiens qui cohabitent et en tirent profit;
  • De l'autre, des pyrénéens bornés qui refusent la cohabitation, touchent les primes, profitent au maximum des failles du système, suppriment les ours illégalement et cherchent à détruire leurs territoires tout en se présentant comme de grand défenseurs de la nature, à grands coups de "biodiversité" et de "développement durable".

Nous retrouvons ici un cas exemplaire de la rhétorique anti-environnementale parfaitement décrite par Laurent Mermet dans son étude "L’Institution Patrimoniale du Haut Béarn" où le paragraphe " beaucoup de réaction anti environnementale, un peu d'intégration de l'environnement" décrit les méthodes utilisées par les acteurs qui combattent la protection de l’environnement. Plus c'est gros, plus cela marche. Je n'ai effectivement rien contre la protection des races "autochtones", pmais pas sur le dos de l'ours.

Derrière cette interview de Bruno Besche-Commenge, ma foi conciliant et reconnaissant l'acceptation de l'ours en Asturies, se cache aussi le militant de l'ADDIP, celui qui cherche à faire capoter les démarches de conciliation du ministère. Ces voyages d'étude cherchent à rapprocher les points de vues et à dénouer la crise. Mais les ultras pastoraux de l'ADDIP ou Louis Dollo ont d'autres objectifs : la mort définitives des ours sauvages et le refus des contraintes liées à la protection des troupeaux.

La mort des ours ne changera pourtant rien au prix de l'agneau de Nouvelle-Zélande et à la crise du pastoralisme. Mais l'ours est un mythe unificateur qui permet aux éleveurs de se regrouper et de retrouver une énergie que la crise disout lentement.

L'ours n'est qu'un instrument, un animal manipulé par ses détracteurs comme par ses protecteurs d'ailleurs ; c'est bien loin d'être un animal sauvage, il est cantonné, déplacé, surveillé, suivi, pourchassé, empoisonné, plombé.

Si la France ne décide pas de protéger efficacement et rapidement ses derniers ours contre ceux qui cherchent à lui nuire mais aussi la tranquilité et l'étendue de ses territoires, ses lieux et périodes de repos, ses couloirs de passages, ses sources d'alimentation, la population du plus grand des mammifères français n'aura pas d'avenir. "L'ours brun n'est pas en danger, puisqu'il en reste ailleurs". Jolie manière de refiler le problème aux voisins et de se laver les mains pour de petits esprits rétrogrades et manipulateurs. Alors pourquoi chercher à sauver les races autochtones ? Il y a plein de brebis en Ecosse, en Irlande, en Nouvelle-Zélande et en Australie, pas besoin d'en avoir en France. De plus la progression de la forêt dans les territoires de montagne sera un puit d'oxygène pour lutter contre le réchauffement climatique. Nostalgique du bruit des sonnailles ? Il y a des CD en vente chez les disquaires. Les brebis ne sont pas plus précieuses que les ours. Au diable l'intérêt, la fonction et l'usage. A quoi cela sert un ours, une brebis ? A quoi cela sert un berger en déficit chronique ? L'ours, l'homme et les brebis ont le droit de vivre dans leur territoire, la montagne. Et si l'homme changeait ?

Bruno Besche-Commenge : L'Etat nous ont flanqué dans un piège

Bruno Besche Commenge est un "scientifique" qui argumente pour les associations ultra pastorales. Au lendemain du retour de voyage dans les Asturies, une source bien informée et digne de foi a envoyé à la buvette des alpages l'extrait d'un échange entre Bruno Besche-Commenge et quelques responsables d'associations de défense du patrimoine bien connues. Le sujet ? L'Etat, en préparant le voyage dans les Asturies aurait tanté de manipuler les éleveurs.

Le diable est partout ma bonne dame. Les fonctionnaires ne sont plus ce qu'ils étaient. Rappelez-vous les interventions dans les forums de Louis Dollo injuriant les fonctionnaires, les tentatives pour discréditer les responsables de l'Equipe Technique Ours, les veaux d'Aston, les tentatives pour discréditer les personnes chargées des constats de dégâts sur troupeux, Augustin Bonrepaux dénoncant le noyautage du ministère de l'Ecologie par les associations. L'Etat est le seul partenaire, mais il est corompu et contre les éleveurs, la théorie du grand complot continue. Que la FNSEA vienne à votre secours...

A., un des contacts espagnol de Bruno Besche-Commenge lui aurait dit après les dernières évolutions de ses relations téléphoniques avec le ministère asturien : "Una trampa, ils vous ont flanqué dans una trampa", un piège. Bruno Besche-Commenge ajoute "C'est comme si nous ils nous envoyaient à Yellowstone pour voir que tout va bien avec les loups! Heureusement que nos délégués sont affûtés et que A. est très bon !"

Bruno Besche-Commenge a découvert un article de "Nueva Espana" qu'il désire "mettre au chaud" pour le rapport final de l'ADDIP. "Je ne connaissais que la pré-visite de l'ADET or il y a eu aussi une visite de notre Ministère pour bien bétonner." Le linguiste et spécialiste en dialectique pense que deux acteurs sur trois (L'ADET et le Ministère de l'Ecologie) ont participé à la préparation du voyage selon des formes qui les arrangeait en excluant les représentants du monde pastoral qu'il nomme le 3ème partenaire. "Je ne vous dis pas le bordel que ça a été pendant que je faisais James Bond en Asturies pour essayer d'organiser une rencontre avec une autre voix."

Il se propose aussi de raconter aux différents responsables ultrapastoraux dispersés dans les diverses associations les pressions exercées par le ministère asturien de l'environnement et du développement rural (il précise bien "dans cet ordre") sur certains éleveurs pour qu'ils n'interviennent pas et ne témoignent pas lors du voyage de la délagation française dans les Asturies. "J'ai passé 2 jours un peu sauvages et j'ai encore moins dormi que d'habitude, je crois que j'étais un peu énervé!"

Le grand complot devant être dénoncé, Bruno Besche-Commenge ajoute que "cette inégalité dans la préparation devra être vigoureusement soulignée dans le rapport et rendue publique." Ce voyage est, me semble-t-il, organisé par l'Etat qui "invite" des participants. Il est normal que ce voyage aie été préparé. Le reste n'est qu'un délire paranoïaque de persécution. Suspectant la même préparation "orientée" pour les voyages à venir, suivants, Bruno Besche-Commenge invite ses partenaires à surveiller la presse italienne des Abruzzes pour voir "ce qui se mitonne" du côté du Trentin où il pense celà "fonctionne pareil". Il termine en se réjouissant "que le chemin sera long pour transformer les Pyrénées en une sorte de Somiedo".

Paranoïa pastorale ou pastoralisme aveugle ?

Voilà dans quel état d'esprit complètement paranoïaque les "délégués" du milieu pastoral ont fait le déplacement dans les Asturies. Alors que les autres associations prennent la gestion modèle espagnole en exemple, pour eux "Tous les participants au voyage se sont accordé à reconnaître que la restauration de la population d’ours en France a été une suite d’échecs successifs." et "Pour nous comme pour les autres membres de la délégation, l’évidence de l’impossible transposition du modèle asturien à nos Pyrénées".

Je t'aime moi non plus

Ai-je du mal à lire le français ou est-ce un nouvel épisode d'utilisation du langage ipéhachébé, une nouvelle version de "Je t'aime moi non plus" ? Relisons les communiqués respectifs :

Le FIEP dans "Pas d'anti ours dans les Asturies"

  • "Les rencontres avec les interlocuteurs espagnols (élus, éleveurs, chasseurs, associations, administrations, acteurs du tourisme…) ont souligné l'attachement unanime à l'ours dans cette région."
  • "La démonstration a été faite que  dans les Asturies, l'ensemble des acteurs a pris conscience de la richesse de leur patrimoine commun symbolisé par l'ours et de l´intérêt de sa préservation pour l'avenir de leur région."

L'ADET dans "L'ours, la démonstration espagnole"

  • "Pas un seul interlocuteur, pas un seul éleveur, n’a exprimé un début de contestation sur la question de l’ours. Au contraire, les espagnols ont insisté sur la nécessité de protéger cette espèce classée autant par la loi espagnole qu’asturienne comme en «danger d’extinction». Ils ont apporté une preuve supplémentaire, s’il le fallait, que l’existence d’autres populations d’ours bruns dans le monde n’exonère personne de ses obligations en matière de lutte contre l’érosion de la biodiversité."

L'intention des ultra-pastoraux est clairement de saboter ces tentatives de dialogue et de concertation et d'établir un vrai dialogue de sourd. D'un côté, exclure les associations pro-ours, de l'autre se présenter comme les seuls interlocuteurs valables :

  • Marie-Lise Broueilh : "Notre seul interlocuteur c'est l'état, nous n'avons rien à voire avec l'ADET ou une autre association environnementaliste."
  • Marie-Lise Broueilh : "Nous revenons légitimés par le ministère dans le rôle incontournable que nous avons à jouer pour sortir de 10 ans d’une crise préjudiciable à tous, dans lequel notre interlocuteur ne pourra être que l’Etat."
  • Louis Dollo : "Décidément, l'ADET n'est pas et ne pourra jamais être un interlocuteur des territoires de montagne tant cette association fait preuve d'un obscurantisme idéologique."

Dans le communiqué de l'ADDIP, il y a bien une lueur d'espoir : "Il nous appartient de faire des propositions concrètes d’avenir pour les Pyrénées qui, s’inscrivant dans ce triple cadre, porteront des projets concrets de développement durable dans les rôles qui ont toujours été les nôtres, adaptés aux spécificités territoriales des Pyrénées mosaïque de situations différentes : production agricole pour nourrir les hommes, - création et maintien de paysage et de biodiversité, - offre de sites et d’activités de loisir pour ceux qui les visitent, - emplois et plaisir de vivre pour ceux qui y habitent."

Mais dans ses perspectives, on ne trouve pas un mot sur la survie des ours, uniquement :

  • "nourrir les hommes" (comprendre vendre des agneaux et des fromages),
  • "maintenir le paysage" (les estives pastorales sont opposées à la forêt envahissante responsable de "l'ensauvagement du territoire")
  • "maintenir la biodiversité" dont l'ours est exclu; la seule bonne biodiversité étant la pastorale et celle des espèces domestiques autochtones chères à Bruno-Besche-Commenge.

Est-il utile de payer des voyages à ces opposants pour qui les mots "concession", "compromis" ou "dialogue" sont inutilisables et pour qui les objectifs consistent simplement à torpiller les démarches et le dialogue organisé par l'Etat, le seul interlocuteur qu'ils supportent encore en poussant des cris de vierges effarouchées.

Que vont être leurs propositions concrètes ? Un parc à ours et des grillages comme à Proaza. Ah, non c'est vrai, le modèle asturien n'est pas exportable dans les Pyrénées. Ouf !

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