Scientifiques d’Allemagne, d’Autriche, de Croatie, d’Espagne, de France, d’Italie et de Slovénie ont travaillé de concert pour comparer les déplacements des ours transportés dans un autre pays et de ceux relâchés sur site de capture, afin d’évaluer l’impact de ces translocations sur le comportement spatial des ours.
Entre 1989 et 2006, 3 régions d’Europe ont été concernées par des opérations de lâchers dans le cadre de programmes de renforcement de populations d’ours brun : 3 ours en Autriche, au nord-est des Alpes ; 8 ours dans les Pyrénées centrales, versant français ; et 10 ours au nord de l’Italie, dans le Parc naturel Adamello-Brenta ; soit un total de 21 ours (6 mâles et 15 femelles). Pendant cette période, 28 ours (16 mâles et 12 femelles) ont été capturés en Slovénie et Croatie, équipés de colliers émetteurs et relâchés sur leur site de capture. Nous avons comparé les déplacements des ours relâchés dans un autre pays avec ceux relâchés sur place afin d’évaluer l’impact des opérations de renforcement sur le comportement spatial des ours.
Les ours réintroduits se déplacent plus la première année.
A partir du calcul de la distance entre localisations télémétriques successives espacées d’environ 24 h, on constate que les ours réintroduits se déplacent plus la première année et montrent une plus forte variabilité dans les déplacements quotidiens que les ours non déplacés. L’évolution des déplacements au cours de la première année après la réintroduction montre une phase d’instabilité après le lâcher comprise entre 1 et 2 mois selon les individus qui ne s’observe pas chez les ours relâchés sur leur site de capture en Slovénie et Croatie.
Cette phase se caractérise par de grands déplacements, dans des directions variables d’un jour sur l’autre et par l’utilisation de secteurs géographiques différents au cours du temps. Concernant les ours réintroduits, la distance entre le point de lâcher et la localisation la plus éloignée est très variable selon les individus. Elle varie entre 12,3 et 105,8 km (la moyenne est de 48 km) et on ne relève pas de différence significative entre les mâles et les femelles.
La deuxième année, leurs déplacements sont comparables à ceux des ours relâchés sur place.
La valeur moyenne des déplacements quotidiens est similaire à celle observée sur les ours suivis en Slovénie et Croatie. On constate également une nette diminution de la surface du domaine vital la deuxième année pour tous les ours réintroduits : en moyenne de 1000 km2 la première année, elle descend en moyenne à 600 km2. Néanmoins les ours réintroduits maintiennent un domaine vital supérieur à celui des ours restés en Slovénie ou Croatie. Cette différence peut être, en partie, liée aux habitats plus fragmentés et plus anthropisés (modifié par l’action de l’homme) dans les Alpes et les Pyrénées, qu’en Slovénie et Croatie.
Si on calcule, pour chaque ours suivi au moins deux années, la proportion de recouvrement du domaine vital annuel entre années successives, on n’observe pas de différence entre les ours réintroduits et les ours non déplacés, avec respectivement des proportions moyennes de 78,5% et 77,9% de taux de recouvrement entre domaines vitaux successifs. Toutes les femelles accompagnées d’oursons de l’année, qu’elles soient délocalisées ou non ont un fort recouvrement (>90%) avec le domaine vital précédent les naissances. Quelque soit la région géographique, la présence d’oursons constitue une forte contrainte sur les déplacements de la femelle.
En conclusion, il est fondamental d’intégrer lors des programmes de renforcement que les espaces fréquentés par les ours réintroduits sont vastes. Le choix du site de lâcher est également important car il conditionne en partie les déplacements ultérieurs.
L’analyse de la dynamique du comportement spatial continue à être approfondie dans le cadre de la collaboration entre les différents pays concernés.
Pierre-Yves Quenette,
Équipe technique ours – Office national de la chasse et de la faune sauvage
Source : Empreinte ours n° 4 - Empreinte Ours est la lettre d'information semestrielle de l'Etat français sur le programme de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées.