Alain Reynes : Il faudra réintroduire 30 ours dans les Pyrénées

Le premier colloque européen sur la cohabitation de l’homme et des grands carnivores –ours et loup- s’est tenu à Luchon du 15 au 17 mai 2008. Les participants-éleveurs, associations, responsables du suivi de l’ours et du loup dans les Pyrénées et les Alpes ont présenté leurs expériences aux participants venus de 18 pays européens. Alain Reynes, 41 ans, président de l’association Pays de l’Ours-Adet basé à Arbas en Haute-Garonne est convaincu que l’homme et l’ours peuvent cohabiter

Libé Toulouse : La cohabitation de l’homme avec l’ours est-elle possible ?
Alain Reynes : Oui, la France est championne d’Europe des mesures de cohabitations : indemnisations, rapides en cas d’attaques, aides aux éleveurs, transport héliporté gratuit de matériel en estive, système de radio téléphone, équipe d’urgence de bergers itinérants en cas d’attaque, aide à l’embauche de bergers. Mais tout cela ne peut fonctionner qu’avec des efforts de la part des éleveurs.

Libé Toulouse : Combien coûte ce dispositif?
Alain Reynes : 2 Millions d’euros annuel financé par l’Etat dont 800 000 euros qui vont directement aux éleveurs.

Libé Toulouse : Comment les éleveurs qui acceptent la cohabitation avec l’ours sont-ils aidés?
Alain Reynes : Dans les Pyrénées trois associations, Pays de l’Ours-Adet, la Pastorale Pyrénéenne et le Fond d’introduction Eco pastorale travaillent à plein temps sur la cohabitation avec l’ours. Elles informent directement les éleveurs sur les techniques de protection des troupeaux. Une étude menée avec 37 éleveurs pendant 5 ans montre que les attaques sont réduites de 90% pour ceux qui utilisent des chiens de protection. Par ailleurs, nous soutenons ceux qui acceptent la cohabitation avec l’ours en les aidant à labelliser et à commercialiser le produit (viande, fromage) de leur élevage. La demande des consommateurs est très forte pour ces produits de qualité qui participent à la protection de la biodiversité.   

Libé Toulouse : Comment expliquez vous l’opposition à la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées?
Alain Reynes : L’opposition à la réintroduction de la part du milieu agricole n’est pas la cause réelle du rejet de l’ours. Le problème vient de la crise économique subis par les agriculteurs. Nous sommes passés d’une agriculture productive à une agriculture durable. Après avoir imposé une production intensive aux éleveurs, on leur demande de tout changer en fonction de critères qualitatifs. Aujourd’hui, les éleveurs ont le sentiment qu’on leur demande de devenir des jardiniers de la montagne et des gardiens de zoo. Leurs réactions est compréhensible. Pour autant, l’ours ne doit pas être l’ours émissaire de cette mutation.

Libé Toulouse : Faut il relâcher encore plus d’ours dans les Pyrénées?
Alain Reynes : Oui, à l’avenir il faudra lâcher une trentaine d’ours de plus. En dessous d’une cinquantaine d’individus, il n’y a aucun espoir pour sa survie. Quand les premiers lâchers ont commencé en 1996, l’ours était au bord de l’extinction. Aujourd’hui il y en a une vingtaine. C’est mieux, mais ce n’est pas suffisant. Cela ne veut pas dire qu’il faut réintroduire 30 ours en peu de temps. Nous demandons à l’Etat de lâcher 1 ou 2 ours par an de manière à faire remonter l’effectif. Il faudra le faire le plus discrètement possible sans tambour ni trompette.

Propos recueillis par Jean-Manuel Escarnot
Libération

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