La nécessité de mettre une ou deux femelles en Espagne ou en France pour la durabilité de la population ursine du Béarn.
Si deux des 4 derniers mâles vivant en Béarn ou dans les provinces espagnoles contiguës disposent encore du patrimoine génétique pyrénéen, tout le monde s'accorde sur le fait que c'est dans ce noyau occidental qu'il était et demeure nécessaire de réintroduire une ou deux femelles pour permettre quelques nouvelles naissances en gardant un peu de ces caractères.
La préférence de tous les partenaires irait à l'introduction d'ourses espagnoles, proches cousines du massif des Cantabriques. C'est à cette oeuvre qu'aux yeux de notre mission, l'Etat doit consacrer tous ses efforts nationaux et internationaux.
Côté international, beaucoup pensent que ce projet est voué à l'échec du fait du refus constant des régions espagnoles concernées de céder quelques-unes de leurs ourses à une autre région d'Espagne ou à un pays tiers, et il est vrai que les discussions très aimables se sont toujours enlisées sur ce sujet.
La coopération décentralisée concerne le plus souvent des techniciens qui savent se parler et s'entendre, avant de faire remonter aux politiques leurs observations, mais elles n'aboutissent pas à des décisions. Les provinces contiguës de la frontière pyrénéenne sont des autonomies où l'acceptation des ours est certes moins avancée qu'en Béarn ; elles assurent quant à elles un suivi – inégal – des ours qui la traversent, mais ne s'engagent jamais à en réintroduire de leur côté. Or, il s'agit bien là de l'espoir le plus accessible pour sauver la population pyrénéenne qui est un massif unique. De plus, la population des Asturies peut être aujourd'hui considérée comme suffisamment nombreuse et consolidée pour permettre sans dommage pour son avenir le transfert d'une ou deux femelles.
Du côté français, l'acceptabilité de cette mesure ne peut pas ne pas considérer en Béarn l'organe de médiation, l'Institution patrimoniale du Haut Béarn – IPHB, délibérément voulue par M. Michel Barnier, ministre de l'environnement, lorsqu'il a signé avec elle le 31 janvier 1994 la "charte de développement durable des vallées béarnaises et de protection de l'ours".
Mais, réciproquement, cette médiation jusqu'ici non productive en matière de réintroduction d'ours, tant lors du premier contrat 1994-1999 que du second 2001-2006, ne peut pas se poursuivre sans reconsidérer la place de l'Etat. Il est parfaitement clair que l'organe décisionnel est le Syndicat mixte formé des représentants de la région Aquitaine, du département des Pyrénées-Atlantiques et des 18 communes signataires, et que l'Etat n'est membre que d'un organe consultatif dénommé "conseil de gestion patrimoniale", dont l'avis préalable écrit est requis. Ainsi, les 7 "représentants des administrations de l'Etat et de ses établissements publics", siègent avec notamment 2 représentants du Conseil régional et du Conseil général et 2 scientifiques dans un collège dit des "personnalités qualifiées" qui "a un rôle de conseil, d'aide technique et de rappel du droit" et ne prend évidemment pas part aux votes.
L'Etat s'est ainsi retrouvé le plus souvent sans poids ni pouvoir vis-à-vis des dialogues conduits comme un forum, des heures durant, entre les autres collèges, celui des élus et celui des valléens, incluant associatifs, socioprofessionnels du pastoralisme, de la forêt et du tourisme, et scientifiques, avec l'impression que "parler et encore parler, c'est un jour découvrir que telle ou telle proposition est maintenant considérée comme validée". L'équipe de gestion est, quant à elle, comme il se doit, directement sous l'autorité du syndicat mixte décisionnel. La place de l'Etat central, direction de la nature et des paysages, a toujours été relayée localement, mais aux dépens des bons niveaux de discussion et a fortiori d'arbitrage, et beaucoup s'interrogent : "a-t-il été complice ou berné ?" Le pacte d'objectifs, déclinant ce qui n'était il est vrai qu'une charte, ne comportait cependant pas que des cabanes et des pistes, et au-delà des comptages des ours et autres mesures des dégâts, la protection de la population d'ours et dans "une deuxième phase éventuelle" son renforcement avaient bien été projetés à l'article 1er de ses fondements.
Les relations entre l'IPHB et l'Etat ont toujours été complexes, et il n'est pas dans l'objet de la présente mission d'en relater les épisodes, les malentendus, les occasions manquées ni d'analyser à qui finalement ont profité les stratégies des uns et des autres. Cependant, force est de constater que tous les discours, tous les écrits, toutes les tentatives n'ont pas encore abouti au renforcement de la population d'ours en Béarn. On peut dire que dès qu'elle a été tuée en Pyrénées-Atlantiques, il aurait fallu réaliser le remplacement de Cannelle, la dernière ourse pyrénéenne, mais la question reste aujourd'hui encore ouverte.
Comme l'indique la lettre du secrétaire général de l’Elysée au maire de Saint-Lary-en- Couserans en date du 1er septembre 2007 reproduite en annexe 4, toute politique de renforcement suppose expertise partagée, appui des populations locales et évaluation très approfondie. Il importe donc que l'accord recherché des partenaires locaux directement concernés par la réintroduction trouve, au-delà d'une charte, les concrétisations qui leur seront favorables comme à la pérennisation de la population ursine.
Source : "Évaluation à mi-parcours du plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises 2006-2009" et "Évaluation ab initio du plan de soutien à l'économie agro-sylvo-pastorale pyrénéenne 2006-2013".