L'Etat siège à nouveau à l'IPHB
« IPHB. Après deux ans d'absence, l'État était présent hier à Oloron au conseil de gestion de l'Institution patrimoniale» titrait en ligne Sud-Ouest le 13 juin. Le retour de l'Etat à la table de l'IPHB.
Après des années de palabres où l'IPHB avait oublié le contenu de sa charte et travaillé à la lente perte de l'ours; après des années, où le béarn a vu fondre sa population résiduelle d'ours; où l'Etat a noyé l'Institution patrimoniale du Haut-Béarn par ses subventions; après la guerre ouverte entre Jean Lassalle et Nelly Olin, l'Etat revient.
Nathalie Kosciusko-Morizet, a envoyé le sous-préfet d'Oloron-Sainte-Marie pour la représenter au sein du conseil de gestion patrimoniale de l'IPHB. Jean-Luc Tronco, prévenu la veille par le préfet des Pyrénées-Atlantiques, Marc Cabane, a tenu un discours d'apaisement et a donné certaines garanties. «Il est nécessaire qu'il y ait un dialogue avec les acteurs locaux : il est important de boucler le budget de l'IPHB mais surtout de réfléchir à une position durable, au-delà des actions de l'exercice 2008». Voilà un geste fort de l'Etat en direction du milieu pastoral. l'Etat va donc à nouveau financer le grand machin qui «gère» les 3 ours mâles restant en Béarn : un très vieux, un adulte âgé et canelito, le jeune pyréno-slovène de Cannelle.
«La tendance est à l'apaisement.» a déclaré la Castafiore béarnaise. «Je ne vais pas mettre mon chapeau sur mon opposition à Natura 2000 ou mes réserves sur le décret du Parc national en tant que député mais en tant que président de l'Institution, je veux pérenniser les relations avec l'État.» On peut lui faire confiance et on connait ses manœuvres médiatiques. L'Etat devra jouer finement pour ne pas se faire avoir, comme par le passé.
«L'Aspois s'était longuement entretenu avec la ministre le 10 janvier dernier, et n'avait pas ménagé ses efforts, en rencontrant également Jean-Louis Borloo, Michel Barnier et la semaine dernière encore, le directeur de cabinet du secrétaire d'État à l'aménagement du territoire, Hubert Falco. Le travail a payé.» déclare Odile Faure à propos de Jean Lassalle dans Sud-ouest. Faut dire sans cela, les moyens financiers de l'IPHB n'aurait pas permis à l'Institution de faire grand chose.
Nathalie Kosciusko-Morizet fait donc un pas de géant vers les associations qui défendent le pastoralisme. Le 26 juin, elle viendra à Toulouse pour rendre public son rapport à mi parcours sur la politique de réintroduction de l’ours dans les Pyrénées. Sud-Ouest annonce le face à face : «Jean Lassalle sera présent. Une nouvelle épreuve de force s'annonce. À terme, selon Jean-Luc Tronco, l'IPHB devra se positionner».
« L’Etat est notre seul partenaire »
«L’Etat est notre seul partenaire» a à de multiples reprises martelé Philippe Lacube. Maintenant que l’Etat revient, on va voir comment les associations ultrapastorales vont participer à la négociation qui s’annonce.
Or les apparences ne sont pas à la négociation. Gil Rivière-Wekstein, le fantasque rédacteur de la lettre agriculture et environnement annonce la couleur et est repris en cœur par les différents sites Internet pastoraux : «NKM va-t-elle relancer la guerre de l’ours ?», «Une fois encore, les acteurs locaux ont été mis hors jeu», «Si NKM voulait mettre le feu dans les Pyrénées, elle ne s’y prendrait pas autrement !» La ministre a déclaré «être consciente que des études sont nécessaires pour démontrer qu’en France aussi, les ours ont un impact positif sur la biodiversité.» leur reste en travers de la gorge. On s’oriente visiblement vers «une meilleure qualification de la zone de présence de l’ours» afin que «ce grand prédateur soit toléré, voire souhaité.» Les associations ultra pastorales vont devoir elles aussi faire un pas vers le compromis. Autre pas en avant de l’Etat : NKM à affirmé aussi vouloir réviser le protocole des «ours à problèmes» mis en place par l’IPHB en 1995 et que «des mesures innovantes soient soumises, notamment autour de l’idée de la création d’un label ou d’une appellation d’origine contrôlée». Le bouquet de la mariée grandit, maintenant on attend la dote.
Des exigences en réserve
On voit bien que les ultrapastoraux ont toujours en réserve d’autres exigences. Il ne suffira pas de demander de nouvelles aides pour le pastoralisme comme la «protection des races locales menacées de disparaître». Puisque l’Etat désire respecter ses engagements et luter contre l’extinction de l’ours des Pyrénées, les associations mettent sur le tapis la notion de "bonne" biodiversité : «Quitte à s’intéresser à la biodiversité, il est en effet plus judicieux de protéger les espèces spécifiques de moutons des Pyrénées que l’ours brun slovène, pas vraiment menacé d’extinction !» Que je sache, la population d’ours slovène se porte bien, l’ours des Pyrénées lui n’en a, au rythme actuel, plus pour longtemps avant de disparaître. C’est comme si les associations disaient qu’il n’est plus nécessaire d’avoir des brebis dans les Pyrénées parce qu’il y en a des millions en Irlande, en Ecosse, en Nouvelle Zélande et en Australie. Ridicule mauvaise foi.
Marie-lise Broueilh, présidente de l’ASPP 65 a d’autres demandes en réserve : «Il est nécessaire de déconnecter les autres aides au pastoralisme de la problématique ours – notamment le renforcement de l’aide à l’élevage –, sans quoi elles ne seront pas acceptées par les éleveurs.» Histoire de recevoir ces aides sans contreparties. Le beurre et l’argent du beurre, encore une fois.
Les voyages et la négociation
Cet hiver et ce printemps, plusieurs voyages dans les pays où l’ours est présent ont permis de se rendre compte de la cohabitation en Italie, en Espagne, en Slovénie. Certains participants aux voyages n’ont même pas ouvert la bouche pour saluer les autres membres de la délégation française. Une belle preuve d’ouverture d’esprit. Pour les éleveurs, ces déplacements n’ont pas rapproché d’un iota les positions des uns et des autres.
Même s’ils ont, à nouveau pratiqué le boycott, je ne suis pas sur que l’Etat soit du même avis, et les négociations commencent le 26 juin avec la venue de Nathalie Kosciusko-Morizet à Toulouse. L'Etat va se positionner et présenter comment il entend avancer dans la négociation qui s'annonce.













