Il y a lieu de mettre en place des mesures actives de "cantonnement", si l'on donne à ce terme davantage le sens d'un processus que d'un espace clos. Le cantonnement pourrait alors caractériser essentiellement les zones où seraient diligentées des améliorations trophiques dont la nature, les lieux et les périodes sont à définir localement avec les acteurs du territoire.
Cette orientation conduirait simultanément à accepter d'aller vers des territoires différenciés… entre d'une part des zones de présence régulière des ours justifiées par l'objectivité des observations et par l'adéquation des dites zones à la biologie de l'espèce en termes de quiétude et de ressources alimentaires, d'autre part des zones de passage, et enfin des zones où leur présence serait inappropriée à la fois biologiquement et socialement. Hors les deux premiers types de zones de présence reconnues comme acceptables, il pourrait y avoir des "reconduites à la frontière", lorsque les animaux auraient tendance à s’écarter trop longuement des deux premières zones.
Plutôt que de considérer artificiellement toutes les Pyrénées comme une zone à ours [Il n'y aurait évidemment pas de limites géographiques fixées pour l'éligibilité à l'indemnisation de prédations effectivement constatées.], le premier intérêt de l'acceptation de ces 3 zones serait de concentrer les dispositifs de protection des troupeaux ovins et caprins en les finançant quasiment complètement dans les zones sensibles, et de s'assurer que l’aide des bergers itinérants y soit très opérationnelle et pro-active.
Ainsi, les modes de financement pourraient s'inspirer de l'exemple du loup dans les Alpes, pour lequel a été utilisée la mesure "t" inscrite en 2004 dans le cadre du plan de développement rural national (PDRN), et s'appuyant sur la mise en oeuvre d'une "opération de protection de l'environnement dans les espaces ruraux" [ Cf. le décret du 28 juillet 2004 relatif aux opérations de protection de l'environnement dans les espaces ruraux. En regard de l'arrêté interministériel déjà paru le 12 février 2008 concernant les contrats de protection de l'environnement dans les espaces ruraux (CPEDER) pour la prévention des attaques de loups sur les troupeaux, un arrêté a vocation à fonder dès 2008 les modalités d'attribution des subventions du MAP en faveur du pastoralisme dans le cadre du plan de soutien à l'économie agro-sylvo-pastorale pyrénéenne. La convergence de leurs dispositions est nécessaire. ] (OPEDER) relative aux grands prédateurs. Les contrats relevant de ce cadre sont financés sur la base de 80% du montant de la facture et à 100% en zone Natura 2000 [Au regard de 4 options : le gardiennage supplémentaire assuré par l'éleveur ou un berger ; le regroupement en parcs de nuit à clôtures mobiles électrifiées ; l'achat et l'entretien de chiens de protection ; l'analyse de vulnérabilité du troupeau à la prédation.] (op.cit. Rapport – 2008, p.12 avec des propositions d'améliorations).
Il est notable que pour ces concours très significatifs, il existe un zonage d'éligibilité arrêté annuellement par le préfet du département et déterminant deux types de territoires ou "cercles". Le cercle 1 concerne les communes situées dans la zone de présence avérée du prédateur et où la prédation sur le cheptel a été constatée une ou plusieurs fois au cours des 3 dernières années, tandis que le cercle 2 s'applique à celles situées dans la zone d'extension prévisible à court terme de la pression de prédation.
En appliquant analogiquement ces dispositions à l'ours, la mesure 323c de l'axe 3 du PDRH 2007-2013 [Approuvé par la Commission européenne, ce PDRH peut voir ses aides cofinancées par le FEADER.] pouvant concerner tous les prédateurs, la cohérence entre les plans ours et loup n'en serait que plus manifeste. Cela permettrait de renforcer les financements de la prévention, en valorisant au passage convenablement les zones Natura 2000, tout en concentrant les dépenses sur les espaces réellement occupés ou traversés par les ours.
Source : "Évaluation à mi-parcours du plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises 2006-2009" et "Évaluation ab initio du plan de soutien à l'économie agro-sylvo-pastorale pyrénéenne 2006-2013".