Eviter la rencontre présentée comme un "risque" entre l'ours et le mouton élevé pour sa viande, exige évidemment que les espaces d'interface possible fassent l'objet de "diagnostics de vulnérabilité". C'est le cas pour l'étage montagnard boisé caractérisé par l'exploitation forestière, la chasse, la cueillette des champignons et la randonnée pédestre, et chacune de ces activités doit être traitée en considérant ses interférences possibles avec la présence de l'ours, mais c'est aussi particulièrement le cas pour les estives.
La difficulté des décisions à prendre est alors fonction du degré de changement nécessaire des activités humaines concernées. Dans aucun domaine de risques naturels ou technologiques, il n'existe de "zones à risques" où les diagnostics de vulnérabilité n'induisent pas des réductions d'usage, des protections renforcées, voire même l'opportunité de ne plus utiliser tel ou tel secteur – dans le cas présent telle ou telle estive ou partie d'estive trop accidentée et difficilement défendable. Le cacher est irréaliste, le manifester est une exigence d'honnêteté avec les compensations financières à trouver.
Si les coûts financiers de tous les dispositifs de prévention souhaitables s'avéraient trop élevés, notamment du fait de leur généralisation – l'impossible protection de toutes les estives à tout moment – il faut oser poser la question d'un nourrissage sélectif, afin de fixer les ours loin des habitations et des troupeaux, et donc hors de certaines zones où le pastoralisme doit être privilégié.
Tracer un trait sur une carte est de nature à mettre le feu aux poudres, mais si l'on affirme pour des raisons d'aides européennes que "tout" le massif pyrénéen est un "zone à ours", ne peut-on pas aussi déterminer des zones de moyenne et basse altitude où l'on ne veut pas d'ours, et aider à réduire la vulnérabilité des estives les plus intéressantes écologiquement et économiquement? Vouloir la "cohabitation" suppose sans doute cette prudence de ne pas la rechercher dans certains endroits, et donc de pratiquer à la fois les effarouchements qui s'imposent – en sachant bien qu'on ne fait que déplacer les individus indésirables – et en organisant simultanément les nourrissages qui peuvent les fixer dans des espaces appropriés à leurs exigences vitales.
Même si l'ours est un animal libre et si la grande majorité du massif pyrénéen pourrait être considérée comme "zone de présence d'ours" – notamment en termes d'indemnisations de dégâts constatés de prédations – il ne serait pas raisonnable de ne pas concentrer la mise en place des mesures de prévention, et l'animation qui doit les accompagner, là où elles sont le plus utiles : sur les noyaux de présence actuels, sur des zones tampon autour de ces noyaux et sur les zones que les diagnostics de vulnérabilité auront identifiées comme défendables.
Source : "Évaluation à mi-parcours du plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises 2006-2009" et "Évaluation ab initio du plan de soutien à l'économie agro-sylvo-pastorale pyrénéenne 2006-2013".
Commentaires de la Buvette
Après les changements imposés aux ours, les changements imposés aux brebis; le diagnostic de vulnérabilité des estives, le changement des activités humaines en zone de rencontre, là où l'ours et les hommes peuvent se croiser. Ne plus utiliser les zones indéfendables avec les compensations financères à trouver. Des zones où l'on veut des ours et d'autres où l'on n'en veut pas, voilà qui ressemble à un compromis juste et possiblement supportable pour tout le monde.
"Aider à réduire la vulnérabilité des estives les plus intéressantes écologiquement et économiquement? Vouloir la "cohabitation" suppose sans doute cette prudence de ne pas la rechercher dans certains endroits, et donc de pratiquer à la fois les effarouchements qui s'imposent – en sachant bien qu'on ne fait que déplacer les individus indésirables – et en organisant simultanément les nourrissages qui peuvent les fixer dans des espaces appropriés à leurs exigences vitales." Il y a bien longtemps que les éleveurs attendent celà il me semble. Ce projet est une avancée.