Dans la continuité de ce qu'elle avait écrit en 2005, notre mission considère que le renforcement du nombre d'ours n'est recevable par les populations locales que si un engagement réciproque est pris de retirer les ours posant des problèmes, et notamment ceux qui perdent leur réaction normale qui consiste à éviter les hommes et, devenant "accoutumés", ne les fuient plus, voire se révèlent familiers. Il ne faudrait pas que les comportements erratiques d'un individu mettent en cause la logique, la crédibilité et la durabilité du plan de conservation.
De ce point de vue, l'ourse Françka a eu un impact doublement négatif sur les réintroductions de 2006 :
- à la fois par les prédations que Francka a opérées de manière significativement croissante entre 2006 et 2007 [Pour un même rythme de prédation, chaque attaque a tué et blessé plus d'animaux], et
- par l'image préjudiciable que Francka a donnée de la gestion du programme puisque s'est dégagée une impression d'impuissance technique, juridique et administrative pour la déplacer des espaces de basse altitude où elle migrait contre la volonté des hommes.
L'erreur qui a été faite sur son âge peut être relativisée (une seule erreur sur les 8 ours slovènes réintroduits), mais elle peut aussi expliquer des comportements acquis, quasiment incorrigibles, qui conduiraient normalement à écarter ce type de cas, soit au moment du choix, soit dès leur manifestation. Cette préconisation, faut-il le souligner, va autant dans le sens de la protection des personnes et des biens, que dans le sens de l'esprit du plan qui est bien de réintroduire des ours conservant une vie sauvage, et ne devenant pas des commensaux de l'homme.
Affirmer que "réintroduire des ours n'est possible que si l'on peut aussi retirer ceux qui ne s'adaptent pas", appelle symétriquement la proposition que "si on en enlève, il faut pouvoir en remettre un pour un".
Cette préconisation est importante, car les ours sont des animaux intelligents qui apprennent par expérience et des ours importés peuvent parfaitement faire preuve d'une inadaptation à leur nouveau milieu pour des raisons comportementales acquises (ne parlons pas ici de différences génétiques). On peut d'ailleurs aisément supputer qu'une sorte de sélection à rebours a dû favoriser parmi les ours restant dans les Pyrénées ceux qui avaient une nature plus craintive et se tenaient donc discrets ["Ainsi, dans n'importe quelle zone, les ours qui se maintiennent sont passés au travers d'un long processus de sélection de telle sorte que ceux qui subsistent sont adaptés au niveau et au type d'activité humaine sur la zone." – in 1996, rapport AScA, op. cit. p.119].
A la suite de la première campagne de réintroduction, 58 effarouchements sonores et lumineux ont été effectués en 1997 et 1998, et c'est cette technique qui a probablement conduit Ziva, Pyros et Mellba à baisser leur niveau de prédation, au moins côté français, sans qu'il ait été nécessaire de tirer sur l'animal.
On peut comprendre que face à une population relictuelle, dont les effectifs ne présentent pas d'expansion, les solutions radicales de battues et de destruction soient le plus possible évitées. Cependant il faut pouvoir intervenir avec une réactivité soutenue et des solutions proportionnées.
Source : "Évaluation à mi-parcours du plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises 2006-2009" et "Évaluation ab initio du plan de soutien à l'économie agro-sylvo-pastorale pyrénéenne 2006-2013".