L’exemple des Asturies est particulièrement illustrateur de cette valorisation de l'ours par l’image. Il s’agit là-bas d’un développement local, entièrement fondé sur l’image de l’ours, sur un consensus culturel fort, sur un outil Parc naturel –mi-national, mi-régional- fédérateur d’un pays rural très enclavé dans une région très touchée par la reconversion industrielle. Même si le secteur de Somiedo n’avait sans doute pas d’autres choix pour son développement, les élus se sont mobilisés de façon très volontariste, avec de fortes convictions environnementales, et avec l’appui des autorités régionales et nationales.
Du reste, il a été démonstratif de constater que le seul «parc à ours» du secteur –deux ourses orphelines recueillies, 60 000 visiteurs annuels- est volontairement gratuit pour éviter d’en faire le point focal de l’attractivité de ce territoire : il ne s’agit que d’un produit d’appel, l’essentiel n’étant pas là pour son développement.
Le Trentin ressort de la même dynamique, mais à un degré moindre, compte tenu du fait qu’il y a peu d’ours, et que la région de Trento-Bolzano est une des plus développées d’Europe, qui dispose de bien d’autres vecteurs de développement que le tourisme.
Dans les Pyrénées, cette image est aussi et depuis longtemps exploitée de façon volontaire par de nombreux commerçants, restaurateurs, cafetiers et villages qui associent le nom de leur établissement et de leur signalétique à celui de l’ours. D’autres opérateurs [Par exemple, l’opérateur touristique La Balaguère avait jadis un produit de randonnée autour des territoires de l’ours ; aujourd’hui, la nouvelle collection locale de vêtements «By Pyrénées» associe sur son site Internet son logo avec des empreintes d’ours] ont joué, ou jouent, cette image pour leur promotion.
Mais on sent bien aussi que les offices du tourisme, les syndicats d’initiative et certaines collectivités hésitent encore à utiliser pleinement son image. Ainsi, le remarquable instrument de promotion du massif, la Confédération pyrénéenne du tourisme [Il s’agit, avec la Normandie, du seul outil de promotion touristique et de mise en réseau des partenaires de l’économie touristique en France qui couvre plusieurs régions et un massif de montagne], n’a inclus aucune photo d’ours, ni fait aucune référence à la présence d’ours dans le massif dans aucune de ses nombreuses brochures ! Pourtant, il suffit de randonner dans le massif pour emprunter un «chemin de l’ours », passer un «pas de l’ours» ou gravir un «pic de l’ours», skier aux abords de la «tute de l’ours» voire en rencontrer un par hasard !
Sur ce thème, très important dans le contexte culturel pyrénéen, de l’image et du symbole, il est également intéressant de noter que les deux principales coordinations d’éleveurs « anti ours», l’Association pour la sauvegarde du patrimoine Ariège-Pyrénées (ASPAP) et l’Association pour le développement durable de l’identité des Pyrénées (ADDIP), ainsi d’ailleurs que l’Institution patrimoniale du Haut-Béarn (IPHB), se sont placées dans leur intitulé sous le timbre très pertinent du «patrimoine pyrénéen» et de l’ «identité pyrénéenne». L’une des plus anciennes activités du massif, le pastoralisme, participe en effet à cette culture : organisation humaine collective, gestion des estives diversifiée et adaptée en fonction des territoires, image positive véhiculant des produits de qualité.
Mais c’est à ce même titre du patrimoine et de l’identité que les défenseurs associatifs du plantigrade arguent de l’histoire et de la culture pyrénéennes autant que de la sauvegarde de la biodiversité pour soutenir la présence de l’ours dans le massif.
Ce substrat culturel et psychologique très profond, qui frappe tous ceux qui font le «voyage aux Pyrénées» [Le voyage aux Pyrénées – Hippolyte Taine – 1860], constitue le fondement de son identité et de son image et l’attractivité de son tourisme [Dont le pyrénéisme, le thermalisme et les grands sites sont les supports traditionnels].
Au moment où des sondages d’opinion [IFOP – sondages auprès des Pyrénéens - 2003 et février 2005] -sans pour autant les survaloriser- sont plutôt favorables à la présence de l’ours et indiquent que c’est «l’espèce animale sauvage qui représente le mieux les Pyrénées», et où la plupart des professionnels du tourisme rencontrés par les deux missions considèrent que l’ours peut jouer un rôle important dans l’attractivité du territoire, n’est-il pas possible de surmonter tous les paradoxes illustrés précédemment et d’arriver a minima à un plus petit dénominateur commun ?
Les évolutions des comportements des touristes, la concurrence de plus en plus vive entre les destinations, notamment les plus lointaines, les effets escomptés du changement climatique, amènent la plupart des stations et des territoires de moyenne montagne à repositionner leur développement touristique en se diversifiant, notamment par rapport à la neige, et en trouvant des alternatives à la saisonnalité. La politique des «pôles touristiques», mise en œuvre sur le massif pyrénéen, est à cet égard exemplaire. La valorisation touristique de l’ours, comme d’ailleurs du pastoralisme, pourrait parfaitement constituer un chantier complémentaire à cette incontournable recherche de diversification.
D’autre part, les plus récentes recherches [La République et ses territoires – Laurent Davezies – Editions du Seuil – janvier 2008. Atlas des mobilités touristiques – Françoise Potier, Christophe Terrier – Editions Autrement, avec l’appui de la DIACT – mars 2007] sur le développement local et l’aménagement du territoire montrent que les revenus [Revenus des agents publics, des prestations sociales, des touristes, des actifs travaillant ailleurs, des retraités] qui permettent ce qu’on appelle aujourd’hui l’ «économie résidentielle» ou «présentielle» pèsent plus du double des revenus tirés des activités productives et que c’est cette économie qui tire vers le haut les territoires, sinon les plus compétitifs, du moins les plus attractifs. Dans ce cadre, la qualité environnementale joue évidemment un rôle majeur pour le développement des régions concernées, dont le Grand Sud-Ouest fait partie.
L’ours et le pastoralisme sont tous les deux des indicateurs de cette qualité de l’environnement. Plutôt que de se neutraliser, le cumul de leurs avantages respectifs pourrait être de nature à conforter cette dynamique.
La mission recommande aux ministères chargés de l’environnement, de l’agriculture et du tourisme de lancer une étude exploratoire sur l’apport de l’ours et du pastoralisme au tourisme pyrénéen, dans une optique d’aménagement équilibré du territoire pyrénéen et de valorisation économique. Cette étude pourrait être confiée au GIP Odit-France.
Denis LAURENS Georges RIBIÈRE (Fin du document).
Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations
Commentaires de la buvette
Il en est de même pour la marque "Pyrénées republic" : "Quand l'Ours des Pyrénées s'affiche sur des vêtements issus du commerce équitable associant Authenticité, Modernité et Equité".
Jean-Michel Vaills : "Comme ambassadeur de la marque, nous avons choisi l'ours des pyrénéen omniprésent dans notre patrimoine et dans notre folklore. Porteur d'une identité unique de part et d'autre des Pyrénées, il est trans-générationnel par la sympathie qu'il dégage, même si son redéploiement doit se faire dans l'harmonie et le respect de tous. Les 10 étoiles correspondent aux départements Français et provinces Espagnoles ayant une "frontière" avec les Pyrénées et l'Andorre, délimitant ainsi le territoire de cette nouvelle "Republic"."
Quand vous demandez pourquoi les différentes maisons du tourisme n'ont pas grand chose à proposer sur l'ours, l'embarras est visible et parfois même exprimé clairement. C'est comme sur le fait que la Confédération pyrénéenne du tourisme n'utilise pas l'ours dans ses dépliants : il faut chercher la raison dans l'influence des politiciens locaux défavorables à l'ours et dans les subsides qu'ils distribuent en triant les destinataires sur base du respect imposé de l'opposition à l'ours. L'exemple d'Augustin Bonrepaux et du festival Résistances est sur ce point exemplaire.
Rien ne vous empêche de leur en faire la remarque ou de porter un T-shirt arborant fièrement le symbole des Pyrénées, comme moi.













