Ce suivi doit être à la fois scientifique (connaissance biologique de la population d’ours : génétique, démographique, éthologique ou comportementale) et finalisé (réponse à des préoccupations éventuelles de sécurité publique, contribution à la prévention des dégâts sur les troupeaux).
Ces objectifs constituent le corollaire d’une nouvelle qualification des territoires de présence, telle qu’elle a été proposée supra, c’est-à-dire d’une présence permanente d’une population d’ours dans certains territoires, et, sur le restant de l’espace pyrénéen, la présence d’individus ayant vocation à rejoindre ces territoires ou à être déplacés ou éliminés.
Dans les Pyrénées-Occidentales
Dans les Pyrénées-Occidentales, la priorité est simple dans l’immédiat : suivre les 4 derniers mâles restants et détecter l’arrivée éventuelle d’animaux erratiques.
Si, dans l’esprit d’une meilleure répartition de l’ours sur la chaîne pyrénéenne dans les territoires qui lui sont les plus favorables, le lâcher de deux femelles paraît être une nécessité biologique, elle permettrait aussi de conserver une trace du génotype pyrénéen, sous réserve toutefois que les deux animaux autochtones restants participent à la reproduction.
Sur le plan éthologique (ours présumé peu prédateur) et symbolique (ours génétiquement le plus proche de l’ours pyrénéen), la mission a enregistré un souhait très largement partagé pour qu’un tel renforcement, s’il était décidé, se fasse avec des ours venus des Cantabriques [Outre la proximité géographique avec l’ours pyrénéen, et le régime peu carnivore, l’ours Cantabrique a conservé un niveau de variabilité génétique élevé].
Dans les Pyrénées-Centrales
Dans les Pyrénées-Centrales, les objectifs d’un suivi amélioré seraient, d’une part,
- de rassembler les données permettant d’avoir une estimation plus précise de l’effectif présent, basée sur les génotypes individuels distincts, et d’évaluer l’avenir biologique de la population,
Ou bien, en hypothèse basse, correspondant au nombre de génotypes différents mis en évidence en 2007, l’effectif est comparable, à une ou deux unités près, au nombre total d’animaux introduits (8, en comptant les oursons connus de deuxième année), ou bien il existe entre les Pyrénées-Centrales françaises et le Val d’Aran, plusieurs autres ours, particulièrement discrets et peu mobiles, qui n’ont pas laissé en 2007 d’indices génétiques exploitables.
En tout état de cause, le point de vue très largement exprimé chez les interlocuteurs rencontrés dans le massif, et spécialement dans les Pyrénées-Centrales, est de laisser évoluer ce noyau de population, sans nouvel apport d’animaux.
- de déterminer de façon plus précise les modalités d’occupation de l’espace par les ours, de façon à préciser les adaptations souhaitables de l’activité pastorale, de l’exploitation forestière, des itinéraires de randonnée, des pratiques de chasse ; et, d’autre part,
- de déceler la présence d’ours dans les zones fréquentées occasionnellement.
Il s’agit sur le premier point de déterminer avec la meilleure précision possible :
- les effectifs de femelles suitées, meilleur indicateur de l’avenir possible de la population, qui se trouvent habituellement en zone de présence permanente, et la présence d’individus colonisateurs, habituellement mâles, et quelquefois femelles,
- le niveau d’hétérosis ou la « consanguinité », sujet important compte tenu de l’effectif restreint du groupe fondateur et de la longue prégnance du mâle reproducteur Pyros pendant la dizaine d’années écoulées depuis son lâcher.
Ceci dans le contexte d’une disparition prochaine des émetteurs, actuellement en place sur 3 individus, représentant 15% à 40% (?) de la «population totale» estimée de ce noyau.
Le suivi des femelles suitées, discrètes et méfiantes, est reconnu comme le plus riche d’information sur la dynamique de la population, mais le plus difficile hors du cas des individus équipés. Ce suivi devrait combiner, dans les milieux où évoluent les ours pyrénéens, l’analyse génétique des indices, avec la recherche de traces sur neige au printemps, dans le cadre d’opérations systématiques du réseau de suivi, les photographies par affûts automatiques venant en complément. La mise en place en cours de pièges à poils suivant un quadrillage systématique renforcé répond à ce besoin [Le Trentin utilise, en milieu très forestier, un réseau de pièges à poils, combiné à la collecte d’autres indices, fèces principalement, obtenus par recherche systématique ou recueil fortuit, En 2002, le suivi génétique basé sur des échantillons fèces et poils sur 64 km2, y a caractérisé 10 ours différents ; en 2006, sur 752 km2 ont été dénombrés 22 génotypes].
Sur le second point relatif à la connaissance de l’utilisation du territoire, le cas asturien montre que la gestion d’ours dans un espace très multifonctionnel (élevage bovin très actif, randonnée, chasse) demande une amélioration continue des connaissances sur l’utilisation du territoire par l’ours, alors même que les gestionnaires en ont déjà une connaissance particulièrement précise. L’une des priorités serait donc de multiplier le nombre d’échantillons permettant l’analyse ADN.
Mais, dans l’immédiat, l’urgence est de connaître l’effectif réel des Pyrénées-Centrales : l’activité de suivi restant mal connue, ses résultats sont relativement contestés : ainsi beaucoup des interlocuteurs évoquant des animaux qui n’ont jamais été observés ou localisés par l’ETO considèrent que le nombre d’ours dans les Pyrénées-Centrales est largement sous-estimé.
Compte tenu d’un souhait, largement exprimé devant la mission, de laisser pour l’instant évoluer le noyau central sans nouvel apport d’animaux, cette population ursine pyrénéenne nécessite donc avant tout le suivi de sa variabilité génétique, pouvant motiver l’apport ultérieur d’animaux nécessaire au maintien de cette variabilité.
La mission recommande d’améliorer la connaissance dans deux directions : la communication sur les méthodes de collecte et de traitement des données et l’ouverture au Réseau Ours brun (ROB), d’acteurs peu impliqués jusqu’à maintenant, tels les associations de bergers, ou même d’acteurs hostiles à la présence de l’ours, afin de permettre une évaluation de l’effectif, partagée entre les acteurs.
Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations
Lire la suite : 5.2 Le suivi des ours dans les autres pays