Le «protocole d’intervention sur un ours à problèmes» ONCFS/ETO de février 2006 considère «à problème» : un ours trop familier vis à vis de l’homme, un ours anormalement prédateur, un ours agressif envers l’homme.
L’évaluation comparative tend à montrer que les solutions adoptées dans les territoires à populations d’ours importantes sont «expéditives» : en Slovénie, jusqu’en 1990, tous les animaux sortant de la «zone rouge» de présence de l’ours étaient abattus [Ce qui a engendré de vices réactions de la part de la population, amenant les gestionnaires de la population à plus d’informations et d’explications du pourquoi]. Depuis cette date, après concertation, les prélèvements ont été répartis entre la zone rouge et sa périphérie ; ailleurs, dans les corridors de colonisation (vers le nord – est et le nord-ouest), les ours à problèmes sont déplacés, pas éliminés. Ils sont aussi éliminés des autres territoires, hors zone rouges du sud et corridors -telle la Pannonie aux environs de Maribor-. A cette politique s’est ajoutée la suppression ces dernières années des ours familiers près des villages en zone rouge.
Au Montana, après délocalisation ou effarouchements infructueux, les animaux familiers ou agressifs sont supprimés. Dans l’ouest des USA, l’espace disponible permet de tenter systématiquement le déplacement et la «relocalisation», l’ours brun américain paraissant aussi plus facile à capturer, peut-être du fait de la faible densité des ressources alimentaires ; mais beaucoup d’ours reviennent et conservent leur comportement antérieur, et il faut alors les éliminer.
A l’inverse, dans le Trentin, le traitement du cas unique de l’ourse familière Jurka a pris en compte des souhaits divergents, fortement exprimés dans l’opinion locale et nationale, de l’extraire du milieu naturel, de ne pas la tuer, et même de ne pas l’exhiber en captivité : elle a donc été mise en captivité dans une installation non accessible au public, où d’autres places sont prévues en prévision de cas analogues. Avec ses partenaires, la mission a visité cette installation, qui a laissé pour le moins perplexe l’ensemble de la délégation française.
En Asturies, il n’a pas été évoqué la présence d’ours à problèmes.
La question des ours à problèmes est complexe : «le Ministère slovène a établi une liste de cas, de types d’interventions et de solutions à appliquer, mais chaque situation est unique et demande à être évaluée [Marko Jonosovic, Institut forestier slovène, responsable du groupe d’intervention spécial, qui traite plus d’une trentaine de cas par an]».
- dans les territoires de présence reconnue et à leur proximité, il s’agit de tenter de dissuader des ours, familiers ou agressifs vis à vis des humains, d’adopter ces comportements. Selon Christopher Servheen, ces actions ont une chance de réussite si l’ours n’a pas encore satisfait sa faim ou sa curiosité. Dans ces territoires, il paraît préférable de re-capturer l’ours incriminé sans effarouchement préalable, puis de relâcher l’animal après équipement radio, et cette fois, avec effarouchement renforcé, par exemple avec le concours de chiens.
Concernant les animaux prédateurs, il faut considérer que la prédation d’animaux non gardés est un comportement normal de l’ours. Certains ours ont été très prédateurs, mais ont cessé de présenter ce comportement. Face à une prédation multiple, il faudra donc faire une analyse de comportement, avant de décider d’une reprise. - en dehors de ces territoires et à l’échelle des Pyrénées, le schéma «capture et relâcher à grande distance» d’animaux nés dans le massif, qui est efficace à l’échelle de vastes territoires, paraît inadapté. En effet, l’animal aux habitudes prédatrices, qui est déjà largement «passé à l’acte», ne changera pas de comportement après une délocalisation, suite à laquelle, au contraire, il cherchera vraisemblablement dans un territoire inconnu la source d’alimentation la plus facile.
Le territoire pyrénéen est exigu à l’échelle des déplacements des ours : le retour sur le lieu de reprise d’un ours né dans le massif est toujours probable, l’animal ayant une connaissance large du territoire. Enfin, le relâcher ne pourrait s’envisager qu’en territoire de présence reconnue, caractérisé par la présence de femelles reproductrices et donc de mâles dominants : si l’intégration d’une femelle dans ce contexte paraît envisageable, celle d’un mâle paraît très improbable.
C’est pourquoi, dans le contexte pyrénéen, la mission estime qu’il faudrait probablement envisager l’élimination des ours excessivement familiers, dangereux ou très prédateurs. Outre les aspects réglementaires, s’agissant d’une espèce actuellement en état de conservation «défavorable-inadéquat», cette mesure pourrait être admise par l’opinion en fonction du développement des noyaux de population dans les territoires de présence.
Cette gestion, si elle était décidée, nécessiterait une équipe spécialisée, d’intervention d’urgence, vis à vis des ours familiers ou agressifs [Dans le passé, il y a eu dans les Pyrénées des ours autochtones familiers ou agressifs] , d’autant que la disparition du suivi radio d’une partie des animaux accroît la probabilité de situation imprévue et renforce la nécessité d’une capacité d’intervention d’urgence.
Dans les pays visités, cette fonction est toujours prévue et son activité varie en fonction de la densité d’ours.
- au Montana, l’équipe de 6 médiateurs est chargée de plusieurs tâches : mitigation auprès de la population pour faire évoluer la perception des prédateurs ; prévention vis à vis de l’accoutumance alimentaire des ours ; mise en place de dispositifs de protection des troupeaux ; effarouchement des ours ; élimination des animaux potentiellement dangereux (couguars s’approchant des établissements recevant des enfants, ours noirs et ours bruns grizzlys familiers ou agressifs).
- en Slovénie, le groupe d’intervention spécial, comporte au niveau du pays un coordinateur national et trois équipes de trois personnes : il traite 150 à 200 sollicitations par an, réalise 30 à 40 interventions, dont effarouchement, anesthésie et transfert, élimination, suivant l’évaluation faite par l’équipe qui s’appuie sur des critères nationaux.
- dans le Trentin, une équipe d’urgence de 3 personnes, 1 coordinateur et deux opérateurs, est activée 24h/24 de mars à novembre, pour effaroucher, éventuellement capturer et équiper ; elle implique 21 personnes, 9 coordinateurs et 12 opérateurs du service forêt-faune de la province.
- dans les Asturies, où aucun cas de familiarité ou d’agressivité n’a été relaté à la mission, la Patrouille Ours de cinq personnes, en charge habituellement du suivi, assumerait éventuellement cette mission.
L’activité de reprise d’un animal non équipé d’émetteur peut se révéler extrêmement coûteuse en temps : ainsi la capture de Papillon et la re-capture de Pyros ont coûté chacune 90 à 100 journées de piégeage à 8 personnes, plus un vétérinaire en permanence pour Papillon ! Ces opérations de capture, forcément aléatoires, peuvent discréditer l’équipe, alors qu’elle est par là même empêchée de s’investir dans ses autres activités.
Pour les Pyrénées, la mission recommande que l’Equipe Technique Ours soit confirmée dans cette mission de gestion des ours à problèmes, qui pourrait s’inscrire en partie dans le temps libéré par la diminution ou la disparition du suivi télémétrique.
Comme pour les opérations de recapture, un concours pourrait être demandé aux services départementaux de l’ONCFS : les deux brigades mobiles d’intervention compétentes sur la chaîne pyrénéenne pourraient apporter leur concours aux opérations de tir d’élimination en vue d’alléger le cas échéant l’engagement de l’ETO.
Ces opérations comme d’ailleurs les expertises de dommages, peuvent se dérouler dans un contexte tendu, voire passionnel, au contact de personnes très impliquées dans l’élevage, ou dans la protection de la faune sauvage. Les personnels concernés de l’ETO et des autres services de l’ONCFS devraient bénéficier de formations à la gestion des situations de conflit.
Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations
Commentaires de la Buvette
L'élimination des ours "à problèmes" ne me semble pas contraire à la volonté de cohabitation et à celle de protection des noyaux d'ours pyrénéens à quatre conditions :
- la définition de "l'ours à problèmes" doit être claire, non sujette à interprétations.
- la délocalisation des femelles doit être envisagée si celà s'avère possible.
- les ourses suitées doivent être protégée comme leurs petits et ne peuvent pas être éliminées tant que les jeunes ne sont pas indépendants.
- l'ours éliminé doit être remplacé par un autre du sexe le plus approprié à la survie de l'espèce.
Comme ils l'ont montré par le passé, les éleveurs considèrent qu'être un ours "est un problème en soi". Tous les ours sont donc des ours à problèmes et il suffit de quelques prédations pour qu'ils demandent l'élimination de l'ours, quel qu'il soit et hurlent à la machination s'ils n'obtiennent pas gain de cause. Leur objectif étant clairement la disparaition définitive et rapide de la population d'ours des Pyrénées.
Il est déjà important de noter que "la prédation d’animaux non gardés est un comportement normal de l’ours." Mais la définition de l'ours à problème reste à fixer. Les éleveurs n'ont pas arrêté, avant sa mort, de demander le "retrait" de l'ourse Francka qu'ils considéraient comme une "ours à problèmes". Après sa mort, NKM, la Secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie a maintenu sa demande d'un rapport sur le comportement de Franska a un collège d'experts indépendants. Le rapport demandé à été publié lors de la première réunion du Groupe Nationl ours : Francka n'était pas une ourse à problèmes. Des conflits de ce genre vont certainement se reproduire.
Il est plus que probable, que cet été, les éleveurs "mettent la pression" sur l'ourse Hvala, surtout qu'elle s'est déjà reproduite et qu'elle a rencontré un mâle ce printemps. Ce serait donc pour eux l'occasion d'éliminer une future reproductrice et donc de gagner sur les deux tableaux. Leur stratégie étant transparente comme de l'eau de roche, la buvette tient le pari : ils vont demander le retrait de "l'ourse à poblèmes" Hvala...
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