Des constats faits par la mission dans les différents pays, l’ours brun n’est pas ressenti par les habitants qui le côtoient comme spontanément dangereux pour l’homme : très discret en Asturies, apparemment plus visible dans le Trentin, où son régime alimentaire saisonnier l’attire vers les vignobles et vergers de pommiers, ce n’est qu’en Slovénie qu’une forte densité d’ours (7 ou 8 pour 100 km2) conduit à envisager des mesures de prévention vis à vis des personnes, notamment des enfants.
En Asturies et dans le Trentin, il n’y a pas souvenir d’une attaque physique d’ours sur un humain dans le passé et celles-ci sont rares dans les pays d’Europe centrale à fortes populations d’ours, Slovaquie et Roumanie.
Dans un contexte différent, le grizzly du Yellowstone, beaucoup plus imposant physiquement que l’ours du Sud-Ouest Européen, réputé agressif, majoritairement carnivore et qui a connu dans le passé une période de près de 40 ans de familiarisation volontaire –par nourrissage pour faciliter sa vision par les touristes, n’a causé que 3 ou 4 morts depuis [Pendant que les bisons, beaucoup plus nombreux et très proches des routes, faisaient 5 victimes ] la création du parc national en 1872, et attaqué et/ou blessé chaque année une cinquantaine de personnes de 1931 à 1969.
Si une attaque d’ours ne peut évidemment pas dans l’absolu être exclue dans le contexte des montagnes d’Europe occidentale, notamment dans le cas d’une ourse suitée se sentant menacée, même si les zones d’élevage des jeunes sont habituellement très retirées par rapport à l’habitat humain, la probabilité en est beaucoup plus faible que celle d’une attaque ou dommage par un autre animal.
Dans aucun de ces pays, y compris aux USA, il n’y a de suivi individuel «sécuritaire» des ours, y compris en zone très fréquentée par le public. Des conseils de comportement en cas de rencontre d’ours et des consignes pour éviter l’accoutumance de l’ours à des ressources alimentaires associées à la présence humaine, sont largement diffusés.
La sécurité des humains, compte tenu du comportement habituel de l’ours, ne semble pas justifier un suivi spécifique. Si cela était, ce suivi qui ne pourrait être fait qu’avec un équipement radio, devrait être permanent et concerner tous les ours. Les délais d’interprétation des signaux et la mobilité de l’animal entraîneraient en tout état de cause une incertitude permanente de plusieurs kilomètres sur la localisation exacte de l’animal.
L’équipement permanent de l’ensemble de la population n’est par ailleurs pas envisageable [Aucune population d’ours ne comporte d’animaux équipés en permanence pour des raisons sécuritaires. Aucun ours asturien n’est même équipé, semble-t-il pour partie, en raison de l’hostilité de la population à toute capture d’ours autochtone. Les ours réintroduits dans le Trentin étaient équipés à leur lâcher en 2000, les colliers qui ont progressivement cessé d’émettre n’ont pas été remplacés et aucun animal n’est équipé actuellement. Un seul ours, «relocalisé» est actuellement équipé en Slovénie. L’équipement permanent d’ours en Suède et aux USA (Yellowstone) correspond à des programmes scientifiques dans la durée et ne concernent qu’une fraction de la population] : il faudrait capturer l’ensemble des animaux, les re-capturer environ tous les 3 ans avant épuisement des piles électriques, indépendamment du coût budgétaire d’une telle mesure [Un collier coûte 4000 €]. Ces animaux dont le psychisme est complexe en seraient vraisemblablement perturbés, de façon imprévisible. Cette situation ne serait pas compatible d’autre part avec la notion d’animal sauvage et libre de ses mouvements.
Toutefois, même si le risque est faible, des moyens d’intervention doivent pouvoir être activés. Ils sont prévus par le «protocole [ONCFS/ETO – février 2006] d’intervention sur un ours à problèmes», qui mérite une adaptation à la gestion renouvelée de la population d’ours qu’entraîne la requalification des territoires de présence : c’est l’objet du chapitre suivant.
Par ailleurs, la question sécuritaire rejaillit naturellement sur celle de la responsabilité, notamment des élus locaux. La circulaire interministérielle [Circulaire DNP/CFF 07-02 des ministres de l’Intérieur, de l’outre-mer et des collectivités territoriales, de l’Agriculture et de la pêche et de l’Ecologie, de l’énergie, du développement durable et de l’aménagement du territoire du 26 avril 2007] d’avril 2007 aux préfets du massif des Pyrénées relative au «rôle des autorités publiques dans la mise en œuvre des dispositifs de sécurité des personnes et de suivi des populations d’ours bruns» apporte des réponses sur lesquelles que le Conseil d’Etat devrait prochainement donner son avis.
Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations
Commentaires de la Buvette
La stratégie de la peur des éleveurs est une manipulation connue et utilisée depuis longtemps par le Front National : créer la peur de l'autre, de l'étranger. Chaque "accident" où un ours est en cause (peu importe qu'il s'agisse d'un ours polaire ou d'un ours noir d'ailleurs) est l'occasion d'un article sur un des sites Internet des opposants (Le Grand Charnier, Kairn, Aspap; Pyréniais etc.)
Les statistiques sont quand même là pour rappeler que lors des dernières années, dans les Pyrénées, les rencontres hommes-ours se soldent souvent par la mort... de l'ours.
Lire la suite : 5.4 La gestion des ours à problèmes