L’ours, animal forestier, habituellement discret et présent en faible densité, est par nature des plus difficiles à suivre. Ce suivi vise habituellement deux objectifs principaux :
- la connaissance démographique de la population considérée : nombre d’individus, sex-ratio, fécondité, mortalité et le comportement des ours : territoires de femelles structuré par groupes familiaux, proportion de reproducteurs dans l’effectif de mâles, naissances espacées tous les 3 ans de portées multiples, mortalité juvénile non négligeable d’où fécondité résultante faible. Le paramètre le plus important de l’état et du devenir possible d’une population, est le suivi des ourses suitées.
- la connaissance éthologique : comportement spatial des animaux, de leurs habitudes alimentaires, de l’évolution de ces comportements dans le temps…
Un autre objectif est la connaissance génétique : niveau de variabilité génétique au sein de la population et évolution de celui-ci.
Deux types de suivi alimentent ces connaissances :
la recherche d’indices de présence, spontanés ou recueillis sur des dispositifs ad hoc : places de nourrissage, stations de suivi comportant des pièges à poils : ce sont les fèces et les poils qui permettent l’identification génétique, mais aussi les empreintes, relevées par observation spontanée, ou par opérations systématiques. La photographie automatique sur des itinéraires fréquentés par les animaux et l’observation directe (seulement fortuite dans nos régions boisées, mais plus facilement pratiquée dans les landes atlantiques asturiennes comme dans les régions nordiques) apportent d’autres données.- la localisation radio, obtenue à partir de signaux d’émetteurs fixés sur un collier ou implantés dans le corps de l’animal.
La connaissance démographique et génétique est principalement apportée par l’analyse des indices, mais aussi par les données d’observation notamment photographique (caractérisation des groupes familiaux).
La connaissance du comportement utilise commodément la localisation radio, mais la durée de vie des équipements est au maximum de 3 ans. La localisation spatiale précise et les mouvements des animaux informent sur l’utilisation du milieu par l’ours.
En l’absence de ces données, cette connaissance de l’utilisation du milieu peut être apportée par des observations d’indices de présence, recueillies dans la durée : ainsi la carte de l’utilisation du territoire dans le Pyrénées-Occidentales est construite sur la synthèse d’observation d’indices de présence. La carte des potentialités du milieu établie dans le Trentin en préalable au renforcement a été étalonnée sur des indices de présence de la population autochtone, recueillis auparavant pendant vingt ans. En Asturies, les indices de présence, y compris l’observation directe, servent à améliorer en permanence la carte des «zones critiques» (nourrissage de jeunes, tanières…).
La localisation radio a été utilisée en Suède pour déterminer l’organisation spatiale et sociale des animaux. Au Yellowstone, un dixième de la population d’ours en est équipé, par des animaux régulièrement répartis sur l’ensemble du Parc. L’observation de leurs déplacements a permis notamment de déterminer la réponse des ours à des changements de disponibilité alimentaire.
Dans les Pyrénées, le suivi actuel comporte les deux modalités :
- Le plan de restauration prévoit un suivi scientifique fin des individus relâchés, avec notamment l’utilisation de deux systèmes de localisation :
- un collier muni d’un émetteur VHF (ondes radios) et d’un GPS transmettant les données recueillies par satellite via le réseau de téléphonie mobile,
- un émetteur VHF intra abdominal qui émet sur une fréquence différente de celle du collier.
Ce suivi fin est prévu pour la durée de vie des piles des émetteurs (soit un an pour le collier et environ 3 ans pour l’émetteur intra abdominal). Les 5 ours relâchés en 2006 ont été initialement équipés de ces émetteurs, mais deux d’entre eux ont fait l’objet de recapture, car le collier avait été perdu ou parce qu’il n’était pas assez performant. Les trois ours survivants de ce dernier lâcher sont actuellement équipés.
- Les autres ours sont suivis de façon indirecte grâce à plusieurs types d’opérations :
- le recueil - expertise de témoignages,
- l’opération de recherche simultanée d’indices d’ours (ORSO),
- l’indice d’abondance (suivis répétés d’itinéraires),
- les stations de suivi (50 stations sur le versant français), comportant des pièges à poils, permettant ensuite l’identification ADN,
- la prospection systématique ciblée de certains sites de repos intensivement utilisés.
Dans les Pyrénées-Occidentales, le suivi par indices de présence et la recherche systématique d’indices au printemps, sur neige, par le Réseau de suivi ours est pratiqué depuis longtemps. Ce suivi, qui dans le temps a permis de dresser des cartes précises d’occupation et d’utilisation de l’espace par l’ours, ne comporte pas de données de localisation radio, aucun animal présent dans ce territoire n’en ayant été équipé.
La localisation radio des individus équipés dans les Pyrénées-Centrales, destiné initialement à connaître les modalités d’acclimatation des ours introduits dans leur nouveau territoire a été ensuite utilisée pour prévenir de la présence de l’ours, pour des raisons de prédation de troupeaux et de sécurité publique, en situation de crise, dans le cas d’ours particulièrement prédateurs (Franska).
En termes de bilan de ces modalités dans les Pyrénées, l’équipement radio des animaux réintroduits fournit des données importantes sur l’utilisation de l’espace par ces ours. Le suivi de ces animaux a notamment permis de relocaliser deux d’entre eux.
En revanche, la connaissance des animaux survivant de la réintroduction de 1996, et surtout celle de leurs descendants, reste faible : seuls de ces ours, deux animaux différents, l’ourse Ziva et l’ours Boutxy, sont actuellement identifiés avec certitude à partir des échantillons génétiques 2007. En tout, 8 ours sont donc identifiés, compte tenu des 3 mâles présents dans le Béarn (sur 4 connus) et de l’ourse Hvala avec ses deux oursons, à partir de 61 échantillons fournissant de l’information génétique. L’ourse Ziva a été identifiée en 2007, 7 ans après une précédente collecte de ses indices.
Le cumul des décomptes d’animaux distincts, identifiés pendant plusieurs années, donnait en 2005 un nombre de 11 à 14 individus dans les Pyrénées-Centrales,1 à 2 individus à l’est en limite Ariège – Aude Pyrénées-Orientales, soit 16 à 20 sur le massif. La variation dans les estimations est donc forte.
Dans le Trentin, on considère comme disparu un ours dont les indices n’ont pas été collectés pendant deux années consécutives et cette règle n’a pas pour le moment été mise en défaut. Le «vide» prolongé dans la collecte d’indices identifiables de Ziva est d’évidence un indicateur d’insuffisance du dispositif.
S’il est habituel que les effectifs de populations animales soient connus avec une approximation de 30%, cela ne présente pas les mêmes inconvénients pour des populations importantes que pour de très faibles effectifs.
Ainsi, malgré les moyens déployés depuis plus de 10 ans, il est ressenti une forte incertitude sur le nombre d’ours présents en Pyrénées-Centrales incluant le Val d’Aran, les extrêmes cités variant de 7 ou 8 identifiés -voir supra- à plus de 15, y compris les ours survivants de la réintroduction de 2006 et les oursons connus nés en 2007. Des éleveurs de la zone estiment avoir fait directement, ou recoupé, l’observation d’individus morphologiquement différents, ce qui les conduirait à évaluer l’effectif de ce noyau à 25, voire 30 ours ! Si c’était le cas, l’approximation passerait du tiers tolérée à la moitié, ce qui n’est plus tolérable.
Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations
Commentaires de la Buvette
Un meilleur suivi répondrait aux demandes des deux camps :
- L'ASPAP sur son site laisse entendre que le nombre d'ours est sous-estimé :"Le printemps 2008 a vu se confirmer la présence permanente de plusieurs ours en Ariège : après avoir pendant des années mis sur le compte de Boutxi la totalité des attaques de notre département, les membres de l’équipe de suivi reconnaissent en privé, mais devant témoins, la présence permanente d’une dizaine d’ours au moins en Ariège. L'Ariège "poche à ours" des Pyrénées est inscrite noir sur blanc dans le rapport "ours, territoires de présence et gestion des populations" publié en mai 2008 par le Ministère de l'Ecologie. Les ariégeois savent compter, il ne s'y étaient pas trompés, c'est un fait avéré que les hommes du pays savent mieux que les "suiveurs" eux-mêmes où les ours se trouvent, ou ne se trouvent plus. "
- Et d'autre part, les pro-ours se demandent ce que sont devenus les ours dont on n'entend plus parler : sont-ils en Espagne, tranquille ? Ont-ils été braconnés ou empoisonnés ? La découverte de plombs dans les carcasses de Papillon, de Franska et de quasiment tous les ours morts permet de se poser des questions sur la survue des ours très très discrets : Que sont mes ours devenus ? Camille, Kouki, Caramelles, les oursons nés en 2000 de Ziva et de Pyros, les oursons mâles nés en 2002 de Ziva ou de Caramelles, l'ourson de Cannelle né en 2004, l'ourson de Ziva né en 2004, les oursons de Caramelles et Boutxy né en 2002 ou 2003 ? Des ours "dans la nature" ou "sous la nature" ? La variation dans les estimations est trop forte. Mais faut-il les suivre et les équiper tous ? Pourquoi ne pas leur foutre la paix ? Liberté pour les ours dirait John Irving.
Lire la suite : 5.1.2 L’optimisation du suivi