Comment sortir de l’impasse ?
Tel pourrait être le sous-titre de ce rapport, tant la mission a eu le sentiment d’une situation bloquée, d’un enjeu technique et social extrêmement difficile à gérer, par chacune d’ailleurs des sensibilités en présence, et ce, malgré la bonne volonté de chacun à rechercher des solutions et les entretiens constructifs que la mission a eus sur le terrain. C’est pourquoi l’idée de lancer une analyse comparative externe était pertinente, tant pour jeter les bases d’un renouveau du dialogue interrompu que pour relativiser les problèmes et essayer de relancer une dynamique en suspens.
A l’issue de ces déplacements, la mission en tire un certain nombre d’enseignements dont le fil conducteur est de dire la vérité. Les 12 points suivants ne sont sans doute pas exhaustifs, mais sont ceux que la mission a trouvé les plus significatifs pour ce rapport.
- Il n’y a pas un seul pays où la cohabitation entre l’ours et les activités humaines ne pose pas de problèmes.
- Tous ces pays ont d’ailleurs mis en place des plans de gestion des populations d’ours.
- La raison majeure en est sans doute que les problèmes ne remettent pas en cause l’acceptation sociale de la présence du/des prédateur(s).
- La concertation et le partenariat constituent les clefs d’une cohabitation pérenne.
- Et, pour cela, le facteur temps est primordial.
- Dans l’ensemble des régions visitées, les populations d’ours sont présentes dans les territoires les plus favorables, sur le plan biologique et sur le plan de la tranquillité.
- Dans ces territoires, la maîtrise des sources exogènes d’alimentation de l’ours est une exigence constante.
- Aucun des pays visités n’a arrêté ses plans de gestion indépendamment de la question de l’élevage et les moyens de protection sont les mêmes partout.
- Les chasseurs jouent partout un rôle actif d’intervention, de médiation et d’information.
- L’ours brun est rarement dangereux pour l’homme, celui du sud-ouest de l’Europe encore moins.
- La mobilisation des associations et des ONG est une constante, variable sur le plan participatif et budgétaire.
- La valorisation touristique de la présence et de l’image de l’ours est forte en Asturies, dans le Trentin et surtout dans le parc national du Yellowstone.
Toute analyse comparative réputée sérieuse ne devrait évidemment comparer que ce qui est comparable ! Mais est-il un domaine sur terre où cela est possible, tant les pays, les hommes et leurs traditions, les institutions et les règles de vie en commun, sont, et fort heureusement, différents ?
Bien sûr, l’élevage ovin est marginal ailleurs par rapport aux Pyrénées ; bien sûr, la gestion des ours n’est pas identique s’il y en a 20 ou 400 ; et bien sûr, il n’y a pas de massif pyrénéen hors des Pyrénées ! et on trouvera, surtout si on cherche, des différences partout. Mais, en cherchant tout aussi fort, on peut aussi trouver des points communs partout : la gestion collective, malgré la difficulté de vivre ensemble ; l’aménagement des territoires ; les moyens de protection et le suivi ; l’information et la communication.
L’objet de l’analyse comparative n’est pas de décalquer méthodes et pratiques, mais de les «interpréter», de les comprendre et de les traduire, d’en trouver la portée pour chercher ensemble et essayer de trouver les marges de progrès de ce difficile sujet : c’est dans ce sens que la mission considère ces voyages comme particulièrement fructueux et s’en est inspiré pour bâtir son rapport.
1) Il n’y a pas un seul pays où la cohabitation entre l’ours et les activités humaines ne pose pas de problèmes.
L’ours n’est d’ailleurs pas le seul concerné : toutes les espèces animales, et même certaines végétales, en posent peu ou prou et il suffit pour s’en convaincre, en se reportant à la Liste rouge de l’UICN [La Liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), créée en 1963, constitue l'inventaire mondial le plus complet de l'état de conservation global des espèces végétales et animales], d’examiner les raisons de leur inscription sur cette liste : ce sont les activités humaines et la disparition des habitats qui sont en cause et à chaque fois se pose le défi de gérer cette cohabitation.
Mais c’est l’ours qui est ici concerné et le constat est sans appel. Même aux Etats-Unis, qu’on aurait pu penser épargnés par les conflits en regard de leur vastitude et du caractère réputé sauvage et inhabité de leurs parcs nationaux, la cohabitation engendre des conflits, certes différents, mais tout aussi difficiles que dans les «petites » Pyrénées. En vérité, les mêmes causes produisent les mêmes effets et il n’y a pas lieu d’être vraiment surpris.
Car il faut dire la vérité !
Oui ! Il y a un problème, ne serait-ce que spatial, de cohabitation dans les Pyrénées ; oui ! Ce problème est techniquement difficile à résoudre ; oui ! La concertation et le partenariat constituent les conditions incontournables, et préalables, d’une cohabitation pérenne.
Mais, non ! Il n’y a pas lieu de parler d’incompatibilité a priori, tant que toutes les issues n’ont pas été recherchées et testées ; non ! Le Plan de restauration ne peut être abrogé, non pas seulement parce que la France s’est engagée au plan européen et international, mais d’abord parce que les ours sont là, que personne ne demande de les enlever et qu’il faut gérer leur présence.
Cette gestion est d’ailleurs effective et il faut noter que les plus récentes évaluations de l’état de conservation des espèces pour la France reconnaissent implicitement les efforts effectués localement et font ressortir un tableau qui, s’il n’est pas positif, n’est pas non plus négatif. [Dans la première évaluation de l’application de la directive Habitats, adressée en février 2008 par la France à la Commission européenne, l’espèce ours est notée «défavorable-inadéquat», soit «faible population et perspectives incertaines, mais aire de répartition et habitats en état favorable» ; il est noté en couleur jaune (juste après le vert «favorable », mais avant le rouge «défavorable-mauvais»). Par ailleurs, le prochain bilan effectué par le Comité français de l’UICN au titre de la Liste rouge placera l’ours des Pyrénées comme «espèce vulnérable/menacée», et non comme espèce en danger.]
Il faut dire la vérité.
En cas de disparition de l’ours brun dans les Pyrénées, la mission, ayant entendu les uns et les autres, a la certitude que chacun, Etat compris, devrait en assumer sa part de responsabilité : chacun accuse l’autre, souvent publiquement, de tous les maux : erreurs d’analyse, méthode inadéquate, irresponsabilité, surenchère, précipitation, intransigeance, etc ; et le bilan en est un «jeu à somme nulle», qui révèle avant tout un échec collectif, et d’abord pour la «communauté pyrénéenne».
La mission a eu le sentiment que chaque partie, sans l’avouer tant le sujet est sensible, espérait arriver à une certaine intégration, a minima pour éviter un échec définitif qui leur serait imputé.
Il faut dire la vérité.
Au fur et à mesure de ses contacts, la mission s’est étonnée du décalage patent entre la portée médiatique de la présence de l’ours et la réalité des enjeux socio-économiques et environnementaux qu’il représente, tant au niveau national que local. Sans méconnaître, ni sous-estimer son intérêt, il y a des problèmes plus importants pour l’avenir des Pyrénées ! Et l’ours est loin d’être le responsable principal du «secteur économiquement fragilisé [Rapport d’information des sénateurs Gérard Bailly et François Fortassin – janvier 2008]» qu’est malheureusement le pastoralisme. Et, même avec sa dimension symbolique, l’ours n’est pas non plus le problème majeur qui se pose à la biodiversité [Rapport du groupe 2 «biodiversité et ressources naturelles» au Grenelle de l’environnement – septembre 2007] en France.
Il est temps de relativiser les enjeux et de redonner à la cohabitation un aspect essentiellement technique, qui est celui qui prédomine dans tous les pays visités : la gestion de la population d’une espèce animale sauvage.
Et il faut surtout éviter à l’avenir d’être en situation d’arbitrage politique [« …le fait même d’avoir été mis en situation de rendre un arbitrage dans ces conditions est un échec collectif… » - Discours du Président de la République à Cayenne, à propos du projet de mine d’or à Kaw – février 2008] sur un dossier d’ordre technique. Du reste, même si les Ministres rencontrés (Slovénie, Etats-Unis) sont quelquefois saisis du problème, la mission n’a pas enregistré qu’il constituait ce qu’on appelle un «enjeu politique ».
2) Tous ces pays ont d’ailleurs mis en place des plans de gestion des populations d’ours
Ces Plans qui portent des noms et des contenus bien sûr différents : récupération en Espagne ; projet européen Life ours en Italie ; plan stratégique en Slovénie ; plans de gestion des parcs nationaux aux USA, ont tous démarré dans les années 90 –un peu plus tôt dans le Montana après le constat de tendances défavorables à la viabilité des populations d’ours.
On peut dire qu’il y a là une similitude frappante en regard des différences entre ces pays : aucun Etat concerné, comme d’ailleurs la France, n’a décidé d’abandonner le plantigrade à son sort, à la fois pour des raisons environnementales, mais aussi socioculturelles et d’attractivité touristique (Asturies, Trentin, USA).
3) La raison majeure en est sans doute que les problèmes ne remettent pas en cause l’acceptation sociale de la présence du/des prédateur(s)
Sans doute avant tout parce que l’ours, même menacé à certaines époques, n’a jamais vraiment disparu des Asturies, de Slovénie ou des Etats-Unis, son acceptation sociale [La mission n’évoquera pas ici les sondages d’opinion qui, même s’ils sont globalement favorables à l’ours, ne se situent pas au même niveau que la gestion de terrain], au niveau des élus et des socioprofessionnels, dans ces pays est manifeste ; mais elle l’est aussi dans le Trentin où, comme dans les Pyrénées, l’ours a failli disparaître.
Pour expliquer la différence de réceptivité avec la France, il faut sans doute apprécier la géographie du massif pyrénéen et les spécificités de la transhumance. Néanmoins, au cours de ses entretiens pyrénéens, aucun éleveur ne s’est opposé, ni bien sûr à l’existence de cette espèce dans son principe, ni à sa présence dans le massif –même si la majorité préfère l’avoir chez le voisin plutôt que chez lui.
Certes, cela ne vaut sans doute pas automatiquement acceptation sociale, mais témoigne simplement du constat factuel de cette présence («il faut faire avec »), sans d’ailleurs avoir manifesté pour autant de la résignation.
Ce sont avant tout des considérations professionnelles bien normales qui remettent en cause, non pas l’espèce ours, mais sa présence dans les estives et la gestion de celle-ci, et dont l’optimisation doit permettre de réévaluer l’acceptation sociale.
4) La concertation et le partenariat constituent les clefs d’une cohabitation pérenne
La concertation et le partenariat entre les acteurs sont partout jugés indispensables à la gestion de l’espèce présente et à la résolution des conflits : c’est une constante et c’est d’ailleurs du simple bon sens ! «Ce sont les hommes qui vivent à son contact qui protègent vraiment l’ours, pas un décret ministériel ».
Les formes en sont variées et adaptées à chaque situation : partage avec les ONG Fondations dans les Asturies, où l’acceptation de l’ours est large, notamment pour la sensibilisation des enfants ; implication du parc naturel Adamello-Brenta dans le Trentin, notamment vis-à-vis des maires et de la sécurité publique ; concertation entre pouvoirs publics, élus, éleveurs et chasseurs en Slovénie, pour la régulation de la population d’ours à un niveau très élevé ; présence de médiateurs locaux dans le Montana pour entretenir des contacts durables avec la population et les ranchers.
La gestion de l’ours brun demande une forte mobilisation des acteurs locaux, notamment élus, probablement plus forte que pour toute autre espèce animale des pays tempérés. Elle se manifeste particulièrement en matière de suivi, auquel tous participent de près ou de loin. Les structures décentralisées italienne et espagnole, et la superficie restreinte de la Slovénie, y contribuent et facilitent le «circuit court» entre le problème et la décision.
Pourtant, dans chaque pays, l’Etat, central (Slovénie, Etats-Unis) ou par le biais de structures décentralisées (parcs, réserves), est présent et garant de la bonne médiation entre les parties prenantes, grâce à sa position d’arbitre et grâce à ses moyens.
L’information, la communication et la transparence sur la gestion de cette espèce, quelle qu’en soit la difficulté, constituent aussi des priorités dans les pays visités.
5) Et, pour cela, le facteur temps est primordial
Comme on l’a vu, tous les plans de gestion ont été mis en place dans les années 90, c’est-à dire il y a une vingtaine d’années. Compte tenu des difficultés de tous ordres rencontrées, ce n’est guère étonnant : il faut autant de temps en France pour créer un parc national ou un parc naturel régional, et ce n’est souvent pas de trop pour leur conférer les bases politiques et sociales qui légitiment leur bien-fondé et garantissent leur pérennité.
La France a entamé son plan de gestion (ou restauration, ou réintroduction) en 1996 : elle n’est donc nullement en retard. Même si les prochaines années seront cruciales pour la viabilité ursine des deux principaux noyaux, la mission a enregistré de la part de ses interlocuteurs pyrénéens le souhait manifeste d’une pause après la période de «fièvre» de 2006, pause confirmée par la lettre du secrétaire général de l’Elysée du 1 septembre 2007 au maire de Saint-Lary (en Couserans).
6) Dans l’ensemble des régions visitées, les populations d’ours sont présentes dans les territoires les plus favorables, sur le plan biologique et sur le plan de la tranquillité
Comme il a été dit plus haut, en dehors du Trentin, l’ours, même menacé à certaines époques, n’a jamais vraiment disparu des Asturies, de Slovénie ou des Etats-Unis : il est logique d’en induire que par nature il s’est installé tout seul dans les territoires qui lui convenaient. Les opérations visant à accroître la présence d’ours dans ces pays ont bien entendu conforté la pertinence biologique de ces territoires et, dans le Trentin, le renforcement a été précédé d’une étude de définition des territoires de présence, résumée dans l’annexe 7.
Il faut aussi noter en sus que les opérations de renforcement (Trentin) ou de restauration des populations (Asturies, USA) se sont faites dans le cadre d’espaces protégés. Le parc naturel Adamello-Brenta a été créé pour la restauration de l’ours brun dans les Alpes centre-orientales ; l’ours asturien se déploie dans un territoire comportant plusieurs parcs naturels, dont celui de Somiedo ; l’existence du parc du Yellowstone a permis au siècle dernier le re- développement d’une population isolée de grizzlys, seule du sud-ouest américain à avoir échappé à l’extinction.
Seule, la Slovénie, sans doute compte tenu des caractéristiques de son territoire qui favorisent en soi la gestion du plantigrade, n’en a pas créé exprès ; quant au Parc national des Pyrénées-Occidentales, il n’est pas directement impliqué dans la gestion de l’ours, malgré la présence de ce dernier dans sa zone périphérique : ces deux exemples montrent qu’un espace protégé, s’il est sans doute un facilitateur dans la gestion et sans doute un gage de tranquillité pour l’animal, ne constitue pas une condition nécessaire de réussite.
7) Dans ces territoires, la maîtrise des sources exogènes d’alimentation de l’ours est une exigence constante
L’un des faits marquants des voyages, notamment au Montana et en Slovénie, a été l’attention extrême, à la limite de l’obsession, portée aux sources exogènes d’alimentation du plantigrade, en éliminant tout ce qui pourrait l’attirer et l’amener à quitter ses territoires de présence.
Collecte et élimination des carcasses d’animaux morts naturellement ou tués par accident ou collision aux Etats-Unis ; poubelles protégées par des grillages ou grilles cadenassés aux Etats-Unis et en Slovénie ; protection des arbres fruitiers et des ruches en Slovénie et dans le Trentin. A ces mesures, s’ajoute, en Slovénie dans les zones où il y a beaucoup d’ours, le nourrissage en certains points des forêts qu’ils fréquentent, permettant ainsi de les éloigner des villages.
Pour conforter ces actions menées par les autorités locales, l’information et l’éducation des habitants et des enfants sur la gestion des déchets est permanente, mais se heurte quelquefois à l’incivilité d’autres qui au contraire jettent des déchets pour attirer les ours et les prendre en photo (Montana) !
8) Aucun des pays visités n’a arrêté ses plans de gestion indépendamment de la question de l’élevage et les moyens de protection sont les mêmes partout
Si le nombre d’ovins dans les pays visités n’a rien à voir avec celui des Pyrénées, l’ours brun n’en est pas moins, de façon constante, prédateur de moutons, partout où il côtoie des troupeaux non protégés. C’est pourquoi les Plans de gestion des ours ont fait, et font, une part importante à la concertation et au partenariat avec les éleveurs, comme avec l’ensemble des parties prenantes qui participent à la gestion et aux décisions à prendre.
Les Asturies accueillent quelques milliers d’ovins grands transhumants, gardés en raison de la présence du loup, auteur de la plupart des dommages constatés. Le Trentin italien reçoit aussi dans les alpages de l’Adamello Brenta, des troupeaux d’ovins transhumant de Vénétie. Le loup est absent de ce territoire ; les ours prélèvent annuellement une centaine d’ovins et des dispositifs de protection sont en cours de mise en place. Dans le sud de la Slovénie, dans un contexte rural différent où les ovins sont sédentaires et parqués dans de grands enclos, les dégâts sont majoritairement le fait du loup, secondairement du lynx et du grand corbeau. Pendant les décennies d’absence du loup, avant sa réintroduction, la présence du grizzly aurait contribué dans le Montana à l’abandon de l’élevage ovin, remplacé par le bovin.
D’une façon reconnue par tous, dans les régions où le loup est présent, et a fortiori d’autres grands prédateurs (le puma aux USA), l’impact de ceux-ci est beaucoup plus significatif.
Enfin, les mesures de protection utilisées ailleurs sont les mêmes que dans les Pyrénées, gardiennage, clôtures et chiens de protection.
9) Les chasseurs jouent partout un rôle actif d’intervention, de médiation et d’information
Les chasseurs rencontrés sont globalement favorables à la présence de l’ours, et pour la plupart à sa réintroduction (Trentin), sans doute parce que les contraintes imposées à la chasse sont généralement minimes.
L’implication des chasseurs est toutefois forte, volontaire et multiple et s’inscrit dans un cadre de gestion technique du territoire et de protection de la faune : information sur la présence des ours, partout ; sensibilisation et pédagogie auprès des enfants dans le Trentin ; régulation des ongulés en Asturies ; améliorations cynégétiques en Slovénie.
On peut certainement dire qu’au vu des expériences présentées, les chasseurs ont joué, et jouent, un rôle déterminant de médiation avec la population, compte tenu de leurs cultures, de leur proximité avec la population et de leurs compétences techniques.
10) L’ours brun est rarement dangereux pour l’homme, celui du sud-ouest de l’Europe encore moins
La question de la dangerosité de l’ours a été frontalement abordée dans chacun des déplacements. Il en ressort deux enseignements principaux: d’une part, les agressions directes sont pratiquement inexistantes et aucune mort [4 morts en 136 ans au Yellowstone] d’homme n’a été enregistrée en Europe ; d’autre part, et c’en est peut-être la raison principale, la réactivité vis à vis des ours à problèmes est immédiate.
Il y des équipes d’intervention, sous des formes diverses, dans tous les pays visités et un ours devenant familier, même non agressif, est de fait un ours condamné, au minimum à la privation de liberté, et souvent à mort. Ce fait est particulièrement illustré aux USA où les milieux naturels des Rocheuses centrales sont assez secs et pauvres en ressources alimentaires pour l’ours, et où l’installation de l’homme blanc s’est faite sur des milieux auparavant favorables à l’ours.
Les ours ont une tendance forte à s’approcher des fermes, agglomérations et voies de communication à la recherche d’une nourriture plus facile. Si les mesures d’effarouchement et d’éloignement échouent, l’animal est abattu. L’ourse Jurka, réintroduite dans le Trentin et devenue familière, a dû être mise en captivité ; et la population d’ours slovènes a été récemment réduite par la suppression d’animaux fréquentant les décharges et poubelles proches d’agglomérations.
11) La mobilisation des associations et des ONG est une constante, variable sur le plan participatif et budgétaire
L’implication des associations, ONG et autres fondations existe partout, mais est variable : elles sont très présentes avec des partenariats forts en Espagne et aux USA ; en Slovénie et dans le Trentin, seuls les chasseurs et les socioprofessionnels agricoles sont réellement parties prenantes aux plans de gestion. Dans le Trentin, l’administration provinciale considère en effet que la gestion exclusive par les pouvoirs publics, réputés impartiaux, est une condition de réussite.
Aux Etats-Unis, la capacité de «lever des fonds» par les grandes ONG et Fondations est impressionnante et se chiffre en milliers, voire millions, de dollars, souvent utilisés pour des actions foncières d’envergure, et soutenue par des personnalités médiatiques d’influence.
12) La valorisation touristique de la présence et de l’image de l’ours est forte en Asturies, dans le Trentin et surtout dans le parc national du Yellowstone
En Asturies, l’image de l’ours s’associe à celle de l’élevage de races bovines autochtones pour caractériser un espace rural exceptionnellement préservé ; dans le Trentin, la présence de l’ours est un facteur de différenciation de cet espace dans les Alpes centrales au cœur d’une des régions les plus riches d’Europe. Cette valorisation est à l’évidence liée à la rareté de populations d’ours survivants dans les montagnes des riches et très urbanisées régions d’Europe occidentale.
En Slovénie, la présence d’une population ursine importante, visiblement objet de fierté dans ce pays, est pourtant moins valorisée. C’est aux USA, et notamment dans le parc du Yellowstone, que la valorisation de l’ours grizzly, indissociable de celle des grands ongulés (bison, élan, cerf wapiti) et des grands paysages, est la plus exploitée.
Dans tous ces pays, un marchandisage, quelquefois digne de Disney, couplé avec la vente des produits locaux, participe au développement local des villages et régions concernés et à la satisfaction des touristes férus de souvenirs à ramener chez eux.
Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations
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