L’hypothèse d’un «cantonnement» des ours a été de nombreuses fois formulée à la mission –«la vraie coexistence, c’est cela»- pour tenter de concilier les territoires en conflit et les intérêts en présence. Ce terme désigne, selon le Petit Larousse, à la fois la délimitation d’un terrain (non obligatoirement clôturé) et une installation temporaire. Selon les interlocuteurs rencontrés, d’autres termes ont été utilisés : territoire dédié, zone d’exclusion, réserve, grand parc ou grand enclos, bref un territoire plus ou moins vaste où l’ours pourrait être «fixé» ou se fixer, sans doute clôturé, sans doute définitif, mais sans que ces dernières qualifications aient été explicitement formulées.
Il ne s’agit pas pour autant d’un parc zoologique, terme jamais prononcé, mais plutôt d’une immense réserve, sans qu’obligatoirement elle soit associée à un objectif touristique de parc de vision [L’exemple du parc à loups de l’Ariège a été plusieurs fois cité, mais en beaucoup plus grand], et, comme chacun sait, il existe, au moins dans des régions tropicales et subtropicales, de vastes parcs clôturés : diverses réserves d’Afrique australe, la clôture à dingos d’Australie.
La mission a eu le sentiment qu’un accord général pourrait même être facilement trouvé pour localiser les terrains nécessaires, en un ou plusieurs tenants, même s’il faudrait bien que quelqu’un se décide à un moment à mettre à disposition des milliers d’hectares. Si on veut respecter la biologie de l’ours présentée supra, il faudrait en effet trouver l’équivalent, pour la population actuelle d’ours, d’environ 200 à 300 000 hectares, soit la superficie d’un demi-département.
La mission a donc analysé la pertinence et la faisabilité de cette hypothèse séduisante au premier abord. Elle estime en synthèse que cette solution de grande(s) réserve(s) clôturée(s), de plusieurs milliers d’hectares, conduirait à de grandes difficultés de mise en œuvre ou à des impasses, et que les partisans de cette réalisation sont, pour beaucoup d’entre eux, tout à fait conscients de ces difficultés. Indépendamment du coût budgétaire de la clôture elle-même, celles-ci paraissent à la mission de trois ordres : techniques, biologiques, sociales.
- techniques d’abord : le biotope naturel de l’ours dans les Pyrénées comprend les landes d’altitude à myrtilles, vers 2000m d’altitude. La clôture, approximativement plantée en courbes de niveau qui la limiterait vers le haut, serait exposée aux avalanches ; en forêt, biotope principal de l’ours, elle serait exposée aux chutes d’arbres, sauf à la border de tranchées déboisées plus larges que la hauteur du peuplement forestier. La libre circulation des cours d’eau traversant l’enclos poserait des problèmes hydrauliques (embâcles, charriages d’alluvions…) difficilement compatibles avec la continuité d’une clôture très étanche.
- biologiques ensuite : quelle gestion de la faune à l’intérieur du parc ? L’ours devrait il être nourri ? Quelle densité d’animaux accepter, sachant qu’un seul individu occupe en liberté plusieurs milliers d’hectares et que les mâles dominants peuvent exclure violemment les autres ? Que faire des animaux issus des reproductions ? Quelle gestion des autres espèces, ongulés notamment ; la chasse serait-elle envisageable en présence d’une forte densité d’ours, et intéresserait-elle quelqu’un ?
S’il n’y avait pas de chasse et que l‘ours ne régulait pas suffisamment les herbivores, le milieu serait dégradé par ceux-ci. De ce fait, un tel enclos paraît nécessiter une gestion attentive et interventionniste, donc coûteuse.
Si le périmètre d’un tel projet devait concerner des sites Natura 2000, le projet devrait faire l’objet d’évaluation d’incidence, en raison des impacts sur les espèces et sur les milieux.
Enfin, cette solution ne serait vraisemblablement pas reconnue comme satisfaisant les conventions internationales et directives européennes, mais ceci reste à analyser en fonction des superficies retenues. - sociales enfin : pour les motifs techniques exposés plus haut, le parc ne pourrait vraisemblablement pas être traversé par des sentiers de randonnée, et cette activité pourrait être gelée dans les territoires correspondants. A tout le moins, une clôture à ours poserait le problème de son franchissement possible par les piétons, randonneurs et autres. Tout dispositif de franchissement praticable par l’homme le serait a fortiori par l’ours lui-même, même si sa propension à sortir d’un grand parc serait plus faible que celle de sortir d’un enclos exigu. Par contre, les autres espèces animales terrestres, sangliers, cervidés et isards notamment, rencontreraient une barrière infranchissable.
Concernant la vision des animaux, ceux-ci ne seraient facilement visibles dans, par exemple 5 000ha d’un seul tenant, que s’ils sont «apprivoisés» par nourrissage. Y a-til un public pour payer la vision aléatoire et difficile d’animaux captifs qui ne seraient pas présents ailleurs en liberté dans le massif ?
Au final, ce parc pourrait donc constituer une gêne pour certaines activités (randonnée, chasse), sans apporter de réelles valorisations économiques.
Il semble donc qu’à ce stade, sous réserve de l’examen de situations comparables, populations d’ours captifs dans des enclos de quelques milliers d’hectares et parcs clos en situation de moyenne et haute montagne tempérée, s’ils existent, un projet de cette nature, difficile à conduire techniquement, coûteux, non rentabilisable et ne satisfaisant sans doute pas engagements internationaux, ne doive pas être poursuivi.
Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations
Commentaires de la buvette
La fin du rêve de la grande muraille d'Ariège, du grand ou petit parc à ours des ultras pastoraux, Bonrepaux ne sera pas empereur. La situation ubuesque des animaux sauvages "parqués" et des animaux domestiques en liberté. Un peu de bon sens quand même.
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