La question des feux courants ou feux pastoraux

par Stéphan Carbonnaux.

Il semble que l’activité pastorale ait été de tout temps accompagnée par cette pratique. La prise de conscience du caractère très souvent néfaste des feux ne date pas d’hier puisqu’en 1764, Laclède de Bedous, maître des Eaux et Forêts de Béarn, Navarre et Soule, ordonnait qu’on «cesse de brûler les arbres (…) de mettre le feu aux landes, bruyères et bois pour les défricher et faire venir l’herbe pour le bétail et ce, en tous temps, principalement par vent du sud

La réponse à leur existence est : «il faut bien nettoyer» ou plus vulgairement «Faut que ça nettoye!» (entendu en vallée d’Aspe alors que brûlait une pente très raide, couloir d’avalanches, sur laquelle aucun bétail ne se rend aujourd’hui). Au temps où les bêtes étaient bien plus surveillées, il semble que les grands feux n’existaient pas, car les troupeaux entretenaient régulièrement le couvert végétal. Durant les années 80, certains scientifiques ont posé un nouveau regard sur l’utilisation du feu, et relativisé les effets catastrophiques qu’on lui prêtait sur la nature. Christopher Carcaillet révèle, lui, qu’aucune étude des conséquences écologiques des feux n’est menée en montagne, à l’exception des forêts boréales et méditerranéennes.

En Pyrénées-Atlantiques

Pour ce qui concerne les Pyrénées-Atlantiques, certaines forêts de hêtres ont été sévèrement touchées au fil du temps, comme sur la commune d’Etsaut en haute vallée d’Aspe (observations personnelles et de membres de la SEPANSO-Béarn). Le record de dégâts est manifestement celui de l’année 2002 : des derniers jours de janvier au 3 février, la montagne brûlait presque partout et même très bien en raison d’une sécheresse persistante et de vents forts. Malgré un arrêté préfectoral interdisant tous les écobuages, le bilan fut très lourd : un homme mort asphyxié, des pompiers blessés, des granges détruites et 5 000 hectares de bois, forêts et landes ravagés. Parmi les sites touchés, on retiendra en vallée d’Aspe la forêt communale de Lescun (bois de Landrosque et de Lhurs), et la forêt communale de Chimits à Aydius (qui protège le village contre les coulées de neige), puis en vallée d’Ossau le vallon d’Aspeich à Bielle et Bilhères-en-Ossau.

Cet épisode peu glorieux mais aussi le drame d’Estérencuby [En février 2000, 8 randonneurs étaient pris dans les flammes à Estérencuby au Pays Basque. Cet acte commis par des agriculteurs fit 6 morts !], ont enfin poussé les autorités à réagir. C’est ainsi qu’on été créées les commissions locales d’écobuage, qui associent au niveau cantonal, éleveurs, chasseurs, forestiers, sapeurs pompiers, gendarmes, agents du Parc national des Pyrénées, représentants des associations de protection de la nature et des administrations. Un schéma départemental a été mis en place en 2004 dans les Pyrénées-Atlantiques. Le nombre de feux clandestins est moins nombreux assure la D.D.A.F.

De 1995 à 2001, 20 incendies ont été recensés en forêt publique avec 160 à 1 300 hectares brûlés. En 2007, l’O.N.F. n’aurait recensé que quatre départs de feux non déclarés et 7 hectares brûlés, alors que 1 800 requêtes concernaient 16 000 hectares.

La prise de conscience du monde pastoral est faite d’après le responsable du pastoralisme à la D.D.A.F. Il aura fallu le drame d’Estérencuby avec pas moins de six  randonneurs morts dans les flammes, des biens matériels incendiés et des forêts de protection touchées pour réagir. Si nous nous félicitons de cette prise de conscience, nous observons que les conséquences de ces feux sur les écosystèmes ne sont pas réellement étudiées dans les Pyrénées-Atlantiques tout du moins.

En Haute-Garonne

Changeons de département. Voici un compte-rendu de la commission d’écobuage, réunie à Saint-Béat le 13 décembre 2007. Nous avons conservé la fraîcheur de ce compte rendu, écrit par le représentant de l’association Nature Comminges, qui, mieux que de longues démonstrations éclaire sur le climat local dans les Pyrénées autour des feux "nettoyeurs".

  • «Garin : une zone assez importante de 40 ha.
  • Gouaux-de-Larboust : une très grande zone de 121 ha.

Ces deux zones n’ont pas été brûlées depuis très longtemps (20/30 ans). Sur Gouaux ils vont brûler de la forêt (bouleaux) «même des sangliers ne voudront pas y aller si on ne fait rien». Des réserves ont été émises sur la sécurité et demande expresse de brûler en plusieurs fois afin de perturber le moins possible et de pouvoir maîtriser le feu.

  • Artigue : sept zones de tailles moyennes mais une très importante de 115 ha. Demande expresse de brûler en plusieurs fois
  • Juzet : deux zones moyennes
  • Gouaux-de-Luchon : demande de brûler des fougères. Réserves émises car les fougères repousseront de plus belle. Il leur est demandé de mettre les troupeaux sur ces estives au moment de la pousse des fougères afin de les épuiser et là elles régresseront. Apparemment le maire n’est pas d’accord.
  • Bézins-Garraux : Là aussi des fougères et des bouleaux à brûler, mais des petits (le maire dixit : 20 à 30 cm, mais moi je n’appelle pas ça du petit). Prévoient de faire une piste coupe-feu pour la sécurité… (Commentaire personnel : on sait ensuite à quoi servent les pistes.) De plus le maire fait du mauvais esprit. Sachant que je vais poser la question sur la faune, il précise : "au point de vue bestioles, il y a des taupes et des cerfs et des sangliers qui foutront le camp. De toute façon cette année c’est une année à fougères et ce n’est pas les gens des villes qui nous dirons ce qu’il faut faire. Et si on ne fait pas, les bois vont descendre encore plus bas et il n’y aura plus d’estives."
  • Burgalays : 15 ha de fougères
  • Guran : quatre petits projets, mais en basse altitude
  • Baren : une zone de 1,6 ha près de la route
  • Melles : 2 ha de fougères à Labach

Pas de bilan des écobuages sauvages.

Mon opinion personnelle : "mieux vaut ne pas trop enquiquiner ceux qui demandent car en cas de refus ils feront sans autorisation de toute façon avec tous les risques annexes."

Et Yvan Puntous de poursuivre dans un courrier du 5 mars 2008 :

« Ecobuages: dimanche la montagne était en feu vers Melles, des centaines d'ha ont brûlés! Quand je pense que j'étais de commission d'écobuage et qu'il avait bien été demandé de ne brûler qu'en plusieurs fois afin de faire le moins de dégâts possible sur la faune ! Que même il avait été émis des réserves sur certaines de ces pratiques qui n'apportaient rien au pastoralisme puisque le fait de brûler faisait que fougères et autres repartaient de plus belle avec cet apport de cendres. Mais la pression des chasseurs/éleveurs est tellement forte qu'on ne peut quasiment rien contre eux. J'avais à côté de moi le maire de Bézins-Garraux, vous savez, là où Mellba a été tuée, qui suite à certaines réserves, et là il me visait ainsi que les représentants de la préfecture, a dit "ce ne sont pas les gens de la ville qui vont nous apprendre comment faire chez nous, il n'y a que des saloperies, fougères, ronces, genêts où seuls les sangliers peuvent entrer et comme faune seulement des serpents, des taupes et des rats" Et je ne parle pas de l'Espagne, de chez moi, en gros derrière le Crabère pour simplifier, on voyait la fumée venant du versant sud sur des kilomètres et des kilomètres.»

Yvan Puntous rajoute dans un autre courrier du 19 mars 2008 : « Ce que je pensais voir venir d'Espagne était en réalité versant français ! Mais vu la fumée et la distance où j'étais (20 km à vol d'oiseau) je m'étais trompé sur la provenance de ces fumées qui étaient donc du côté Melles et Portet. »

De son côté, Germain Cucuron, membre de la même association Nature Comminges, écrivait : « Le 24 Février, en randonnée au massif du Puech en Haute-Garonne, j’ai été témoin des écobuages pratiqués ce jour là. Le temps très sec et ensoleillé était propice à cette activité. Peu de vent.

  • Un feu d’une superficie importante sévissait sur les soulanes de Portet d’Aspet.
  • Un second incendie embrasait les versants Sud de Labach de Melles.

En Haute-Garonne, une commission d’écobuage se réunit chaque année pour décider et aboutir à un accord entre les organisations concernées : communes, ONF, ONCFS, groupements pastoraux, chambre d’agriculture, associations de protection de la nature. Les parcelles et les superficies à brûler sont décidées d’un commun accord après proposition des mairies.

Ma question est : cet accord est-il respecté ? Et qui est chargé de le faire respecter?

  • Pour l’incendie de Portet d’Aspet : pas de demande d’écobuage pour 2007. On peut penser que cet un écobuage sauvage qui a dégénéré.
  • Pour l’incendie de Melles : 3 ha ont été demandés par la mairie mais c’est dix ou vingt fois cette superficie qui a brûlé. Toutes les crêtes de (lieu volontairement non indiqué), secteur à perdrix grises sont roussies par le feu, j’ai pu le constater lors d’une randonnée suivante dans ces secteurs, qui jouxtent le (lieu volontairement non indiqué), lieu de tanière d’une ourse et ses petits. Le feu ne pouvait pas s’étendre sur la zone des ours étant donné les reliquats de neige, mais, vu la faible distance et bien que la sortie de tanière n’était pas encore annoncée, on peut se demander, s’il n’y a pas eu dérangement.

Je pense que nous devrions être plus vigilants et demander à être présents lors des écobuages.»

Les impacts des feux pastoraux

Les impacts de ces feux sur la flore et la faune pyrénéenne sont très souvent éludés par leurs partisans. Aucune espèce de la flore ne disparaîtrait, mais l’abondance de certaines d’entre elles se serait  considérablement réduite et leur réapparition serait plus échelonnée. Les insectes sont bien entendus très touchés, les escargots aussi mais on nous dit que leur capacité de recolonisation est forte. Comme nous aimerions croire tout cela ! À consulter quelques documents, on constate que les reptiles souffrent des écobuages, comme les couleuvres dites coronelles qui vivent dans les Pyrénées (source : Guide pour la sauvegarde des espèces animales de l’Isère, CORA-Isère et Service environnement du Conseil général, 2005), que les chambres d’agriculture de Picardie (des institut ions peu réputées pour leur soutien à la
protection de la nature) proposent des solutions alternatives au brûlage des talus, qui constituent de précieux refuges pour la flore et la faune.

Dans une étude menée par des biologistes et la fédération des chasseurs du Jura : «Impact des pratiques de brûlage dirigé sur les communaux de Vescles», on lit à propos des orthoptères : «moins un site est brûlé fréquemment, moins les graminées sont abondantes, plus la diversité spécifique des autres plantes est grande et plus les sauterelles consommatrices de ces plantes sont présentes sur ce site. Cette observation est à rattacher à un principe écologique général qui veut que la diversité en espèces d’insectes est corrélée positivement avec l’augmentation de la diversité en espèces végétales. Employé trop fréquemment, le feu simplifie les milieux en homogénéisant la végétation. D’une année sur l’autre, ce seront toujours les mêmes espèces végétales, avec leur cortège d’orthoptères associés, qui seront favorisées. La perte de diversité floristique conduit à une perte de diversité orthoptérologique

Les auteurs d’ajouter que «les impacts du feu sur les communautés d’insectes sont divers et variés. La plupart du temps, ils sont de courte durée si les possibilités de recolonisation existent (présence de milieux périphériques), mais comme pour les plantes, des feux trop intenses et trop fréquents peuvent aboutir à la disparition progressive de certaines espèces

Dans la Petite montagne jurassienne, comme en bien des lieux, l’écobuage trouve sa raison d’être dans le désir de conserver, fixer un paysage que l’on a connu et qui, s’il disparaissait, laisserait place à ce que beaucoup imagine être un chaos.

Des études sérieuses et indépendantes seraient à mener sur les feux pastoraux et leurs impacts réels sur les écosystèmes pyrénéens.

L’impact des feux sur la nourriture des ours

Moins connu est l’impact des feux pastoraux sur l’alimentation des ours. Voici la réponse d’Alfonso Hartasánchez à un journaliste espagnol :

Otro aspecto que preocupa mucho es el fuego. ¿Hasta qué punto puede resultar perjudicial? El fuego es un problema muy grave. Se están quemando zonas de vital importancia para la alimentación del oso. Evidentemente, no es un problema de mortalidad directa, pero indirectamente le está obligando a realizar más desplazamientos. Para comer lo mismo tienen que andar mucho más. Ésa es otra de las asignaturas pendientes. (Source : La Nueva España, 30 novembre 2006).

Traduction : «Le feu est un problème très grave. Ils brûlent des zones d’importance vitale pour l’alimentation des ours. Bien sûr, ce n’est pas un problème de mortalité directe, mais indirectement cela oblige l’ours à plus se déplacer. Pour manger la même chose, ils doivent marcher plus. C’est une autre matière en suspens

Au cours de notre mission en Asturies, les membres du FAPAS ont insisté sur ce problème, et notamment sur le caractère plus nocif des feux hivernaux qui pénètrent le  sol en profondeur, et ainsi détruisent plus sûrement l’humus et la flore que les feux estivaux. Une des parades imaginées et mises en pratique par cette association est de proposer aux intéressés d’entretenir mécaniquement les parcelles en cause.

Ajoutons que Jean-Jacques Camarra et l’O.N.C.F.S. ont déjà alerté sur les dégâts commis par ces feux à certains refuges vitaux de l’ours (voir notre partie consacrée à l’espace vital de l’ours).

L’impact des feux sur la petite faune

Nous donnons ci-dessous un entretien publié sur le blog de Jenofa Cuisset, écologiste très active et membre des Verts, qui vit au Pays Basque...

En finir avec le mythe du feu purificateur

par Jenofa Cuisset

Dans Avant que nature meure, le livre du Professeur Jean Dorst, dont la première édition date de 1965, une grande place est réservée à ce thème "Par le fer et par le feu, la destruction des terres par l’Homme". L’érosion accélérée par les activités humaines désordonnées et irrespectueuses en est le souci permanent. Ce livre rejoint celui d’André Birre Un grand problème humain, l’humus, paru à la même époque où l’on découvre, entre autres, les inquiétudes à ce sujet d’un certain Victor Hugo. C’est dire si certaines prises de conscience contemporaines sont tardives et timides.

Dans les années 70, Manex Lanatua a pratiqué le métier de berger en montagne Basque. Un grave accident l’a contraint à cesser cette activité. A l’époque, déjà, il était en complet désaccord avec l’écobuage, cette pratique pastorale de mise à feu de la montagne. Aujourd’hui qu’il est apiculteur, «berger d’abeilles», ce désaccord est encore plus vif. Même si bien d’autres pratiques agricoles mettent de nos jours en péril la survie des abeilles et des insectes en général, (monoculture, mono élevage, fenaison hâtive, réduction des surfaces boisées, pesticides, OGM, etc), il n’hésite pas à déclarer «Nous sommes des sinistrés du feu».

Dans le département, ils sont environ 350 apiculteurs déclarés, ce qui représente à peu près 20 000 ruches dont les abeilles s’activent pour le bien commun. «Cette noble activité, activité de paix par excellence, tente de survivre dans une ambiance de guerre ouverte. Ces feux terribles, nous les regardons avec angoisse détruire des centaines d’hectares de ce que nous pourrions appeler les pâturages de nos abeilles

Manex, que penses-tu de la pratique de l’écobuage ?
Je n’ai jamais mis le feu à la montagne et je ne le mettrai jamais. C’est un acte de mort. Il s’agit de tuer la nature. Or, qu’est-ce que la nature ? C’est vous, c’est moi, c’est l’ensemble des êtres vivants. Brûler la montagne, c’est se mettre à mort soi-même. Tout acte de destruction opéré contre la nature est un acte de destruction opéré contre soi-même. Ces incendies, que je considère comme criminels, sont également des actes suicidaires. Il n’y a que du négatif et du mortifère dans l’acte d’allumer des incendies de montagne.

Certains mettent en avant la notion de «tradition». Qu’en penses-tu ?
Comme dans beaucoup d’autres domaines, il y a confusion dans la tête des éleveurs. Nombreux sont encore ceux qui pensent que ces incendies volontaires sont une bonne chose. Quant à moi, je suis absolument persuadé que cette pratique de la tradition basque est mauvaise. Ce n’est pas parce qu’une coutume est dans le droit fil de la tradition que cette coutume est bonne. Il y a dans la tradition du peuple basque de bonnes et de mauvaises choses. Les mauvaises sont à laisser de côté. En outre, je ne comprends pas comment quelqu’un peut brûler ce qui le nourrit. Car c’est bien la montagne qui nourrit le bétail qui nourrit ensuite le berger ou le paysan.

Incendier la montagne, est-ce une façon de la remercier? Quelque chose ne tourne plus rond. C’est l’absurdité la plus totale car, avant toute chose, le fondement de la véritable tradition n’est- il pas l’amour et le respect de la terre ? Il y a encore à peine quarante ans, les hommes et les femmes qui nous ont précédés ont pratiqué et entretenu cet amour et ce respect. Cela aussi se cultivait. L’amour de la terre, c’était leur culture. Puis par la divinisation de l’idée de progrès, ne jugeant et ne jaugeant que par lui, l’harmonie a été rompue. Tout n’est plus maintenant que rivalité. La relation homme/nature est elle aussi conflictuelle. Aujourd’hui, vivre en harmonie avec la nature, les animaux, les autres humains, tous les êtres vivants, la plupart des humains s’en foutent. Seul compte leur profit immédiat, c’est -à dire l’argent, divinité suprême de notre époque. Pourtant, comme disaient les indiens "La terre ne nous appartient pas. Nous l’empruntons à nos enfants." Je suis persuadé que le Pays Basque est pourtant le lieu idéal pour promouvoir une agriculture respectueuse de l’avenir et du vivant.

D’abord et avant toute chose, nous devons tous nous imprégner de cette idée que nous ne sommes pas seuls au monde. Tout acte que chacun pose en montagne a des conséquences pour les autres utilisateurs de cette même montagne. A preuve, par exemple, Monsieur Lacoste, de St Just Ibarre, producteur de porcs, qui a perdu quinze hectares de forêts, sousbois et landes à cause d’incendies incontrôlés. "Les dommages causés se répercuteront sur plusieurs années", déclare-t- il.

Et les conséquences pour les apiculteurs, quelles sont-t-elles ?
Il s’agit d’une véritable catastrophe. Le feu détruit des centaines de variétés de fleurs. Beaucoup ont déjà disparu pour toujours. Peut-être certaines avaient-elles la capacité de guérir des maladies. On ne le saura jamais. Le feu détruit aussi les insectes pollinisateurs. Ainsi des variétés de bourdons de montagne ont déjà disparu. Des variétés d’abeilles sauvages se raréfient. Sans parler des lapins, des lièvres et autres animaux qui meurent carbonisés. Et que dire des "pottok", des chèvres et des brebis qui ont brûlé dans leurs bergeries ?

Mais revenons à l’apiculture. Il faut savoir que contrairement aux bergers et paysans, les apiculteurs travaillent sans la moindre prime. Lorsqu’un flan de montagne fleuri de bruyères disparaît dans les flammes, l’éleveur d’abeilles devra attendre huit ou dix ans avant de faire une nouvelle récolte. Oui, tout acte individuel a des conséquences pour les autres et pour la nature.

Alors, que faire ?

  • D’abord, cesser de penser que la montagne est un tas de m… couverte de cochonneries que le feu "nettoie". Pour nous, la ronce et la bruyère sont une bénédiction des dieux. Avec ce tas de "saletés", les abeilles font du miel. Qui peut faire mieux ?
  • Au moins pour un certain temps, il faut totalement interdire ces feux destructeurs, laisser le temps à la nature de reprendre force, à l’humus de se reconstituer. Dans ce cadre, il faudra réserver des zones à l’apiculture.
  • Il faut promouvoir la machine à débroussailler. Là où elle ne peut aller, il faut laisser faire le travail aux pottok qui ont une excellente dentition ---- En outre, si le système de l’écobuage doit être pratiqué, je dirais, que vu ses dangers, il faut absolument assurer une véritable formation/information des éleveurs susceptibles de l’utiliser. Il faudrait que les éleveurs se regroupent pour ne pas se laisser déborder par l’incendie. Dans ces cas là, il ne faut pas oublier que ce sont les pompiers qui risquent leur vie.
  • Il faut sans doute aussi réunir autour d’une table les différents "utilisateurs" de la montagne
  • Enfin, il faut reboiser avec des essences locales ( châtaignier, chêne, hêtre, tilleul, etc. ) et aider financièrement ceux qui vraiment ( j’insiste sur le mot vraiment ) travaillent avec la nature et non pas contre elle.

Extrait du "Rapport historique et prospectif sur la protection de l'ours dans les Pyrénées"  commandé par FERUS à Stéphan Carbonnaux.

Stephan Carbonnaux

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