Le lindane appartient à la famille des organochlorés, insecticides caractérisés par leurs affinités pour les tissus riches en graisses, et leurs grandes stabilités chimiques à l’origine de leur rémanence tant dans les organismes vivants que dans le milieu extérieur. Il fut très utilisé par les éleveurs d’ovins, puis interdit.
Nous reprenons ici les faits et l’analyse telle qu’ils ont été présentés par Pierre Navarre, naturaliste et vétérinaire qui connaît très bien les Pyrénées occidentales [Pierre Navarre, «Mortalité des isards du Pic de Bazès», La Bergeronnette, n°18, 2002, Bulletin de liaison du G.O.P.A.] Durant l’été 2001, une forte mortalité est apparue chez les isards du secteur du Pic de Bazès (à l’ouest d’Argelès-Gazost, Hautes-Pyrénées). Après diverses tergiversations, l’Administration a reconnu qu’il s’agissait d’une grave intoxication par le lindane.
C’est l’initiative d’un éleveur qui a sans doute accéléré la manifestation de la vérité : l’analyse du lait de ses brebis qu’il avait demandé révélait un taux de lindane de 102 mg/l alors que la limite supérieure admissible pour commercialiser ce lait ne doit pas dépasser 0,08mg/l. (NDLB: 1275 fois la dose limite!) Une autre analyse, du foie d’un isard femelle, donnait ce résultat : 712 mg/ gramme de foie, une teneur très élevée, voire exceptionnelle pour un échantillon de foie. Curieusement, la presse régionale évoquait des «traces», alors qu’il s’agissait d’une dose massive.
Autres faits curieux, peu d’analyses toxicologiques furent réalisées alors que 59 cadavres d’isards auraient été retrouvés à la date du 11 août, on a attendu trois mois pour des analyses de la végétation, et enfin, aucune étude ne fut manifestement menée sur l’impact des autres espèces animales. Ce dernier semble pourtant avoir été réel selon des témoignages recueillis auprès de l’O.N.C.F.S. (disparition d’une colonie de marmottes, disparition d’indices de présence de sangliers, disparition des criquets et sauterelles, abeilles à comportement anormal).
Autre anomalie dans cette affaire : alors que les doses retrouvés dans le foie de la femelle d’isard, et les symptômes nerveux observés chez les autres isards ont fait pensé à une toxicité aiguë, liée à une brève exposition à une forte dose, comment expliquer des mortalités étalées du 23 mai au 31 juillet, soit plus de deux mois ? Fallait- il voir la rémanence du produit dans le milieu extérieur ou une intoxication de type chronique liée à une consommation répétée de faibles doses ? Pierre Navarre a montré également pourquoi un animal peut mourir d’une intoxication par le lindane relativement longtemps après l’avoir ingéré et pas forcément à l’endroit où il l’a ingéré.
Malheureusement, comme il le regrettait, aucune réponse n’a pu être apportée à l’époque à ces questions faute d’enquête réalisée à temps sur le terrain. Malgré toutes les déclarations d’intention, aucun moyen n’est donné en France pour se doter d’une surveillance sanitaire efficace de la faune sauvage, hormis les espèces gibiers. Si plusieurs hypothèses furent avancées pour expliquer une telle intoxication (on parla même d’un traitement forestier par hélicoptère), la piste pastorale semble la plus vraisemblable, tant ce produit a été utilisé au fil des décennies. François Moutou, vétérinaire lui aussi et agent de l’A.F.S.S.A., note qu’à chaque interdiction d’un produit, d’une molécule, l’État autorise les éleve urs et agriculteurs à écouler les stocks. La conséquence perverse est que les personnes en cause font d’autres réserves [Jacques Cabaret (I.N.R.A. Tours) nous signale était toujours légalement utilisé en traitement sur des plantes il y a quelques années à peine, au moins en Provence.]
On regrettera une nouvelle fois que de telles affaires s’ensablent sans jamais produire de conclusions nettes.
Stéphan Carbonnaux
Extrait du "Rapport historique et prospectif sur la protection de l'ours dans les Pyrénées" commandé par FERUS à Stéphan Carbonnaux.