L'ours, véritable ami de la biodiversité des estives

Intro - Patrick Pappola a réalisé un travail de bénédictain en analysant les fiches des principaux milieux ouverts pyrénéens. Cette analyse permet de se rendre compte que les mesures préconisées pour la protection des troupeaux vis à vis des prédateurs, peuvent permettre également de protéger les milieux les plus fragiles, mais celà nécessite la présence d'un berger pour conduire le troupeau parfois de façon serrée, parfois de façon lâche. Par contre, le non gardiennage et l'entretien des milieux sont bien souvent incompatibles. En outre, le feu mis à tort ou à raison n'apparait pas comme la mesure systématiquement favorable à l'expression de la biodiversité des estives. (Baudouin de Menten)

par Patrick Pappola

Les ultrapastoraux cherchent à utiliser la méthode Natura 2000 pour disqualifier l'ours en terme de biodiversité. Or, d'une part l'ours fait partie de Natura 2000 en tant qu'espèce "prioritaire" de la directive Habitat, et d'autre part, l'ours ne menace aucunement la gestion des milieux "ouverts" (non forestiers) correspondant à certains objectifs de ce réseau européen pour les habitats correspondant aux estives pyrénéennes. Personne n'a encore vu d'ours plantant des broussailles ou des arbres sur les estives de montagne pour faciliter leur "fermeture" !

Mieux : une analyse des Habitats pyrénéens dits ouverts permet de comprendre combien  la biodiversité des estives est particulièrement compatible avec la présence de l'ours et bien souvent incompatible avec un type de pastoralisme dans lequel beaucoup d'anti-ours veulent s'obstiner.

Deux manières de travailler

Les anti-ours opposent leur manière de faire en estive et celles qui sont compatibles avec la présence de l'ours. A savoir, pour schématiser la situation :

  • Le système défendu par les ultrapastoraux : des troupeaux qui divaguent sans contraintes, non gardés et seulement surveillés et soignés environ une fois par semaine par l'éleveur, bien souvent sans berger tout l'été, sans chiens patous et donc, évidemment, sensibles aux pertes (maladies, foudre, chutes, parasites et bien sûr, prédations par l'ours ou d'autres animaux).
  • Le système compatible avec l'ours : des troupeaux gardés tout l'été par un ou des bergers, avec un ou plusieurs chiens patous (NDLB : On conseille 1 patou pour +- 300 à 400 brebis) pour repousser les prédateurs et autant que faire se peut, un regroupement nocturne du troupeau. Cette manière de fonctionner et celle qui permet de cohabiter efficacement avec l'ours, elle est encouragée par des aides conséquentes de l'Etat sur des "crédits ours" pour sa mise en place (8 bergers itinérants spécialisés dans ces tâches), héliportage du matériel, aides à l'embauche de bergers, aides pour les chiens patous, aides pour l'achat du matériel (clôtures nocturnes par exemple).

Ne pas confondre l'outil et son utilisateur

En quoi cette seconde manière de faire, compatible avec l'ours, serait incompatible avec la biodiversité des estives ? Certes, de façon très localisée, le regroupement nocturne peut occasionner un piétinement de la flore. Mais pas jusqu'à la perte de la biodiversité des estives ! On peut même affirmer que le dispositif avec regroupement nocturne permet de gérer la biodiversité des estives de façon beaucoup plus efficace et beaucoup plus "fine" que le système défendu par les ultrapastoraux, effectivement incompatible avec l'ours.

En effet, comme me le faisait remarquer un ami pyrénéen, s'il s'agit d'utiliser la dent du mouton pour éviter l'embroussaillement et la venue progressive de la forêt (la "fermeture" du milieu comme il se dit, bien qu'il y ait là un réel débat sur la nécessité d'agir contre une dynamique naturelle de retour d'un milieu au très grand potentiel en terme de biodiversité : la bonne vieille forêt européenne!

Le mouton n'est que l'outil : c'est au berger de le manier correctement. En d'autres termes, si favoriser la biodiversité des estives c'est utiliser le mouton comme tondeuse, cela est beaucoup plus aisé avec des troupeaux en gardiennage, c'est à dire avec berger présent tout l'été, puisque ces actions favorables à la biodiversité végétale consistent à faire pâturer les bêtes où elles ne vont jamais et où les versants s'embroussaillent. Sans berger, livrées à elles mêmes, les bêtes n'ont pas une tendance "naturelle" à s'aventurer dans ces zones broussailleuses pour s'en nourrir. Bergers et éleveurs le savent bien. La preuve ?

La méthode

Examinons maintenant le cœur du dispositif Natura 2000 : il s'agit pour chaque site, à partir d'une liste d'Habitats et d'Espèces hiérarchisés (de l'habitat ou l'espèce "d'Intérêt Communautaire" aux Habitats et Espèces "prioritaires", les plus rares, menacés et précieux), d'en dresser l'inventaire, d'en examiner l'état à l'instant "T", et de fixer des objectifs concrets, pratiques, contractualisés avec les différents usagers du site et budgétisés, pour maintenir (ou restaurer) ces habitats et espèces en "bon état de conservation". En France, ce travail est consigné dans des "DOCOB"  (Documents d'Objectifs) validés par les préfets. (Voir L’atelier technique des espaces naturels )

Pour faciliter le travail des gestionnaires des sites et des rédacteurs de ces "Documents d'objectifs", des "cahiers d'Habitats" ont été rédigés par les scientifiques du Museum National d'Histoire Naturelle pour chaque catégorie d'habitat par les chercheurs les plus en pointe dans ce domaine.  (Inventaire national du patrimoine naturel – Cahiers d’habitats )

Carte en main, j'ai donc commencé par sélectionner dans ces Cahiers d'Habitat ceux qui correspondaient aux Habitats pyrénéens "ouverts", donc aux habitats d'estive, c'est à dire, selon la terminologie "Natura 2000",  les landes, les prés, les pelouses et les prairies.

J'ai essayé d'être exhaustif pour ce qui est de leur nombre, mais n'étant en rien spécialiste, j'ai pu oublier des Habitats et je ne connais pas les surfaces couvertes proportionnellement par chacun d'entre eux. En outre, je ne pense pas qu'il n'existe que 5 Habitats "ouverts" prioritaires pour les Pyrénées : soit certains m'ont échappé, soit je les ai traité ci-dessous sans trouver l'appellation "prioritaire".

Peut-être qu'un professionnel pourra un jour compléter ce travail citoyen qui a forcément ses limites ! Il me semble néanmoins que les Habitats listés ci-dessous dans l'ordre de mes recherches (je n'ai rien sélectionné et je n'ai pas cherché à ne citer que les habitats qui arrangeraient mon propos !) donnent une idée convenable de la situation. Une fois cet inventaire en main, j'ai relevé les préconisations des spécialistes au sujet du pastoralisme concernant ces Habitats puisque c'est précisément à cela que servent les Cahiers d'Habitat.

Bien sûr, le pâturage de bétail est souvent conseillé pour favoriser le bon état de tel ou tel habitat. En voici d'ailleurs un premier exemple.

En plus des préconisations strictement pastorales :

  1. j'ai systématiquement cité et mis en rouge les préconisations liées au feu puisque les ultrapastoraux prétendent aussi que le brûlis par écobuage est forcément gage de biodiversité. Outre les dégats que le feu cause, il peut perturber l'ours et détruire les parties forestières de son habitat, enfin,
  2. j'ai mis en gras les termes de spécialistes qui soulignent particulièrement l'idée que je défends dans cet article : les mesures pastorales compatibles avec l'ours le sont aussi avec celles qui sont présentées comme nécessaires dans le cadre de Natura 2000 pour maintenir la biodiversité des milieux "ouverts" pyrénéens.

Qui accepte l'ours améliore la biodiversité de l'estive

"Habitat (prioritaire) : pelouse acidiphile montagnardes des Pyrénées"
Code Corine : 36.311, 36.312 ; 36.313
6230 - 15 

"(...) le pâturage est indispensable au maintien de ces formations. Il s'agit d'y maintenir une pression pastorale forte : l'ensemble de la strate doit être bien râclée, à l'exception de quelques rares touffes parmi les espèces dominantes (en général, des graminées). (...)"

Voilà de quoi remonter le moral de nos ultrapastoraux rendus indispensables avec leurs troupeaux éparpillés aux quatre coins des estives sans berger ou avec mais de façon si lâche que le troupeau n'en fait qu'à sa tête ? Et bien, à y regarder de plus près, pas du tout : les préconisations suivantes concernant cet Habitat prioritaire ne sont finalement compatibles qu'avec un troupeau gardé et mené par un berger.

Voilà en effet la suite de ces préconisations :

"(...) Les espèces les moins appétentes, comme le Nard raide, sont consommées irrégulièrement. L’amélioration des nardaies consiste à contenir l’évolution du Nard raide par une gestion fine de la pelouse, avec un troupeau dirigé par un berger. L’enjeu pastoral est d’empêcher le Nard raide de s’étendre et d’appauvrir le milieu en espèces. Les principales recommandations sont les suivantes :

  • passer régulièrement avec le troupeau ;
  • prélever la nardaie à hauteur de son potentiel ;
  • y conduire le troupeau, sans qu’il y séjourne, après passage dans un milieu plus riche ;
  • il est donc important de conduire le troupeau de façon serrée pour provoquer un chargement instantané fort. Il évite ainsi une sélection trop importante des espèces par le troupeau et permet la consommation des espèces d’appétence moyenne.(...)"

Alors ? Et si ce n'était qu'une exception ? Très bien, poursuivons nos investigations tout en restant pour le moment sur les plus précieux des Habitats pyrénéens "d'estives", ceux qui sont classés "prioritaires" à l'échelle européenne :

"Habitat (prioritaire) : formations herbeuses à Nardus,
riches en espèces, sur substrat siliceux des zones montagnardes
(et des zones submontagnardes de l'Europe continentale)"

Code Corine : 35-1
6230
 

"(...) éviter les brûlages qui favorisent le développement de la Molinie."(...)
(...) "L’enjeu principal est de maîtriser le développement du Nard raide par une alternance entre périodes de pâturage serré en parc pour forcer les animaux à brouter le Nard raide, mais aussi pour favoriser la restitution de matière organique au sol, et de périodes de pâturage extensif d’entretien
.(...)"

Seul le berger présent tout l'été (et éventuellement embauché sur des crédits "ours"!) peut guider le troupeau en alternant de cette manière. C'est aussi le cas avec ces autres Habitats pyrénéens prioritaires ...

"Habitat (prioritaire) : pelouses sèches semi-naturelles et faciès d'embuissonnement sur calcaires (festucobrometalia)"
Sites d'orchidées remarquables
Code Corine : 34.322
6210

Sous-Type 2 Pelouses calcicoles semi-sèches subatlantiques
"(...)La restauration de ces pelouses nécessite une intervention intensive ponctuelle (gyrobroyage, brûlage, fauche avec exportation, pâturage en parc avec forte pression). (...) L’entretien passe ensuite par un pâturage extensif itinérant et, de préférence, gardé afin d’en moduler le chargement et la durée en fonction de la ressource fourragère.(...)"

Sous-Type 3  Pelouses calcicoles subatlantiques xérophiles
"(...)Le pâturage extensif ovin reste la meilleure technique de gestion de ces pelouses afin d’en maintenir la structure en mosaïque ouverte. En phase de restauration, le pâturage peut être plus intensif et conduit au printemps et à l’automne, accompagné d’une fauche avec exportation des produits.
Éviter le brûlage qui accélère l’installation du Brachypode penné, puis le développement des fourrés et l’implantation des ligneux
.(...)"

C'est le berger qui "conduit" le troupeau...

"Habitat (prioritaire) : Prés humides méditerranéens du Languedoc"
Code Corine : 37.4
6420 – 4
 

"Privilégier le pâturage ovin extensif (faible charge et temps de stationnement réduit) permet d’éviter le tassement et une surfertilisation des sols par les déjections."

Pour ce dernier cas, il faudra simplement veiller à ce que le regroupement nocturne du troupeau, nécessaire pour éviter les attaques de l'ours, ne se fasse pas sur cet habitat. Passons maintenant aux autres Habitats pyrénéens présentés comme non prioritaires mais "d'intérêt communautaire" à l'échelle de l'Europe tout en commentant certaines préconisations.

"Landes ibéro-atlantiques thermophiles"
Code Corine :  31.236 ; 31.237
4030 – 1

"(...) Rappel de quelques caractères sensibles de l’habitat : La nette dégradation observée de ces landes est la conséquence d’un pacage intensif, d’un écobuage mal maîtrisé et trop intense, de la fauche, du gyrobroyage et de l’apport d’intrants pratiqués dans certaine parcelles afin de regagner des surfaces d’herbe verte à pâturer.

Modes de gestion recommandés : Veiller au maintien des activités agro-sylvo-pastorales traditionnelles des régions concernées :

  • le pastoralisme doit être maintenu extensif avec des races adaptées ;
  • l’écobuage doit être contrôlé et réduit afin de maintenir des stades de landes de hauteur élevée ; (...)
  • respecter au maximum les habitats à l’occasion de travaux d’aménagements (routes, pistes pastorales et forestières, défrichements, mises en culture, constructions diverses…) pouvant porter une atteinte directe ou indirecte au biotope.(...)"

D'une part ces travaux d'aménagements porteraient aussi atteinte à l'ours, de même que les excès des feux pastoraux (écobuages), d'autre part, la présence de l'ours, donc la nécessité d'un troupeau gardé est parfaitement compatible avec un pastoralisme extensif de races adaptées.

"Landes atlantiques subsèches"
Code Corine 31.2381 ; 31.2383 

"(...) Tout facteur perturbateur (feu, piétinement, surpâturage ou abandon) est donc susceptible de favoriser le développement d’espèces herbacées (Molinie bleue, Agrostide de Curtis) ou ligneuses (Ajonc d’Europe, Bruyère à balais, Prunellier, Pin) ou des espèces d’ourlets, aux dépens d’autres espèces (jeunes Éricacées, héliophiles strictes, lichens…).

Une exploitation pastorale trop poussée peut faire évoluer l’habitat vers des landes ouvertes, voire des pelouses, à la physionomie très différente mais dont la composition floristique peut être proche. (...)

Les objectifs de gestion seront orientés vers le maintien d’une lande dominée par les chaméphytes, en conservant un milieu pauvre en nutriments et des stades dynamiques variés (5 à 15 ans). Ces objectifs devront cependant être intégrés dans la gestion globale des territoires pastoraux où un équilibre doit être maintenu entre les zones de landes, les zones herbacées et les zones de transition.

(...) Si le feu présente certains avantages pour la gestion des landes ligneuses (maintien d’un niveau bas de nutriments, accès sur des terrains non mécanisables, entretien de milieux dans la lutte contre les incendies, amélioration de l’appétence des zones), les aspects négatifs de son utilisation doivent être connus : impact sur la faune, développement à terme d’espèces pyrophytes, impact paysager, homogénéisation de la structure (...) L’habitat étant oligotrophe, on proscrira toute utilisation d’engrais, fumure organique (lisier, fumier), amendements.(...)"

Là encore, comment imaginer respecter des préconisations aussi "fines" sans la présence du berger pour orienter le troupeau ? Même remarque pour les habitats suivants où il est difficile d'imaginer le suivi proposé sans la présence du pâtre, présence parfois stipulée en toute lettre :

"Landes acidiphiles"
subatlantiques sèches à subsèches
Code Corine 31.223 
4030 - 0

"(...)Inventaires, expérimentations, axes de recherche à développer : Suivi de l’impact du pâturage par différents herbivores (lapins, bovins, ovins) afin d’optimiser à terme sa pression pour la conservation de l’habitat.(...)"

"Landes acidiphiles montagnardes thermophiles des Pyrénées"
Code Corine 31.2 

"(...) Il est nécessaire d’assurer une pression adaptée, via pâturage, fauche exportatrice ou brûlage dirigé, afin de maintenir l’ouverture de l’habitat facilement colonisé par les ligneux.(...)
Maintenir une mosaïque de landes d’âges différents.

Gestion par le pâturage : le mode de gestion pastorale usuel est le circuit de pâturage sur de vastes quartiers (ex. : 280 hectares pour 260 vaches). Une lande jeune à Callune vulgaire s’entretient par une pression pastorale forte mais mesurée pour éviter la disparition de la Callune. Nécessité d’un gardiennage : vacher + clôtures mobiles. (...)

Après ouverture du milieu, on peut envisager des brûlages d’entretien. Pour permettre un contrôle maximal du feu, réaliser des taches de quelques centaines de mètres carrés à 1 ha maximum, sur un sol fortement humide et gelé, par petit vent. (...) L’efficacité des mesures d’ouverture des landes et de lutte contre la Fougère aigle dépend beaucoup de la concentration de la pression pastorale sur les unités brûlées, gyrobroyées ou traitées :

  • en présence de fougère, concentrer la pression pastorale en
    début d’estive
    , pendant tout le mois de juin ;
  • après brûlage hivernal, concentrer le troupeau pour avoir une
    action efficace sur les jeunes frondes.(...)"

"Landes installées sur substrats siliceux ou sols acides sur calcaires à Loiseleuria procumbens"
Code Corine 31.41
4060 – 1
 

"(...) Landes présentes dans les Pyrénées sur des crêtes ou des grands plats et soumises à des vents violents, à partir de 2 300 m d’altitude. Compte tenu des conditions climatiques dans lesquelles elles se développent, ces landes constituent la végétation climacique des zones rocheuses à sol superficiel, acide et pauvre.

Leur évolution peut être considérée comme bloquée, sauf si une dégradation liée à l’exploitation par les troupeaux domestiques intervenait et entraînait un processus d’évolution régressive vers des formations encore plus ouvertes. (...)

Dans les Pyrénées, cette lande alpine est très fréquentée et sujette à l’érosion avec moins de 30 % de recouvrement. On peut la considérer comme un milieu fragile où le surpâturage voire une trop forte pression pastorale (passage répété des troupeaux) sont à éviter. (...)

Ces landes alpines sont parmi les formations les plus tardives du secteur supraforestier et se développent sur des sols fragiles. Elles ne doivent pas être exploitées avant la mi-août, le temps que le sol évacue l’excédent d’eau provenant de la fonte des neiges.(...) Les prélèvements doivent rester faibles : les meilleures espèces seront assez bien consommées (surtout les légumineuses), les espèces herbacées dominantes sont consommées irrégulièrement et le gaspillage (herbe couchée) est important. (...).

Intérêt de par son caractère relictuel. Habitat potentiel de reproduction du Lagopède alpin (...).

"Landes installées sur substrats calcaires"
Code Corine 31.47
4060 – 2
 

"(...) Ces landes naturelles sont relativement stables, menacées toutefois par l’érosion éolienne et par le surpâturage (trop forte pression pastorale ou passage répété des troupeaux).

Modes de gestion recommandés :
Le maintien de ces landes passe par une gestion active d’un pâturage dirigé prenant en compte la structure en mosaïque, notamment avec les pelouses à Élyne fausse queue de souris.(...)
Dans le passé, ces landes étaient entretenues par le brûlage que l’on considère aujourd’hui néfaste, engendrant la régression de ces landes vers des pelouses à Fétuque.(...)  Les prélèvements doivent rester faibles : les meilleures espèces seront assez bien consommées (surtout les légumineuses),les espèces herbacées dominantes sont consommées irrégulièrement et le gaspillage (herbe couchée) est important.(...)

Intérêt de par son caractère relictuel. Refuge hivernal pour les rapaces et les grands cervidés. Présence de l’Orchis de Spitzel, découverte seulement en 1995.(...)"

"Landes acidiphiles basses à Empetrum nigrum subsp. hermaphroditum et Vaccinium uliginosum subsp.microphyllum"
Code Corine 31.44
4060 – 3
 

"(...) D’un point de vue pastoral, ces formations sont très peu productives du fait de leur exposition en ubac et de leur implantation sur éboulis ou crêtes restant longtemps enneigées.(...) Aucune gestion pastorale n’est plus particulièrement recommandée si ce n’est un passage régulier des troupeaux en pâturage extensif afin de freiner la reforestation.(...)"

"Landes subalpines acidiphiles hautes à Rhododendron ferrugineux"
Code Corine 31.42
4060 – 4

"(...) Si aucune mesure de gestion n’est prise, la lande évolue relativement vite vers une pineraie. Maintenir une certaine pression du pâturage permet donc d’entretenir la structure en mosaïque. Toutefois, une forte pression pastorale favorise le développement du Nard.(...) Dans le cas particulier des landes ouvertes à Airelles, il faut que le pâturage soit précoce (mi-juin) et que le chargement instantané soit fort.

Pour éviter que les landes ouvertes n’évoluent vers des landes fermées, il faut relever la charge animale en l’adaptant au potentiel fourrager de la lande.(...)"

"Landes subalpines secondaires des soulanes des Pyrénées"
Code Corine 31.431 p.p.
4060 – 7

"(...) - sur substrat siliceux, la régression de ces landes par incendie (écobuage), coupe, gyrobroyage et surpâturage peut mener à la formation de stades de pelouses écorchées du Festucion eskiae (pelouse à Gispet au subalpin supérieur et à l’alpin inférieur ; pelouse à Fétuque paniculée au subalpin inférieur et au montagnard supérieur) ;

(...) Gestion par débroussaillage et reprise du pâturage en début et en fin de saison d’estivage ; une « forte » pression de pâturage semble améliorer la qualité fourragère du milieu, en particulier grâce au piétinement des débris végétaux issus du débroussaillage et le prélèvement des jeunes rameaux.

Cette intervention technique n’a d’intérêt que si la charge pastorale est par la suite suffisante pour juguler la repousse des ligneux bas. (...) Dans le cas particulier des landes ouvertes, il faut que le pâturage soit précoce (mi-juin) et que le chargement instantané soit fort.

Pour éviter que les landes ouvertes n’évoluent vers des landes fermées, il faut relever la charge animale en l’adaptant au potentiel fourrager de la lande.

Parallèlement, éviter la pratique de l’écobuage qui favorise la régression de la lande vers des formations de pelouses à Fétuque.

Raisonner les aménagements d’infrastructures (pistes pastorales, pistes forestières, pistes de ski) en respectant ces habitats épars."

"Landes oroméditerranéennes endémiques à Genêt épineux"
Code Corine 31.7
4090
 

"(...)Le principal objectif de gestion consiste à lutter contre la fermeture de ces milieux par l’extension du Genêt (très) épineux et par l’enrésinement. Cela peut passer par un pâturage précoce et une conduite serrée, par le débroussaillage ou par un brûlage dirigé très bien contrôlé.(...)"

"Landes épineuses méditerranéo-montagnardes des Pyrénées méridionales"
Code Corine 31.71
4090 – 1
 

"(...)Très mal connues en France, ces landes à Genêt très épineux doivent être gérées par un pâturage ovin extensif en fin de printemps qui permet, notamment, de lutter contre les incendies de broussailles.

Le chargement à l’hectare ne peut être important afin d’éviter toute dégradation des sols déjà soumis à l’érosion sur forte pente (éboulis).(...) D’une manière générale, l’habitat est très sensible à l’incendie et aux feux pastoraux mal maîtrisés.(...)"

"Landes épineuses supraméditerranéennes des corniches et crêtes ventées de Catalogne"
Code Corine 31.74
4090 – 2
 

"(...) Habitat primaire relativement stable (...). très sensible à l’incendie et aux feux pastoraux mal maîtrisés."

"Landes épineuses pyrénéo-cantabriques"
Code Corine 31.7451
4090 – 6

"(...) La dynamique de ces landes étant encore assez mal connue en France, nous ne disposons que de peu d’informations quant à une gestion adaptée de ces landes.(...) Les feux pastoraux permettent de régénérer la lande mais doivent être dirigés et contrôlés de façon très précise pour éviter les risques d’incendies.(...)"

"Buxaies supraméditerranéennes"
Code Corine 31.82
5110 – 3
 

"(...) Éviter le pâturage en période de végétation afin de favoriser la régénération du couvert végétal.(...) éviter l’écobuage. (...)"

"Formations montagnardes à Cytisus purgans"
Code Corine 31.842
5120

"(...) Pour les formations secondaires, malgré la faible valeur fourragère des strates herbacées, il est nécessaire de maintenir un pâturage extensif ovin à l’entretien et d’effectuer un écobuage, ou un gyrobroyage, cyclique afin de lutter à la fois contre l’extension du genêt et la colonisation par les ligneux."

"Landes à Genêt purgatif des Pyrénées"
Code Corine 31.842
5120 – 2

"(...) Sur les landes fermées, une ouverture de la formation par le débroussaillage manuel ou mécanique ou par le feu s’avère nécessaire. Celui-ci sera prolongé par une pression pastorale adaptée dans les années suivantes, pour éviter une reconquête trop rapide par les ligneux bas.

Sur les landes déjà ouvertes, la gestion consiste à maintenir une forte pression pastorale (raclage de la strate herbacée) et réaliser quelques brûlages d’entretien dans un objectif de maintien de la biodiversité ; fréquence des brûlages : entre cinq et sept ans pour des altitudes comprises entre 1 600 et 1 900 m et entre huit et quinze ans pour des altitudes supérieures à 1900 m où les dynamiques sont plus faibles.

Gestion par le feu :
Réaliser un entretien par « tache » (quelques centaines à quelques milliers de mètres carrés) afin de favoriser les lisières genêt-graminées, favorables à la faune en général (Perdrix grise, Perdix perdix, par exemple). L’usage du feu présente aussi l’intérêt d’améliorer l’appétence de la lande la première année après son ouverture. Les chantiers de brûlage devront se faire impérativement de manière contrôlée et suivie, selon les mesures en vigueur localement, afin de prévenir tout risque d’incendie et de minimiser les risques de colonisation par les espèces invasives (Séneçon du Cap, Senecio inaequidens, en réserve de Nohèdes par exemple). Proscrire les feux montants en périodes chaudes et sèches
.

Action du pâturage :
L’ouverture par le feu ne suffit pas si elle n’est pas suivie d’une pression pastorale adaptée. Celle-ci sera modérée la première année après ouverture (prélèvements faibles, où les espèces les plus appétentes seront consommées). On constate cependant pendant cette première année qui suit le brûlage un accroissement de l’appétence, particulièrement en début d’estive, période pendant laquelle il est important d’éviter le surpâturage. Les repousses du Genêt purgatif sont consommées en juin et juillet.

Progressivement, les années suivantes, on cherche à atteindre un niveau de prélèvement important, où l’ensemble de la strate herbacée est bien raclé, les espèces les moins appétentes étant consommées irrégulièrement. Sur les pentes, le prélèvement restera moyen (quelques touffes de refus et consommation irrégulière des espèces les moins appétentes).

De manière générale, à mi-estive, ce milieu perd son attraction. Il faut alors recourir au pâturage serré ou en parc en fin de journée et de nuit.(...)

Préconisation pastorale : quartier de 200 ha pour 1 000 brebis en gardiennage.(...)"

"Formations à Juniperus communis sur landes ou pelouses calcaires"
Code Corine 31.88
5130 

"(..) la conservation des junipéraies secondaires est directement liée au maintien d’une activité pastorale et à des interventions ponctuelles d’éclaircissage qui permettent la génération des fourrés. Les junipéraies primaires ne nécessitent pas d’intervention particulière.(...)"

"Junipéraies secondaires planitiaires à montagnardes à Genévrier commun"
Code Corine 31.88
5130 – 2

"(...) Les germinations peuvent être contrariées par la présence d’espèces concurrentes comme le Brachypode penné, par exemple. Le pâturage peut donc favoriser la germination de graines par son action d’ouverture sur le milieu et être favorable aux jeunes pousses. Cependant, mal contrôlé, il est néfaste à la régénération du Genévrier commun, dont les graines meurent avant germination par le surpiétinement et la dent du bétail. La conservation de l’habitat est donc directement liée au pâturage mais résulte d’un juste équilibre délicat entre pression et période du pâturage. (...)

Les populations de Genévrier commun sont particulièrement sensibles aux incendies ou feux courants car très combustibles.(...)

Pour les junipéraies secondaires, le maintien de pratiques pastorales extensives sur de longues périodes demeure le meilleur moyen d’assurer leur conservation ; pâturage extensif en enclos semi-mobiles, éventuellement pâturage itinérant en période estivale et automnale ; certains gestionnaires préconisent également un pâturage extensif en début et fin de période de végétation (avril-mai et novembre-décembre).

Proscrire toute utilisation du feu à proximité des peuplements, compte tenu de leur très grande sensibilité. On peut envisager également un pâturage avec une forte pression sur une courte durée. Dans tous les cas, ces actions doivent être suivies par un pâturage léger de la végétation en été (1,2 mouton/ha pendant trois mois) qui permet de réduire la compétition des pelouses, hautes herbes et fourrés sans tuer les genévriers.(...)"

"Junipéraies à Genévrier oxycèdre"
Code Corine 32.1311
5210 – 1

"(...) Situations pastorales secondaires où le pastoralisme favorise l’implantation et l’extension du Genévrier oxycèdre par le maintien de l’ouverture des milieux.

Une amélioration pastorale n’est envisageable que sur sol plus profond, en particulier sur les terrasses abandonnées, bien identifiables par la dominance du Brachypode de Phénicie (...). Le maintien de l’ouverture de l’habitat peut passer par celui d’un pâturage ovin extensif de brebis à l’entretien en hiver et au printemps (éventuellement des caprins), après une phase de restauration par un débroussaillement partiel ; le troupeau est alors conduit en gardiennage sur de grandes unités.

Les parcs clôturés offrent peu d’intérêt pour la gestion de la ressource. Toutefois, s’ils sont utiles à l’éleveur, ils doivent être de grande taille (25 à 50 ha).(...)"

C'est justement la taille idéale de clotures préconisée par les Techniciens Pastoraux Itinérants (rapport 2006) pour un regroupement nocturne des troupeaux en zone à ours. Dans ce cas, ces clotures et leur installation sont prises en charge par l'Etat.

"Junipéraies à Genévrier rouge"
Code Corine 32.1321 p.p.
5210 – 3
 

"(...) En cas d’abandon pastoral, tendance à la recolonisation naturelle, par le Pin d’Alep (Pinus halepensis) notamment ; à l’inverse, une trop forte pression du troupeau peut conduire à une dégradation de l’habitat par un enrichissement notable en espèces nitrophiles et le développement des refus (...).

Le maintien de l’ouverture de l’habitat peut passer par celui d’un pâturage ovin extensif de brebis à l’entretien en hiver et au printemps (éventuellement des caprins, bovins ?), après unphase de restauration par un débroussaillement partiel ; le troupeau est alors conduit en gardiennage sur de grandes unités.(...)

Axes de recherche à développer : Intérêt des troupeaux mixtes pour leur complémentarité dans l’utilisation de la ressource.(...)"

"Junipéraies méditerranéennes à Genévrier commun"
Code Corine 32.134
5210 – 6

"(...) Junipéraies en voie générale d’extension en raison notamment d’une chute très importante des pratiques agropastorales, mais menacées par le passage d’incendies.

Localement, risque de surpâturage qui dénature l’habitat par des apports nitrophiles.

(...) Si l’habitat fait l’objet d’une exploitation sylvicole, après un renouvellement du taillis, le pâturage ovin doit être organisé de manière à préserver tous les rejets en consommant exclusivement la strate herbacée ; le pâturage doit alors être très contrôlé, jusqu’à ce que les rejets aient atteint une hauteur satisfaisante.(...)"

"Pelouses acidiphiles et mésophiles pyrénéennes denses à Gispet"
Code Corine 36.314
6140 – 1
 

"(...) L’habitat étant peu apprécié par les ovins, recourir au pâturage serré ou en parc en fin de journée ou de nuit. Préconisation pastorale : quartier de 160 ha pour 1 000 brebis en gardiennage;

(...) On pourra envisager la technique du brûlage dirigé, avec le strict respect des recommandations d’utilisation:

  • réaliser chaque année des taches de quelques mètres carrés à 1 ha maximum, sur un sol fortement humide, gelé, voire avec un manteau de neige partiel ; cette condition est impérative pour éviter les risques de feu dans les horizons inférieurs du sol, type « feu de tourbe » ;
  • proscrire les grands feux montants en période chaude et sèche (...)"

"Pelouses calcicoles orophiles méso-hygrophiles des Pyrénées"
Code Corine 36.4112 ; 36.4142
6170 – 3

"(...) Du fait des contraintes naturelles fortes liées à la durée d’enneigement, ces pelouses se perpétuent tant que les pratiques pastorales sont adaptées au potentiel fourrager. Une forte baisse de la pression animale, voire l’abandon de pratiques pastorales, sera favorable à une recolonisation progressive vers la hêtraie sapinière ou la pinède à Pin à crochet selon l’altitude.

Une évolution régressive peut en revanche se produire si la charge animale devient trop importante pendant une période suffisamment longue. Les espèces les plus appétentes (Trèfles) peuvent disparaître les premières ; l’appauvrissement du sol dû aux prélèvements excessifs de matière organique sans restitution ultérieure favorise une accélération du processus d’acidification du sol et l’extension du Nard raide. Celui-ci s’étend alors aux dépens de la richesse floristique de la pelouse.

Une pression animale trop forte engendre également une ouverture de plus en plus marquée de la pelouse. Il peut provoquer le déchaussement et la mise à nu des racines. L’effet du pâturage peut donc localement amplifier ceux du lessivage. Ces pelouses, plus attractives car plus appétentes que les pelouses environnantes mais aussi plus tardives, sont souvent pâturées trop précocement compte tenu de leur stade phénologique, ce qui les fragilise. (...)

Le maintien de ces pelouses passe par des mesures de gestion visant à optimiser la pression pastorale afin de limiter l’extension du Nard raide. Les espèces qui constituent la pelouse sont très appétentes mais très tardives: il est important d’empêcher les ovins de monter trop tôt dans la saison pour laisser la ressource fourragère se développer et les cycles de végétation se dérouler (risque de déprimage). La pousse serait compromise, vu la brièveté de sa saison végétative et la ressource ne serait plus disponible en août, lorsque le troupeau en a besoin ; il est intéressant de garder des zones de pâturage en réserve pour la période tardive, lorsque les autres milieux sont devenus moins appétents.

D’une manière générale, pour prévenir tout risque de surpâturage, il faut :

  • adapter la charge animale au potentiel fourrager de la pelouse ;
  • éviter les chargements instantanés forts et les passages répétés des animaux ;
  • faire pâturer ces pelouses en cherchant un compromis intéressant entre la présence d’espèces nidificatrices éventuelles et l’appétence de la pelouse qui a tendance à diminuer (herbe trop
    haute, floraison).

Compte tenu de l’ensemble de ces réflexions, même si cela peut représenter un certain surcoût, on préconisera donc un retard de mise en pâturage et une conduite en gardiennage des troupeaux.(...)"

"Landines des corniches et pentes calcaires fraîches des Pyrénées"
Code Corine 36.4112
6170 – 5
 

"(...) Stades de dégradation des banquettes de landines pouvant apparaître par passages répétés des troupeaux ovins.(...) Aucune intervention particulière n’est préconisée sur cet habitat, hormis de limiter le piétinement et le stationnement prolongé des troupeaux."

"Pelouses arcto-alpines des crêtes ventées, neutro-basophiles et cryophiles, des Alpes et des Pyrénées"
Code Corine 36.42
6170 – 6

"(...) Certains secteurs peuvent être menacés par de fortes pressions mécaniques, liées : (...) à un pâturage ovin mal contrôlé, lié au comportement naturel du troupeau : les bêtes pâturent à la montée sur le versant (déplacement/pâturage) et s’arrêtent en crête où elles pâturent de façon tranquille et prolongée, avant d’y chômer et d’y coucher. L’impact des passages répétés est visible sur les bosses.

(...) Cet habitat primaire peut donc se maintenir par le pâturage ponctuel d’herbivores sauvages (Bouquetin, Chamois, Marmotte). Aucune action spécifique n’est donc recommandée, si ce n’est le contrôle de la fréquentation de l’habitat par les ovins aux altitudes les plus basses d’une part, et les hommes d’autre part.(...)

Il est important d’empêcher les ovins de monter trop tôt sur les crêtes, afin de :

  • laisser la ressource pastorale se développer ;
  • éviter le surpiétinement incontrôlé des zones (reposoirs).

La ressource disponible sur les reliefs mamelonnés est de l’ordre de 50 à 100 jbp/ha selon le taux de recouvrement. Ces niveaux de ressource, faibles pour des pelouses attractives, sont à rapprocher de la brièveté de la saison végétative et impliquent une grande prudence dans la conduite du troupeau. On préconisera donc une conduite en gardiennage à partir du début du mois d’août pour :

  • éviter les passages répétés sur les crêtes ;
  • éviter tout risque de déprimage : la ressource en herbe est très tardive. Si le troupeau montait plus tôt, en juillet, avant que l’herbe n’ait démarré, la pousse serait compromise, vu la brièveté de la saison végétative et la ressource ne serait plus disponible en août, lorsque le troupeau en a besoin.

Dans une logique de gestion plus large, il est important de prendre en compte l’existence de populations de prédateurs sauvages (Ours, Loup) qui peut entraver et rendre dangereuses les couchades en crêtes lorsque celles-ci surplombent une falaise ou une barre rocheuse (risque de mouvements de panique des brebis qui sautent la barre)."

"Pelouses calcicoles orophiles sèches des Pyrénées"
Code Corine 36.434
6170 – 14
 

"Une diminution de la pression pastorale entraîne une colonisation des pelouses par le Pin à crochets, ainsi que l’installation d’une fruticée dominée par le Genévrier commun. La déprise pastorale peut avoir des incidences catastrophiques sur ce type de formation ; on se trouve en effet dans un domaine où les exagérations météorologiques sont fréquentes (très fortes précipitations, très gros orages de grêle) et occasionnent vers le haut des versants non drapés par une pelouse continue, des débuts de saignées qui évoluent ensuite en véritables «balafres» d’érosion (chalades) qui finissent par amener le versant à l’état de rocailles. Le passage des ovins permet d’enrayer le mécanisme pratiquement dès son origine en occasionnant l’obturation des premières saignées. (...)

Maintenir la gestion traditionnelle par les ovins qui font des passages sur cet habitat, sans s’y arrêter particulièrement."

"Sous-type 1 - Pelouses calciphiles fermées alpines (pelouses à Carex ferruginea etcommunautés apparentées)"
Code Corine 36.41
6170

"(...) le maintien de ces pelouses passe par des mesures de gestion visant à optimiser la pression pastorale afin, d’une part, de respecter le potentiel fourrager (ne pas passer trop tôt dans la saison pour laisser la ressource se développer), et d’autre part, de limiter l’extension du Nard raide (Nardus stricta) aux dépens de la richesse floristique.(...)"

"Sous-type 2 - Pelouses à Elyna myosuroidis des arêtes venteuses"
Code Corine 36.42
6170

"Cet habitat primaire ne nécessite pas de mesures de gestion particulières, si ce n’est d’éviter sa trop forte fréquentation par les troupeaux et les randonneurs."

"Pelouses calcicoles mésophiles des Pyrénées et du piémont nord-pyrénéen"
Code corine : 34.322
6210 – 6

" (...) Ces pelouses étant particulièrement sensibles à l’érosion et de faible valeur pastorale, leur entretien s’effectue essentiellement par pâturage extensif de passage, limité dans le temps à la montée aux estives, et dirigé pour limiter le surpiétinement.(...)

La valorisation de l’habitat par le pâturage n’est possible que si le milieu est suffisamment ouvert.

On peut avancer deux modes d’ouverture de l’habitat :

  • la contention en parc de nuit pendant 3 années consécutives à raison de 10 à 20 jours par an ;
  • le brûlage dirigé sur sol humide, en respectant les recommandations d’usage.
    Après le brûlage d’ouverture, il faut attendre 3 à 5 ans avant de retrouver la composition de la pelouse initiale, du fait d’une colonisation immédiate par des graminées sociales ; puis, tous les 6 à 8 ans, intervenir soit par brûlage des tâches
    , soit par débroussaillage.

Élimination des ligneux par gyrobroyage puis maintien de l’ouverture par débroussaillement et pression pastorale plus forte.

Hormis dans les habitats à exposition fraîche, éviter le surpâturage et le stationnement des animaux y préférer le pâturage itinérant. Un pâturage extensif permet de freiner l’envahissement par les ligneux, il ne l’élimine pas.(...)"

"Pelouses calcicoles mésophiles acidiclines du Massif central et des Pyrénées"
Code Corine : 34.322
6210 – 19

"(...) En pâturage extensif, le chargement optimal sur une parcelle pour le maintien de la pelouse doit être raisonné au cas par cas, selon les caractéristiques propres à chaque formation envisagée (profondeur du sol, date de démarrage de la végétation au printemps, tributaire des conditions atmosphériques et de l’exposition de la parcelle...) et le parcours naturel du bétail (zones de repos, zones de déplacement...) qui entraîne une pression hétérogène sur la parcelle. (...) À l’étage montagnard, l’arrivée se fera de préférence pendant la première décade de juin. Au-delà de la deuxième décade, apparition de signes de sous-pâturage.(...)"

"Pelouses calcicoles xérophiles subcontinentales du Massif central et des Pyrénées"
Code Corine : 34.332
6210 – 31
 

"Pelouses en régression spatiale.(...)  ; plusieurs types de conduite sont envisageables selon l’objectif fixé et les surfaces concernées.

Sur des surfaces assez importantes, un pâturage extensif contrôlé (parcs de quelques hectares/utilisation en extensif d’un coteau entier) avec une mise en défens d’une partie de la surface par des clôtures mobiles, limite la fermeture du milieu par l’extension des fourrés (Genêt scorpion) et la formation d’une litière de graminées sociales type Brachypode, tout en permettant aux Orchidées, notamment, d’achever leur cycle de végétation (...); un pâturage semi-intensif (forte pression pendant une courte durée) en fin de printemps (début juin) et en automne octobre) permettrait de restaurer une strate herbacée rase (piétinement de la litière sèche et consommation de la végétation) et de limiter l’extension du Genêt (broutage des pousses au printemps)tout en laissant fleurir les Orchidées (...)"

"Prairies à Molinia sur sols calcaires, tourbeux ou argilo-limoneux (Molinion-caeruleae)"
Code Corine : 37.311
6410

"(...) La gestion des moliniaies et le respect de leur diversité floristique passent avant tout par le maintien du niveau humide des sols, par des fauches tardives avec exportation et par un pâturage extensif d’été lorsque les sols sont ressuyés.(...)"

"Prés humides subatlantiques à précontinentaux, montagnards du Massif central et des Pyrénées"
Code Corine : 37.311
6410 – 11

"(...) Pâturage estival extensif bovin avec une pression limitée et variable selon la composition de la Moliniaie ; on prendra garde à un pâturage trop précoce, celui-ci ne devant se faire que lorsque le sol est portant pour éviter une destruction du sol. Le choix de la race est un facteur important ; il doit être fait en adéquation avec le milieu.(...)"

"Prairies fauchées thermo-atlantiques méso-hygrophiles du Sud-Ouest"
Code Corine : 38.21
6510 – 1

"(...) Un pâturage trop intensif peut être néfaste au développement d’espèces d’intérêt patrimonial pouvant se développer dans l’habitat. Une reprise trop précoce du pâturage sur regain après la fauche déstructure également l’habitat.(...)"

"Prairies de fauche de montagne"
Code Corine : 38.3
6520 

"Le maintien de la diversité floristique de ces prairies est dépendant du maintien de pratiques de fauches régulières et retardées, accompagnées ou non d’un pâturage de printemps ou de regain à l’automne et d’une fertilisation limitée."

"Prairies fauchées montagnardes et subalpines des Pyrénées"
Code Corine : 38.3
6520 – 2
 

"(...) Maintien des activités pastorales (pâturage et/ou fauche) qui contribuent à l’ouverture du milieu et donc à la conservation de l’habitat ; actuellement, dans les Pyrénées orientales, ces prairies sont pâturées au printemps par un troupeau de bovins et à l’automne par des brebis, principalement pour des raisons sanitaires liées au degré d’humidité du milieu. (...) Privilégier les formes mésotrophiques peu pâturées de l’habitat.(...)"

Pentes rocheuses avec végétation chasmophytique
Code Corine : 62.42
8230
 

"(...) Ces pelouses pionnières, sans intérêt pastoral direct, s’insèrent dans des unités de gestion pastorale plus larges où le pâturage extensif permet de lutter contre l’enfrichement tout en limitant les effets du piétinement. (...)"

"Pelouses pionnières montagnardes à subalpines des dalles siliceuses des Pyrénées"
Code Corine : 62.3
8230 – 3
 

"(...) Bien que ne paraissant pas très menacé actuellement sur l’ensemble de son aire, il peut être localement endommagé ou détruit par diverses activités : exploitations forestières, exploitations de carrières, constructions d’infrastructures diverses (pistes, routes, bâtiments), pâturage intensif, démolition de constructions anciennes en pierre (murets, cabanes…), ravalement de bâtiments et monuments anciens, piétinement ou décapage de la végétation et du sol dus à la pratique intensive et peu respectueuse du milieu de certains sports (randonnée, bivouac, VTT, trial, ski, pêche, escalade (...)

Milieu très dispersé et en général de faible surface. Cependant, risque de dégradation possible par l’enfrichement et l’ombrage porté par des ligneux (landes, fourrés, parcelles forestières...), par le piétinement du bétail et l’enrichissement en matières organiques, notamment si un affouragement est fait sur l’habitat.(...).

Il s’agit d’un habitat très peu dynamique, particulièrement sur les corniches rocheuses où l’habitat est quasiment primaire, dont le maintien ne nécessite que peu d’interventions. Le pâturage occasionnel par les herbivores (troupeau pâturant les pelouses avoisinantes, lapins) doit être maintenu. L’habitat s’insère dans des unités de gestion pastorale plus larges ; les mesures de gestion par le pâturage s’appliqueront donc à l’ensemble de la surface. Préserver cependant de la dégradation par les animaux domestiques en prenant garde à ne pas affourager sur l’habitat et à maintenir une pression limitée. La gestion par le pâturage est à établir au cas par cas, en fonction notamment de l’espèce et la race des herbivores, plus ou moins consommateurs de plantes coriaces et de la période de pâturage.(...)"

Conclusion

Les ultrapastoraux  se prennent les pieds dans le tapis herbeux. Arrivé au terme de cette fastidieuse étude, plusieurs éléments sautent aux yeux :

1) Il faut "suivre" (ou "guider", ou "garder") son troupeau de très près pour réussir à mettre en place ces conseils de gestion, c'est le moins que l'on puisse dire ! C'est parfaitement impossible avec le système pastoral défendu par les ultrapastoraux.

C'est infiniment plus facile avec le système compatible avec la présence de l’ours. 

En cela, on peut affirmer que l'ours est bien le véritable ami de la biodiversité des estives puisqu'il permet le plus souvent de faire d'une pierre deux coups :

  • enrichir la biodiversité pyrénéenne par sa simple présence et
  • faciliter la mise en place des mesures préconisées pour maintenir en bon état les Habitats Natura 2000 (NDLB : à conditions de mener son troupeau selon ces règles) ... sans oublier son poids pour le maintien des habitats forestiers eux aussi concernés par Natura 2000 et que je n'ai pas abordé ici tant ils sont indissociables de l'ours : protéger l'ours c'est avant tout protéger la forêt même si ce n'est pas suffisant.

2) Le regroupement nocturne du troupeau pour éviter les attaques des prédateurs peut poser des problèmes sur quelques habitats listés ci-dessus. Il faudra alors veiller à ce qu'il se fasse en tenant compte de ces réserves. Cela ne semble pas insurmontable et cela ne semble concerner que très peu d'Habitats.

Combien de troupeaux menés actuellement en dépit du bon sens (NDLB : et bien souvent mas menés du tout) sur des habitats sensibles sont autrement plus néfastes à la biodiversité des estives que ce regroupement nocturne qui peut s'organiser au mieux si nécessaire ?

3) La présence des chiens patous n'est contradictoire avec aucun des conseils préconisés pour quelque habitat que ce soit.

4) Bien souvent, les mesures préconisées pour éviter la dégradation d'un Habitat vont dans le même sens que la protection de l’ours ou découlent même de sa présence  (éviter de construire des pistes par exemple). De même, un certain nombre de matériels nécessaire pour appliquer certains de ces conseils, peut être fourni aux éleveurs grâce aux financements  du plan ours (certaines clôtures par exemple).

5) Enfin, force est de constater que le feu, tel qu'il est défendu et pratiqué, (les écobuages, mal encadrés, dégénèrent souvent en gros incendies de forêts, ou sont tout bonnement illégaux) n'a vraiment rien à voir avec les montagnes de précautions qu'une utilisation de ce dernier nécessite si l'on souhaite qu'il joue réellement un rôle dans le maintien ou la restauration des habitats d'estives !

(NDLB : Lire : La question des feux courants ou feux pastoraux)

En conclusion, si l'on se place du point de vue de la gestion "Natura 2000", mettre en place les mesures de protection contre les prédations l'ours permet bien souvent d'agir réellement pour entretenir ou restaurer la biodiversité des estives.

Ceci étant dit, cette manière de vouloir à tout prix préserver des habitats de façon à les figer (démarche Natura 2000) est aussi critiquable et on peut se demander s'il n'est pas aussi intéressant, localement ou généralement, de laisser faire le retour spontané de la forêt qui est aussi un immense réservoir de biodiversité. Là encore, de toute façon, l'ours ne sera en rien un obstacle à cet objectif bien moins coûteux que le "blocage" des habitats. Mais c'est un autre débat.

Par contre, on a beau retourner le sujet dans tous les sens, au regard des "Cahiers d'Habitat", il est plus que jamais impossible de croire les ultrapastoraux qui essayent de répandre l'idée tordue selon laquelle l'ours porterait atteinte à la biodiversité pyrénéenne. Au contraire, non seulement il en est le plus beau des symboles, mais il en est le parapluie protecteur et peut jouer ce rôle au-delà de la forêt et jusqu'aux estives comme on vient de le voir,  n'en déplaise au linguiste Bruno Besche-Commenge qui dans son rapport-bilan caricatural sur le plan ours pour l'association anti-ours l'ADDIP (Lire L'ADDIP présente son bilan à mi parcours), confond allègrement, entre autre, le concept "d'espèce-parapluie", avec celui "d'indicateur biologique".On sait désormais qu'il confond aussi, avec les anti-ours, "favorable à la biodiversité" et "défavorable à la biodiversité". S'emmêler à ce point avec des mots simples est assez inquiétant pour la crédibilité d'un linguiste.

Patrick PAPPOLA
simple citoyen attaché à des Pyrénées vivantes et sauvages AVEC l'ours.

Fichiers téléchargeables

http://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/tome4_1.pdf
http://inpn.mnhn.fr/docs/cahab/tome4_2.pdf

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