Le pastoralisme, les milieux naturels et la faune sauvage

Le caractère respectueux de l’élevage traditionnel pyrénéen est revendiqué : «quand on voit ce que l’on a fait d’autres territoires, les éleveurs pyrénéens sont les derniers à avoir des pratiques respectueuses de l’environnement, sans engrais ou pesticides» ou encore : «l’ovin est le dernier rempart contre la friche».

Ce rôle est d’ailleurs reconnu [Réflexions sur le pastoralisme et la qualité biologique des milieux naturels de montagne – Vincent Vignon – 2007] , tant pour la diversité des paysages –avec dans ce cas le débroussaillage et le feu contrôlé- que pour les espèces végétales, dans le maintien des milieux ouverts, d’autant qu’il faut souligner qu’il n’y a pas de solution alternative à l’entretien des zones de pente par les troupeaux.

Le pastoralisme apparaît ainsi comme un outil privilégié d’application de la directive Habitats (Natura 2000) [13 sites Natura 2000 sont concernés par l’espèce ours dans les Pyrénées : 4 en Ariège, 4 en Haute-Garonne, 5 en Pyrénées-Atlantiques.]), à travers les documents d’objectifs (DOCOB [Établi pour chaque site, le Docob constitue le document de référence pour la préservation et la gestion des habitats naturels et habitats d’espèces d’intérêt communautaire. Il est élaboré suivant un processus de concertation, associant toutes les parties prenantes. Les mesures de gestion sont fondées sur la contractualisation et le volontariat]), pour le maintien des milieux ouverts d’altitude.

Dans les Pyrénées-Occidentales, le Parc national paraît être celui des 4 parcs nationaux français de montagne le plus impliqué dans le pastoralisme : depuis une trentaine d’années, par l’amélioration des conditions de vie et de travail des éleveurs et l’indemnisation des dégâts d’ours aux troupeaux ; récemment, par la réalisation de DOCOB à composante pastorale et leur animation ; enfin, avec la mise en place de contrats « biodiversité et agriculture de montagne » pour l’entretien des prairies naturelles de fauche en zone périphérique. En collaboration avec le Conservatoire botanique national (CBN) Midi-Pyrénées, est également réalisé un suivi de la biodiversité végétale.

Dans les Pyrénées-Centrales, les DOCOB de l’Isard et de Ribérot-Valier en Ariège, constatant l’extension «fulgurante» des landes à rhododendron liée à l’abandon du pastoralisme, recommandent la réhabilitation d’un pastoralisme gardé, avec mise en place de plans de pâturage adapté. Un gardiennage serré, ou des parcs mobiles, sont préconisés pour limiter l’envahissement par la lande des pelouses calcicoles alpines et subalpine.

L’abandon du gardiennage [« Vers des unités pastorales vivables » - Le domaine pastoral - Michel Dantin – 2005] peut en effet impacter la pérennité de la pelouse, qui paraît alors menacée par l’envahissement ligneux des zones sous pâturées et par l’érosion des zones surpâturées. Le gardiennage des troupeaux évitant le stationnement trop important des animaux est préconisé dans les formations à fétuque des Pyrénées, riches en espèces appétentes, pour éviter la disparition de ces espèces, et l’apparition de l’érosion.

Deux pans de la biodiversité, l’un animal, l’autre végétal, sont ainsi confrontés et certains posent la question : «la valeur environnementale de la réintroduction de l’ours est-elle plus intéressante que la perte de diversité liée à la limitation du pastoralisme ?» ou encore : «on veut imposer une espèce au titre de la biodiversité à une agriculture de montagne indispensable au maintien d’autres formes de biodiversité. Mais qu’a-t-on fait de la biodiversité des territoires de plaine !». D’autres demandent : «la biodiversité prise en compte par la directive Habitats s’évalue au niveau européen. Il faut sauvegarder l’ours qui n’est pas menacé au plan européen dans des endroits où il ne menace pas le pastoralisme».

L’ours n’est en outre pas le seul représentant de la biodiversité sauvage à causer des pertes aux troupeaux. La situation a beaucoup évolué durant le XXème siècle : «en Haut-Béarn, avant, il y avait un peu de sanglier, pas de cerfs, très peu d’isards, mais beaucoup de grand tétras. Le dernier loup a été tué vers 1920», a raconté à la mission un «ancien».

Le sanglier occasionne des dégâts aux estives proches de zones boisées, notamment en zone laitière à proximité de la zone centrale du Parc National des Pyrénées-Occidentales : «notre estive est retournée à 40% en fin de saison ; il y repousse ensuite des herbes non appétentes. A cause du sanglier, des gens sont partis». Le chien Patou est reconnu être un moyen très dissuasif, mais il reste près du troupeau et les sangliers commettent leurs dégâts à distance.

Le cerf, dans les Pyrénées centrales où il est en forte densité, se nourrit dans les estives, mais surtout dans les pâturages intermédiaires, en suivant la progression de la végétation. Le grand corbeau s’attaque aux animaux nouveau-nés, agneaux et veaux. Il est cité en Slovénie comme un prédateur plus nuisant que l’ours. Il est évoqué un peu partout dans les Pyrénées, mais surtout dans la partie orientale de la chaîne. «Le grand corbeau exclut l’ovin de plein air extérieur des Corbières», raconte un éleveur de là-bas. Enfin, le vautour fauve, en croissance exponentielle, est suspecté d’attaquer maintenant des animaux vivants.

Les pertes économiques aux éleveurs, par prédation ou compétition de la part de ces espèces, ne sont pas évaluées comme le sont, avec précision, les prédations imputées à l’ours, de même que, plus largement, la mortalité totale en estive est difficile à évaluer.

Il existe donc d’autres prédateurs ou compétiteurs des troupeaux ovins, de même qu’il y a d’autres motifs de garder les troupeaux que la protection contre ce prédateur, en premier lieu, la conservation à long terme du capital pastoral. En effet, la présence de troupeaux transhumants permet le maintien d’espaces ouverts et donc la diversité paysagère, mais le gardiennage paraît être nécessaire au maintien de la diversité des espèces végétales.

Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations

Commentaires de la buvette

Le pastoralisme tente de faire croire qu'il est toujours respectueux de l'environnement et qu'il crée de la biodiversité par l'entretien des paysages ouverts. Les travaux de Stéphan Carbonnaux montre bien un certains nombre de dérives (Lire Quelques conséquences de l’élevage pour la nature et l’environnement humain) :

  • fièvre catarrhale ovine,
  • mauvais usage des antibiotiques dans le cas de l'agalactie contagieuse,
  • pollution au lindane dans les Pyrénées occidentales en 2001,
  • usage de bromadiolone (mort au rat),
  • empoisonnement des vautours,
  • vermifuges désatreux pour la faune des estives,
  • destruction et dégradation d'écosystèmes,
  • pollution des eaux,
  • impact sur les populations de grands tétras,
  • feux pastoraux dévastateurs, incontrôlés et illégaux...

la liste est longue des pratiques pastorales qui ne font pas de cette activité un modéle de respect de la nature. Les éleveurs ne sont pas toujours les "premiers des écologistes" comme certains essaient de nous le faire croire.

De plus, l'estive n'est pas le milieu le plus riche. La forêt, tant critiquée, si elle est bien gérée possède une biodiversité bien plus variée. Les deux peuvent cohabiter et une déprise du pastoralisme sur le terrain ne serait pas une catastrophe, juste le reflet de la réalité économique. L'amour de certains pour les milieux ouverts est un phénomène culturel (ah, garder les paysages de son enfance), pas une vérité biologique. Lire à ce sujet : "Le pastoralisme et la prétendue biodiversité, où jamais l'homme, même avec son mouton, n'a créé la moindre orchidée."

D'autres part, la désinformation sur les vautours est constante et l'IPHB est là ausi en première ligne. Les travaux de Jean-Pierre Choisy et de Michel Terasse (Lire Attaques de vautours : faits et analyse)permettent de relativiser le phénomène et de mieux comprendre l'utilité des grands rapaces et l'aide précieuse qu'ils apportent au pastoralisme.

Lire la suite : 4.2.3 Les territoires du pastoralisme

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