De ces particularités, il résulte :
- au niveau de la population, le groupe déterminant pour son devenir est celui des femelles suitées. Compte tenu du comportement de l’espèce, un «sex ratio» déséquilibré au détriment des mâles impacte peu la fécondité.
- au niveau des territoires, l’ours a besoin de vastes territoires où chaque individu satisfait ses besoins alimentaires, de repos, d’élevage de ses jeunes, d’hibernation. L’échelle pertinente est celle de plusieurs dizaines de milliers d’hectares (centaines de km2).
- l’importance du milieu forestier pour l’ours, au titre de la production alimentaire et de sa tranquillité, ainsi que de son confort thermique. L’ours trouve environ 75% de son alimentation [Gestion forestière et ours – Office national des forêts – 1994.] en forêt, myrtilles et framboises, glands et faines, larves de fourmis. Son besoin de sécurité requiert des massifs forestiers compacts et peu pénétrés.
La densité d’ours ne correspond pas à l’inverse de la surface du territoire vital moyen d’un ours, parce que les territoires exploités par les différents individus d’une population se superposent totalement entre sexes, et très largement entre individus du même sexe. Les suivis télémétriques semblent confirmer toutefois que le territoire moyen prospecté par un animal est inversement proportionnel à la densité d’animaux.
On a vu que le territoire vital d’un individu est au minimum de 30 km2 (3000 hectares) pour une femelle et du triple au quadruple pour un mâle.
Le territoire vital d’un individu est le territoire dans lequel un ours se déplace pour assurer ses besoins physiologiques au long d’une année. Chaque individu a son territoire propre, qui varie selon son sexe et, dans le temps, suivant son âge et le rang hiérarchique de l’animal. Au sein de ces territoires vitaux se trouvent des «sites vitaux [Source : ONCFS/ETO.]», beaucoup plus restreints, qui comprennent : les zones d’élevage des jeunes (zones régulièrement utilisées au cours de la première année par une femelle et ses oursons) ; les zones d’hivernage (alentours d’une tanière d’hibernation) ; les sites de repos diurne ou sites de couche (lorsque l’ours est inactif) ; les tanières (et ses abords de 3 à 400 mètres) ; les corridors (pistes permettant à l’ours de franchir un col ou un fond de vallée).
De grandes variations de densité ont été observées dans les pays visités : dans les pays à petite population, il y a 20 à 25 ours sur 2000 km2 dans le Trentin, 50 à 60 sur 2500 km2 dans les Abruzzes, 90 ours sur 2000 km2 dans les Asturies ; pour les grandes populations, on en compte de 500 à 700 sur 5 000 km2 en Slovénie et plus de 500 sur les 9000 km2 du parc du Yellowstone. On observe donc de très grandes différences de densité ursine, de 1 ours par 10 km2 à 1 ours par 100 km2, car les territoires des mâles peuvent se superposer, plus ou moins, en fonction de la richesse alimentaire et de la quiétude du milieu et de la gestion de la population par les hommes.
Les six départements français du massif pyrénéen ont une superficie de près de 34 000 km2, et le massif des Pyrénées proprement dit [Décret du 30 septembre 1985 délimitant la zone de massif.] en fait 19 000 km2. En comptant aujourd’hui une vingtaine d’ours au maximum sur l’ensemble de la chaîne (estimation actuelle), on arrive à un territoire vital de 2000 km2 à 2500 km2, mais sans superposition et en ne prenant en compte que le côté français, soit grosso modo du tiers à la moitié de la superficie d’un département français.
La carte suivante montre les zones de fréquentation régulière et occasionnelle de la population d’ours dans les Pyrénées.
La zone de présence régulière regroupe l’ensemble des sous-massifs où l’on a pu relever la présence de l’espèce au moins 3 années sur 5 années de suivi.
La zone de présence occasionnelle regroupe l’ensemble des sous-massifs dont la présence de l’espèce n’a été confirmée au maximum que 2 années sur les 5 années de suivi.
La zone de présence probable correspond aux cas où certains sous-massifs se trouvent enclavés entre les zones de présence occasionnelle ou régulière, mais où aucune présence d’ours n’a été décelée. Elle englobe aussi certains sous-massifs situés en périphérie des zones de présence occasionnelle ou régulière où l’on suspecte la présence de l’ours suite à des indices de présence repérés pendant plusieurs années.
Carte 1 : Massif pyrénéen. Zones de présence des ours. Aire de répartition de l'ours brun (hors ours équipés relâchés en 2006) dans les Pyrénées françaises (période 2002-2006)
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