L’impact du pastoralisme sur la population de grands tétras

Dans un courrier adressé au ministre chargé de la chasse, les présidents des six fédérations des chasseurs de la chaîne pyrénéenne, les présidents des fédérations régionales des chasseurs d’Aquitaine et de Midi-Pyrénées, et enfin, le président de l’Association nationale des chasseurs de montagne, réagissaient à la publication du Manifeste grand tétras des associations de protection de la nature. Ces instances cynégétiques reconnaissaient «l’impact réel du pacage non contrôlé de la faune domestique sur la réussite de la reproduction et le décantonnement des nichées et des adultes, mais à l’inverse également la diminution sur certains secteurs des zones pâturées favorisant la fermeture des milieux favorables. [Le montagnard, bulletin de l’Association nationale des chasseurs de montagne, novembre 2007.)]»

Le premier point développé par ces instances cynégétiques démontre une nouvelle fois les conséquences désastreuses d’un pastoralisme sans gardiennage. Cependant, comme des naturalistes de Haute-Garonne l’ont constaté, certaines pratiques pastorales courantes, comme les feux ou le broyage mécanique de la végétation en lisière supérieure, dégradent les milieux du grand tétras mais aussi de la perdrix grise de montagne, espèce qui ne se porte manifestement pas très bien non plus.

La position de l’association Nature Comminges est la suivante : «Le Grand-tétras, en particulier au voisinage des lisières supérieures de la forêt, a besoin de zones de landes d’une hauteur comprise entre 0,3 et 0,5 m pour l’élevage des jeunes. Ces zones de landes peuvent être soit continues soit en mosaïque.

Certains changements dans les pratiques pastorales peuvent avoir des effets négatifs. L’enfrichement, le surpâturage ou le sous pâturage induisant un mauvais entretien du couvert herbacé et la fermeture du milieu. La réduction des clairières fait diminuer le nombre d’insectes nécessaires à l’alimentation des poussins durant le premier mois de leur vie.

Les opérations de girobroyage trop systématiques, sur des surfaces importantes (20 hectares) avec de rares îlots de lande préservée et de taille réduite, supprimant la

fonction de refuge et d’alimentation pour les espèces de galliformes, sur les lisières supérieures de la forêt (secteurs de landes à genévrier, myrtilles, callune). Ces opérations doivent respecter certaines règles techniques qui ont été reprécisées par l’O.N.F. dans les Forêts Domaniales (cas de l'estive du Barestet entre Haute-Garonne et Ariège sur le domaine où se trouve l’ourse Hvala):

  • maintenir de zones non broyées en mosaïques (îlots de 30 ares minimum) sur 30% de la surface totale ;
  • épargner une bande discontinue de 30 m en lisière forestière (avec possibilité de broyage «tournant» sur de longues périodes ;
  • l’inscription de ces mesures dans le cadre d’un CAD La pratique de l’écobuage (mise à feu en hiver pour éliminer les buissons et favoriser la repousse) non maîtrisés peuvent faire régresser des milieux favorables. Ils nécessitent la plus extrême prudence dans la mise en oeuvre de ces opérations et le respect des règles techniques et doivent être encadrés par des commissions locales de surveillance. [Sources : Guillaume Castaing, naturaliste, président de Nature Comminges.]»

Ajoutons que de fortes charges pastorales sont également très néfastes pour les populations de cailles, comme cela a été constaté en haute vallée d’Ossau dans le cirque d’Anéou, principal site de transhumance des ovins sur l'espace Parc, par des gardes du Parc national. Le piétinement des animaux entraîne la disparition des cailles qui nichent dans les hautes herbes à partir du mois de juin.

Stéphan Carbonnaux

Extrait du "Rapport historique et prospectif sur la protection de l'ours dans les Pyrénées"  commandé par FERUS à Stéphan Carbonnaux.

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