Les systèmes ovins pyrénéens se répartissent en deux types principaux :
- le système laitier qui est spécifique au Pays basque et au Béarn, produisant des fromages très recherchés sur les marchés local et national, et des agneaux maigres en sous produit. La majorité des ovins pyrénéens (400 000 têtes), pratiquement tous dans les Pyrénées-Atlantiques, relèvent de l’élevage laitier, qui implique un regroupement biquotidien pour la traite, et l’utilisation de pâturages riches, la production laitière étant incompatible avec de grands déplacements des animaux.
Jusqu’à présent, les ours du noyau occidental coexistent avec cette forme d’élevage, qui a toujours côtoyé le prédateur, et qui a utilisé en permanence les chiens de protection. L’envoi en estive d’animaux «taris» après lactation crée toutefois une vulnérabilité particulière. - le système à viande des Pyrénées-centrales, qui produit essentiellement des agneaux «maigres», à «finir» en plaine aux céréales, et minoritairement des «broutards» ayant crû en estive. Les animaux, de race locale, principalement la «Tarasconnaise» (de Tarascon sur Ariège), sont aptes à utiliser des pâturages pentus et pierreux de haute altitude (entre 2200 et 2600m), non utilisables par des bovins ou par des ovins laitiers.
La filière viande ovine pyrénéenne, comme l’ensemble de la production française, est fortement concurrencée [Rapport d’information des sénateurs Gérard Bailly et François Fortassin – janvier 2008.] par les productions à moindre coût de l’hémisphère sud, Nouvelle-Zélande essentiellement.
Le revenu brut des éleveurs est par ailleurs très dépendant des aides à finalité environnementale, reconnaissant ainsi leur rôle dans l’entretien des milieux ouverts par le pâturage et la fauche de ces formations herbacées d’altitude.
Les modes d’exploitation revêtent une grande diversité, liée aux caractéristiques de l’exploitation «de fond de vallée» et à celles de l’ «estive», milieu naturel d’altitude dont le capital productif ne peut évoluer que lentement, mais aussi aux choix individuels des agriculteurs dans leur optimisation d’un système complexe : espaces de fond de vallée produisant les fourrages conservés (prairies de fauche ou productions plus intensives), espaces d’altitude intermédiaires, estives qui sont souvent des biens collectifs, équilibre entre production ovine et bovine…
La difficulté de rémunérer des bergers, particulièrement en filière viande, et la nécessité de récolter en été les fourrages pour l‘hiver, ont souvent conduit les éleveurs à renoncer, au XXème siècle et en l’absence de prédateurs, au gardiennage, notamment pour les petits troupeaux. Contrairement aux équins et surtout aux bovins qui, de par leur taille et leur comportement, ont des moyens de défense contre les prédateurs, les ovins ne peuvent que fuir pour se protéger des prédateurs [Les ancêtres des ovins domestiques, les mouflons du Proche Orient et d’Asie Centrale, se défendent efficacement des prédateurs par la fuite rapide à grande distance. La domestication plurimillénaire, pour laquelle ce comportement est inadapté, et l’accroissement des performances zootechniques ont fait disparaître cette aptitude chez les ovins domestiques.] Le comportement social des ovins, et vis à vis du prédateur, semble d’ailleurs être variable selon les races, voire selon les lignées, plus ou moins grégaires ou tendant à se disperser.
L’utilisation des estives, dont la production d’herbe, «gratuite» ou presque, ne nécessite en outre pas d’intrants, est réputée être indispensable à l’équilibre des exploitations ovines à viande : «l’estive permet à l’ovin viande de s’en sortir» a indiqué un éleveur rencontré par la mission. Et il faut remarquer à cet égard que l’augmentation actuelle des coûts de l’énergie et des fourrages artificiels tend à accroître cet avantage relatif. Cependant, notamment par une insuffisante valorisation [Rapport sur l’état de la situation relative à la valorisation économique des produits agricoles du massif pyrénéen –Rapport du Conseil général de l’agriculture, de l’alimentation et des espaces ruraux – Alain Escafre, Jean-Michel Berges – mars 2007.] des productions, la filière viande ovine des Pyrénées-Centrales demeure en difficulté.
C’est la raison pour laquelle, particulièrement dans les zones de production ovine à viande, de la Haute-Ariège aux Hautes-Pyrénées, la présence ou la réapparition de l’ours est vécue comme une contrainte supplémentaire - «l’ours met en danger le pastoralisme qui est fragile» a déclaré un autre éleveur. Pour ceux qui sont confrontés à sa présence permanente : «on ne peut pas continuer (le renforcement en ours) sans l’accord des populations locales». Pour d’autres, «il faut arrêter avant que les choses ne soient plus gérables» ou encore «les ours qui sont là, ils y sont, et il faut essayer de vivre avec, mais n’en relâchez pas».
L’ours est en outre vécu comme une contradiction de l’Etat, initiateur d’une politique de soutien à l‘agriculture de montagne [Plan de soutien à l’économie de montagne (PSEM) – 2007-2013.], en même temps promoteur de la réintroduction d’un animal prédateur [Plan de restauration et de conservation de l’ours brun dans les Pyrénées françaises 2006-2009.] : l’ours apporte incertitude dans une activité que l’on s’efforce par ailleurs de conforter.
La fragilité des structures collectives d’alpage est soulignée – on note un mouvement d’abandon des estives, notamment dans les Hautes-Pyrénées : il est ressenti que «la disparition d’usage des estives ramène la pression en plaine». L’équilibre financier des groupements pastoraux peut être compromis par les défections d’éleveurs [Plus de la moitié des transhumants ont plus de 55 ans dans les Hautes-Pyrénées.], engendrant alors perte de cotisations, et perte possible de la PHAE par insuffisance de charge pastorale.
En synthèse, le pastoralisme est un domaine complexe et engendre un travail difficile, lié en particulier aux irrégularités de production de l’herbe, aux aléas climatiques, et où chaque estive est un cas particulier. La difficulté d’adopter des solutions standardisées est donc bien réelle.
Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations
Commentaires de la buvette
Sur les difficultés de l'élevage ovin et sur l'importance surestimée des prédateurs dans ces difficultés, lire "La crise ovine en France". Philippe Lacube (Président de l'ASPAP déclare "L'ours est la goutte qui fait déborder le vase". Qu'y a t-il dans le vase de la crise ovine? Où comment l'extrémisme pastoral et le soutien politique et syndical poussent les ultrapastoraux à s'intéreser à l'ours, le bouc émissaire, au lieu de s'inquiéter des vraies raisons de la crise.
Une gestion pastorale en mauvais pères de famille où :
- le désiroire devient prioritaire,
- l'important est négligé, câché, ignoré,
- le gardiennage et les soins, les principales missions millénaires des bergers sont oubliées ou bâclées,
- les lois ne sont pas respectées,
- le mensonge, les pressions, la violence sont omniprésents,
Cette "non gestion" constitue le coeur de l'exception pastorale française.
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