Les constats issus des deux chapitres précédents, et surtout la superposition de la carte des zones de fréquentation des ours avec celle des estives, pourraient amener à la conclusion d’une incompatibilité définitive de la cohabitation ours/pastoralisme, simplement du fait d’un impossible partage de l’espace. Cette conclusion tout à fait compréhensible –et sur laquelle la mission s’est elle-même interrogée- lui a d’ailleurs maintes fois été affirmée et elle est suggérée par ailleurs dans de nombreux rapports ou documents.
Cette présomption d’une incompatibilité physique est accompagnée d’un légitime débat sur la liberté : la liberté de l’ours, espèce erratique, est imposée par sa biologie ; la liberté de pâturage du mouton dans les estives constitue, sinon une exigence environnementale [Ce point fait débat, tant pour la pérennité des pelouses d’altitude, que dans le cas spécifique de l’AOC « Barèges-Gavarnie »], du moins un usage hérité du XXème siècle quand il n’y avait ni prédateur, ni berger. Si on ne peut concilier ces deux libertés, faut-il pour autant mettre chaque animal en enclos ? ou l’un des deux ? et pourquoi l’un plutôt que l’autre et au nom de quoi ? Et bien entendu, ce débat renvoie en toile de fond à la liberté de l’homme lui-même, de l’homme [“La seule richesse des gens de là-haut, c’est la liberté” – Paul Lacube – L’outs, de Paul et Julien Lacube – La ferme du Quié, éditeur.] d’abord, d’exercer son métier, et pour beaucoup sa passion, avec un minimum de contraintes.
Cette recherche de compatibilité, autant physique que sociale, constituait bien là la question première posée à la mission. Mais aussi difficile a priori soit-elle, elle a aussi constaté dans ses déplacements que, si ce problème existait ailleurs et était effectivement unanimement jugé difficile, sa gestion avait été prise à bras le corps par l’ensemble des parties prenantes pour arriver à des solutions satisfaisantes pour tous, ou presque, et qu’il n’y avait aucune raison que la France n’y arrive pas.
Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations
Commentaires de la buvette
Il n’y a aucune raison que la France n’y arrive pas! Je l'espère. Cependant il y a beaucoup de personnes qui sont prêtes à faire n'importe quoi pour mettre des batons dans les roues de l'Etat et pour qui le mot cohabitation est une insulte (éleveurs, hommes politiques...), y compris à franchir les limites de la légalité. L'histoire récente de la protection de l'ours est un fiasco. L'Etat semble vouloir corriger le tir (C'est le cas de le dire).
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