A la suite de la réunion du 26 juillet 2007 à Toulouse sur le Plan de restauration et de conservation de l’ours brun dans les Pyrénées françaises, la secrétaire d'Etat à l'écologie a demandé à l'Inspection générale de l'environnement (IGE) une expertise pour aboutir à une meilleure définition des territoires de présence des ours, au renforcement du suivi des populations d’ours, au partage des informations entre les parties prenantes et à la valorisation de la présence de l’espèce.
Cette mission devait en particulier examiner la situation d’autres pays pour en établir des comparaisons avec la France et formuler sur les bases de ces analyses comparatives des propositions visant à une meilleure cohabitation entre ours et activités humaines. Quatre déplacements ont été effectués : en Espagne dans les monts Cantabriques en novembre 2007 ; en Italie dans la région du Trentin-Haut-Adige en décembre 2007 ; en Slovénie dans le secteur de Kocevje début février 2008 et aux Etats-Unis dans le Montana fin février 2008. Pour chacun de ces déplacements, la délégation française, emmenée par la mission IGE, était constituée d’élus locaux, de fonctionnaires, de représentants des éleveurs et/ou des bergers, de représentants des chasseurs et d’associations d’environnement.
Il était également demandé de procéder à une large consultation, permettant de compléter l’analyse comparative externe par une analyse comparative complémentaire sur le massif pyrénéen. De nombreux entretiens individuels ou collectifs et des visites de terrain ont ainsi été effectués entre les déplacements à l’étranger. Ces entretiens ont par ailleurs été coordonnés avec ceux de la mission chargée de conduire l’évaluation à mi-parcours du Plan de restauration.
Dans une première partie, ce rapport présente les constats généraux issus des déplacements à l’étranger et faisant ressortir points communs et différences. Le rapport propose ensuite une méthode de qualification des territoires de présence dans les Pyrénées en l’illustrant de cartes. Dans une troisième partie, il traite de la gestion des populations d’ours, de l’information et de la concertation. La quatrième partie aborde la valorisation de la présence de l’espèce. Les annexes comprennent notamment les comptes-rendus factuels des voyages, élaborés au retour des déplacements et adressés pour observations à chacun des participants.
Sur un plan général, la mission a souhaité inscrire son rapport dans le cadre global de l’aménagement équilibré de la montagne pyrénéenne et de l’organisation des activités dans l’espace, plaçant au même niveau biodiversité, élevage et toutes les autres activités présentes sur le massif. En correspondance avec l’analyse comparative externe, cette prise de recul a pour objectif de jeter les bases d’une reprise du dialogue à partir de propositions nouvelles, pouvant s’intégrer aux axes stratégiques du schéma interrégional du massif des Pyrénées.
Au vu notamment de la superposition de la carte des zones de fréquentation des ours avec celle des estives, qui rend a priori difficile le partage de l’espace, la mission a d’abord analysé les avantages et les inconvénients de l’hypothèse du cantonnement de l’ours, solution de nombreuses fois évoquée, pour finalement l’écarter pour des raisons principalement techniques et budgétaires.
Elle a alors cherché une solution alternative, pragmatique et moins coûteuse, en s’appuyant sur la biologie de l’ours, sur les enseignements de l’analyse comparative et sur ses entretiens avec les acteurs du massif. Les propositions de qualification de nouveaux territoires de présence ont été faites sur la base des territoires forestiers favorables aux besoins vitaux de l’ours et où ses interactions avec les activités humaines sont limitées.
Dans un premier temps et selon une méthode basée sur le critère de compacité forestière, elle a cherché à déterminer ces territoires en fonction de deux invariants : la biologie de l’ours qui détermine la taille du territoire, et la disposition des estives, qui constitue un capital ancien à préserver. Dans un deuxième temps, elle s’est efforcée de déterminer comment favoriser les conditions de vie de l’ours, alimentation et tranquillité, dans les zones de présence ainsi identifiées pour réduire ses déplacements hors milieu forestier, mais aussi au dehors de ces zones. Cette qualification nouvelle entraîne alors une adaptation de la gestion de la population d’ours et demande une amélioration de son suivi.
Plutôt que de chercher à parquer l’ours dans certains territoires et qu’il en soit exclu en dehors, le principe proposé est donc de l’encourager à fréquenter certaines zones et de le réguler ailleurs. Des explications précises et des cartes illustrent cette méthode qui devrait être affinée et concertée dans le cadre d’un groupe de travail pyrénéen permettant le travail technique d’évaluation des propositions et la négociation politique de leur acceptabilité sociale.
Les mesures à prendre dans les territoires de présence concernent l’adaptation de la gestion forestière, la participation des chasseurs, l’amélioration de la disponibilité alimentaire pour l’ours et le renforcement des dispositifs de coexistence avec le pastoralisme ovin. En dehors de ces territoires, il s’agit de contrôler strictement les déplacements et le comportement de l’animal, notamment à l’endroit de l’activité pastorale.
Concernant la gestion des populations d’ours, la mission propose de la réorienter par une optimisation qualitative du suivi, un renforcement des moyens à lui consacrer, la maîtrise de la sécurité des personnes, le contrôle des ours à problèmes, l’intensification des relations avec l’Espagne, et surtout le développement de l’information et de la concertation.
Enfin, la mission a traité de la valorisation économique et touristique de la présence de l’espèce, en analysant les deux vecteurs principaux qui peuvent la porter : le «produit» ours et l’ «image» de l’ours, notamment à l’aune de deux tendances lourdes de l’aménagement des territoires de moyenne montagne : la diversification et la recherche d’alternatives à la saisonnalité ; l’atout qu’ils représentent, au même titre que le pastoralisme, comme indicateurs de la qualité de l’environnement dans le contexte dynamique de l’économie résidentielle.
Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations
Lire la suite : 2.1 Objet et contexte de la mission