Le déroulement du processus de raréfaction, puis de disparition de l’ours au XIXème siècle et au début du XXème siècle, dans les montagnes du sud ouest de l’Europe, tend à montrer que l’ours a subsisté le plus longtemps dans des territoires forestiers qui lui étaient favorables pour ses besoins vitaux, et où ses interactions avec les activités humaines étaient limitées : les deux noyaux asturiens, la Brenta au Trentin, les Abruzzes dans l’Appenin, le centre-sud du Karst slovène, le Haut-Béarn et le Luchonnais-Couserans-Val d’Aran dans les Pyrénées, correspondent à ce constat.
La protection stricte de ces noyaux, (chaîne Cantabrique, Slovénie), suivie spontanément d’augmentation de la population, et les opérations de renforcement (Trentin), ont suscité chez nos voisins des réflexions sur les territoires de présence, en termes de territoire total occupé, et sur l’utilisation qualitative du territoire dans les milieux très diversifiés.
Dans le Trentin, le territoire est centré sur le Parc naturel Adamello Brenta (6495 km2 limité par des frontières topographiques, cours d’eau, axes routiers, et hautes crêtes montagneuses). A l’intérieur, 1700 km2 sont reconnus favorables à l’ours. L’objectif du Trentin est d’atteindre en 20 à 40 ans une population viable de 40 à 60 individus adultes dans les Alpes centrales, correspondant à des densités de 2 à 3 individus pour 100 km2. Un objectif à plus long terme est de relier cette population avec celle des Alpes dinariques.
Ces objectifs sont présentés dans des documents de grande diffusion. Des études [Se référer à l’annexe 7 concernant le Trentin] pour mieux connaître et prévoir les zones de présence des ours ont été conduites, préalablement au renforcement, en étalonnant les prévisions fournies par l’analyse multicritères du milieu au moyen des indices de présence connues pendant les 20 années précédant la disparition des ours autochtones.
Dans les Asturies, bien qu’une connaissance approfondie de l’utilisation des territoires soit d’ores et déjà acquise, elle est améliorée en continu, en confrontant prévision et observation. La zone de présence est caractérisée par le territoire occupé par des ourses suitées d’oursons de l’année, dont la représentation se fait par surfaces emboîtées, correspondant aux probabilités pour qu’une ourse suitée se trouve dans le noyau [Palomero G, Ballesteros F, Herrero J,y Nores. ED.2006 - Demografia, distribucion, genetica y conservacion del oso pardo cantabrico. FOP. Direccion general para la biodiversidad, Ministerio de Medio Ambiente – Madrid]. Ces surfaces sont déterminées par méthodes statistiques à partir des observations et analyses de terrain - il faut rappeler à cet égard que les ours sont relativement visibles dans cette région. A l’étendue de la zone de présence effective est donc associée une probabilité de présence : ainsi, en 2006, les ourses suitées du noyau occidental asturien occupaient 1291 km2 avec une probabilité de présence de 95%.
La population Cantabrique totale est actuellement de 130 à 160 individus, l’objectif à long terme serait que l’ours fréquente à nouveau le territoire qu’il occupait au début du XXe siècle, compte tenu des activités humaines actuelles limitant le territoire disponible. L’effectif correspondant serait d’environ 250 animaux [D’après Juan Jose Aceres - Ministerio de Medio Ambiente – Madrid]. Certains des espaces nouvellement réoccupés par l’espèce sont proches d’agglomérations importantes.
Dans ces deux territoires, les zones de présence de l’ours sont constatées, et non imposées [«Il est très difficile de penser pouvoir influencer un animal dans son choix de territoire» - Marko Jonosovic, Institut forestier slovène] à l’espèce : si des territoires potentiellement favorables peuvent être proscrits, il ne semble pas qu’une population d’ours puisse être maintenue dans un territoire défavorable, à côté d’un territoire potentiellement favorable d’où l’ours serait exclu. Dans l’hypothèse où les territoires de présence reconnus ne seraient pas les plus favorables à l’ours, les animaux seraient naturellement incités à quitter ces territoires pour fréquenter les espaces plus favorables, où ils seraient alors exposés à retrait, ce qui conduirait à un fonctionnement en « source et puits [Dynamique des habitats de faune sauvage basée sur leur qualité et pouvant engendrer des surplus démographiques (source) ou des déficits démographiques (puits)]», qui serait dommageable pour les ours comme pour les hommes.
Superposition des domaines vitaux de plusieurs ours. Le domaine d'un mâle se superpose à plusieurs domaines de femelles. © Photo Baudouin de Menten.
Enfin, dans les milieux les plus divers, et dans toutes les régions visitées, l’organisation spatiale de la population d’ours, comporte des groupes, ou noyaux, de femelles reproductrices, souvent apparentées entre elles, dont les territoires vitaux se juxtaposent et se recoupent partiellement. Ce sont là les véritables territoires de présence, à côté des territoires parcourus par les mâles, qui ont de plus une période d’erratisme juvénile, et qui sont beaucoup plus vastes.
La superficie des noyaux de population asturiens (respectivement 1291 km2 et 776 km2, d’après la localisation des femelles reproductrices) et la superficie considérée comme très favorable dans le Trentin de 1700 km2, donnent, dans le contexte des montagnes du sud de l’Europe occidentale, l’ordre de grandeur d’un «territoire de présence» : de 750 km2 à 2000 km2 pour 25 à 100 ours en fonction de la densité. Dans ces deux pays, des communications génétiques entre les noyaux sont en outre recherchées (Asturies : souhait de réunir les deux noyaux ; Trentin : flux spontanés escomptés depuis la Slovénie).
Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations
Commentaires de la buvette
Plusieurs noyaux compliqueraient certainement la gestion des populations : échanges, couloirs de passages, consanguinité..., mais l'identification des territoires favorables est un premier pas.
Lire la suite : 4.3.2 l’hypothèse du cantonnement
