Arth : quand l’ours devint roi

Culture / Exposition

Le centre culturel de Rennes, les Champs libres, explore le mythe arthurien et évoque son universalité. Prochaine étape à la BNF en 2009.

Tout commence le jour où un garçon retire l’épée Excalibur fichée dans un rocher. Quinze ans, vivant jusque-là dans l’ignorance, le jeune Arthur apprend qu’il est le fils héritier d’Uther Pendragon, feu roi de Grande-Bretagne. Aidé de Merlin, il monte sur le trône et devient l’un des personnages les plus célèbres du Moyen Âge.

Situé approximativement entre 450 et 550 après Jésus-Christ, le règne d’Arthur baigne dans la mythologie celte et les croyances mystiques du Moyen Âge. Les récits de ses exploits sont diffusés par les bardes, et bientôt, ils deviennent une véritable légende.

Le roi Arthur a-t-il vraiment existé ? Nul ne peut en être sûr. Il y a bien des traces d’un roi breton qui aurait combattu les Saxons vers l’an 600, mais rien ne permet d’affirmer qu’il s’agisse de lui.

L’exposition «Le roi Arthur, une légende en devenir» présente dans un parcours thématique trois salles entre conte, histoire et science. Au détour d’une forêt, élément primordial du mythe arthurien puisque c’est là que vivent Merlin et les fées Viviane et Morgane, le début de l’exposition présente un bestiaire impressionnant.

Entre la bête glatissante et le cerf au collier d’or trône l’ours majestueux, roi des animaux. C’est le symbole de la nature et la racine du nom d’Arthur, ours se disant «arth» dans la langue celte. La forêt est également un lieu mystique chargé des peurs et des croyances humaines.

Les récits du règne d’Arthur sont transmis par les bardes, mais aussi par les croisés qui traversent toute l’Europe pour gagner la Terre sainte. La légende prend alors racine dans plusieurs pays, où sa diffusion continue. C’est ainsi que, datée de 1165, la mosaique italienne d’Otrante est l’une des plus anciennes représentations connues du roi.

Les arbres laissent place à un échiquier géant, au gré duquel se dévoilent stratégies militaires et amoureuses. Dans l’Historia Britonium, attribuée au moine Nennius vers 830, douze batailles marquent le début du règne d’Arthur et font de lui un chef militaire. S’ensuivent alors douze années de paix, au cours desquelles la cour s’installe à Camelot et où le roi épouse Guenièvre. C’est durant cette période que Chrétien de Troyes, vers 1170, installe les aventures des Chevaliers de la Table ronde et crée les épopées de Perceval, Gauvain, Lancelot ou Galaad. Arthur passe au second plan de la légende, au profit de ces chevaliers, emblèmes de la pureté et de l’amour courtois, héros de poèmes épiques. L’auteur christianise la légende en introduisant le Graal, coupe sacrée qui aurait recueilli le sang du Christ, et en fait la quête principale de ces chevaliers.

La deuxième salle propose d’explorer le personnage de Merlin et ses rapports avec Arthur. Tapisseries, tableaux et statues témoignent de leurs liens étroits. La figure de gentil druide propagée par Disney s’efface pour laisser place à un personnage complexe et ambigu. La récupération de la légende par l’Église dit qu’il aurait du être l’Antéchrist, fruit de l’union de Satan et d’une vierge, mais la foi de la jeune femme aurait sauvé l’enfant qui aurait hérité du savoir magique de son père maudit.

Roi conquérant et unificateur, l’héritage d’Arthur sera convoité par les rois d’Angleterre. Notamment par les Plantagenêt qui, pour légitimer leur pouvoir sur la Bretagne, demandèrent à Geoffroy de Monmouth d’écrire l’Histoire des rois de Bretagne en 1132. C’est le premier ouvrage parlant explicitement, et pour cause, du roi Arthur comme d’un personnage réel. Henri II de Plantagenêt sera, grâce à cet ouvrage, l’héritier d’Arthur. Il fera même découvrir une tombe de celui-ci pour assurer qu’il est bien mort. Car la légende dit qu’Arthur pourrait bien revenir un jour secourir le peuple breton…

Bijou de l’exposition, l’un des plus anciens manuscrits enluminés des romans de la Table ronde, daté de 1120, possède une place de choix dans le parcours. Inaugurés en 2006, les Champs libres organisent là leur première grande exposition. Présentée au moment où l’université Rennes-II accueillit le 22e congrès de la Société internationale arthurienne, «Le roi Arthur, une légende en devenir» s’inscrit dans un grand cycle d’expositions autour du roi Arthur. Les prochaines auront lieu à la BNF en 2009, puis à Troyes en 2010.

Mythe ou réalité, nul ne le saura jamais mais Arthur, symbole du preux chevalier, n’a pas fini de faire rêver. Apollinaire, dans l’Enchanteur pourrissant, prévoyait son retour pour 2015, mais la série Kaamelot l’a déjà ressuscité.

Exposition «Le roi Arthur, une légende en devenir», jusqu’au 4 janvier 2009.
Les Champs libres, 10, cours des Alliés, 35000 Rennes.

Myriam Midy

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