Les Balcons du Mercantour
Un itinéraire de randonnée controversé au cœur du Parc National du Mercantour
Le projet des Balcons du Mercantour présenté par le Conseil Général des Alpes-Maritimes et porté par son président, Christian Estrosi, laisse perplexes beaucoup d'observateurs et suscite déjà de nombreuses oppositions. Outre son ampleur et son coût, il impliquerait des aménagements lourds en sites vierges en plein cœur du Parc National du Mercantour (PNM) dont la charte stipule au contraire que les aménagements touristiques nouveaux doivent rester exceptionnels et répondre à un souci d’intégration dans le paysage et de réversibilité possible.
Deux reportages télévisés sur TF1 et FR3 réalisés à l'occasion de la présentation du projet ont suscité en particulier une vive indignation parmi les amoureux du Mercantour. On y voit une pelleteuse à chenillettes creuser une longue saignée dans la montagne en site vierge au dessus du Lac de Rabuons, une perforatrice faire éclater les rochers et un ouvrier déclarer que "quand on passe dans la roche on ne peut pas faire autrement que de travailler à l’explosif et au brise-roche" après qu'un journaliste pince-sans-rire eût affirmé qu'il s'agissait "d'un travail long et minutieux dans la pure tradition montagnarde." Le travail à l'explosif dans la pure tradition montagnarde ?
Reportage de FR3 - Édition régionale du 19/20 du 31 août 2008
Voir aussi la vidéo de TF1, la béatitude de Pernod et le sourire radieux de Christian Estrosi : "Cest ma passion de la montagne que je veut faire partager au plus grand nombre...", un chantier gigantesque de 18 millions d'euros, entièrement financé par le conseil général de Christian Estrosi !
Cette vidéo ne diffère de celle du CG06 que dans la fonction de Jean-Pierre Isseautier, qui est avant tout le maire de Saint-Dalmas-le-Selvage.
La communication autour du projet a fait l'effet d'une bombe dans le monde de la montagne et a créé un réel malaise en montrant la réalisation effective de travaux destructeurs en site vierge depuis plusieurs semaines sans aucune information préalable, en insistant sur une démarche marketing de produit d'appel et en donnant l'impression d'une volonté de mise devant le fait accompli. Parfois la communication rate sa cible car les deux reportages ci-dessus ont été catastrophiques pour le projet en insistant sur les images chocs de la pelleteuse, du brise-roche et de l'état du terrain après leur passage. On peut même y déceler une certaine dérision par rapport au projet.
Réactions au projet de Christian Estrosi
Les réactions ne se sont pas faites attendre. La revue Trek Magazine, l'une des premières en France dans le domaine de la randonnée, a réagi parmi les premiers et parle de "projet pharaonique ... réalisé sans concertation et dont l'incohérence apparaît flagrante."
Le Syndicat national de l’Environnement, qui est le syndicat majoritaire parmi les personnels des espaces protégés en France (dont les Parcs Nationaux), s’oppose fermement au projet des Balcons du Mercantour de Christian Estrosi. Mais il se focalise plus sur un élément connexe du projet, le Camp des Fourches, que sur le projet lui-même, affaiblissant ainsi son opposition au projet.
D'autres, comme I-Trekkings, adoptent une position attentiste : devant la désertification des montagnes en période estivale, il semble logique que les départements réagissent. On peut davantage se poser de questions sur l'impact écologique d'une telle entreprise.
les forums de montagne s'enflamment, notamment dans les Alpes-Maritimes, les arguments échangés révèlent une opposition de fond au projet dont il faudra bien tenir compte. Le forum Denali-sud, modéré sur la forme mais déterminé sur le fond, a pris la tête de l'opposition en organisant une manifestation au Lac de Rabuons le samedi 20 septembre 2008 en début d'après-midi.
Nice-Matin souligne les principales réserves formulées dans son édition du 5 septembre 2008.
Le directeur par intérim du Parc National du Mercantour, tant en insistant sur l'intérêt du projet, rappelle que les travaux initiés sont réalisés à l’extérieur de la zone protégée du cœur du parc national, où aucune consultation du parc n’est obligatoire aujourd’hui. En revanche, la réalisation de travaux dans la zone protégée est interdite par la loi. Il ne peut y être dérogé, depuis la loi de 2006 sur les parcs nationaux, qu’après une consultation, au minimum, du conseil scientifique du parc. A ce stade, aucune consultation détaillée n’a été adressée au Parc National du Mercantour sur un tracé global et sur la description précise des aménagements à réaliser.
Cette première réaction de la part du Parc National du Mercantour est intéressante car elle indique que les travaux hors cœur du parc ne sont pas encore de son ressort (1) et que ceux éventuellement prévus à l'intérieur du cœur par contre ne pourront pas se faire aussi facilement. On notera d'ailleurs avec intérêt qu'aucun dossier relatif à des travaux à l'intérieur du cœur du parc n'a encore été déposé. On n'en est donc qu'à l'effet d'annonce.
Mais le Président du Parc National du Mercantour se rallie au projet, plus d'ailleurs en tant qu'élu, maire de Saint-Martin-de-Vésubie, qu'en tant que président.
La revue Trek Magazine, enfonce le clou et, fort de son expérience internationale, confirme que ce projet n'est absolument pas en adéquation avec le type de clientèle qui fréquente la montagne. Ce projet est un non-sens, alors même qu’il existe un réseau de sentiers important dans les Alpes-Maritimes (15 septembre 2008).
Denali-sud a dressé un manifeste de synthèse de la position des opposants au projet mais partisans d'une coexistence des enjeux touristiques et écologiques (16 septembre 2008).
Un collectif contre le projet est en train de se mettre en place pour essayer de fédérer le maximum de personnes et d'associations contre ce projet, à l'initiative du CEEP (Conservatoire-Études des Écosystèmes de Provence/Alpes du Sud - association régionale de gestion et de protection des milieux naturels et qui fait parti du réseau Régional des Gestionnaires d'Espaces Naturels). Son argumentaire rejoint peu ou prou tous les autres, il redoute en particulier la destruction définitive de paysages jamais parcourus.
Mountain Wilderness officialise son opposition au projet et sa participation à la manifestation du 20 septembre dans un communiqué de presse dans lequel il s’oppose à une telle démarche dénaturant le caractère sauvage d’espaces d’une grande valeur, et pouvant même modifier l’environnement d’un Parc National.
Enfin les revues Montagnes magazine et Alpes magazine annoncent de prochains articles sur le sujet.
La manifestation bon enfant du samedi 20 septembre au Refuge de Rabuons a rassemblé près d'une centaine de montagnards et représentants d'associations opposées au projet et amène doucement Christian Estrosi, le président du CG06 à entrouvrir sa porte.
Pour compléter le dossier, difficile de ne pas mentionner l'interview au magazine Le Point de Christian Estrosi, principal porteur du projet, dans laquelle il affirme sa détermination écologique et brigue ouvertement le poste de ministre d'État, ministre de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire en charge des parcs nationaux.
Note de l'auteur
(1) " (...)travaux hors cœur du parc ne sont pas encore de son ressort". J'écris encore car tout va dépendre du contenu de la charte du parc en cours d'élaboration et qui doit définir ce qu'il sera possible de faire ou non et dans quelles conditions dans le nouveau périmètre du parc, aujourd'hui étendu à l'ensemble des communes concernées par l'ancienne zone périphérique dite zone optimale d'adhésion. On comprend mieux de ce fait ce qui peut apparaître comme de la précipitation pour démarrer les travaux en zone optimale d'adhésion.
Je renvoie ceux qui veulent en savoir plus sur l'évolution des parcs nationaux à cette page de mon site. Bien qu'écrite pour le Parc National des Écrins, elle s'applique aussi au PNM aux lieux près !
Lire aussi l'analyse et les commentaires de l'auteur de la note
Source : Vallouimages
Première manifestation
Ce samedi 20 septembre 2008, c'est une partie du monde de la montagne en émoi qui manifestait sa désapprobation vis-à-vis d'un obscur chantier aux retombées économiques douteuses mais aux conséquences environnementales bien réelles. Près de 100 manifestants, pas rebutés par les 1400 mètres de dénivelé d'approche et des prévisions météorologiques incertaines, sont venus montrer leur hostilité au travail des pelleteuses dans un espace protégé. Parmi les manifestants, on notait la présence du président de la commission Protection de la montagne du CAF de Nice, d'associations naturalistes, d'associations de défense de l'environnement, de membres de clubs (mention spéciale au GMA 500)... Le Conseil général des Alpes-Maritimes a bien envoyé son "monsieur montagne", Hubert Fabre, mais ce dernier n'a pas souhaité participer, ni même écouter les débats. La journée s'est terminée par une table ronde constructive qui définit la suite à donner à l'action.
À noter que les botanistes présents ce jour ont noté les destructions, dans la plus stricte illégalité, d'au moins quatre plantes protégées, notamment la Saxifraga Florulenta Moretti, endémique au Mercantour. La destruction de la cette plante, protégée par la convention de Berne (annexe I), la directive 92/43/CEE (annexes II et IV) et par la protection nationale Annexe I (Ar. du 20-01-1982), pourrait désormais porter cette affaire sur le terrain judiciaire. A noter également que cette destruction intervient au moment même où l'on enregistre la première naissance d'un gypaète barbu dans les Alpes du Sud, un résultat très symbolique qui récompense vingt années d'effort de la part du Parc national du Mercantour.
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Source : Trek magazine
Cybercaction