C’est un chapitre très décevant ! Il y a en réalité bien peu d’espaces vraiment protégés pour l’ours dans les Pyrénées françaises, au sens où il peut évoluer sans risque d’être gravement dérangé.
Le Parc national couvre environ 5% du domaine des ours des Pyrénées occidentales.
Dès 1978, à la toute fin de leur rapport scientifique, Dendaletche et Camarra proposaient l’idée d’une réserve biologique en vallée d’Aspe pour protéger l’ours et sa grande faune. Ils ajoutaient même qu’ils la voulaient «de préférence à responsabilité locale, non nationale, pour éviter que la surveillance de la zone correspondante ne soit ressentie par la population locale comme une atteinte à l’intégrité territoriale et "psychologique" de la montagne!»
Nous en sommes très loin ! On sait ce qu’il est devenu des projets associatifs de réserves dans les années 80 et 90. Et s’il existe des réserves naturelles dans les Pyrénées, aucune ne joue un rôle majeur pour l’espèce.
Les réserves naturelles nationales et les réserves naturelles régionales sont au nombre de 15. Les plus grandes, celles de Pyrénées-Orientales (Py, 3 930 ha et Mantet, 3 028 ha, créées en 1984), ainsi que les autres regroupées au sein de la fédération des réserves naturelles catalanes (5% de la superficie du département) pourraient jouer un rôle lorsque les ours se reproduiront dans le département. Jean-Michel Parde avait d’ailleurs estimé dans son étude de faisabilité du renforcement de juillet 1989 que le territoire allant des gorges de la Frau au 185 mont Coronat (66) via Orlu, Quérigut et le versant nord du massif des Madres était un excellent habitat pour l’ours, en raison de sa grande superficie forestière, quand bien même la région est coupée par la route des gorges de l’Aude et qu’elle est occupée par plusieurs stations de ski [Jean-Michel Parde, op.cit. pp.27-28]
Celle de Néouvielle (créée en 1968, 2 313 ha) dans les Hautes-Pyrénées n’est que traversée de temps à autre par l’ours.
Les gestionnaires de celles du Pibeste (créée en 1994, Hautes-Pyrénées, 2 609 ha) avaient demandé le retrait de l’ourse Franska au motif qu’elle était exotique. Un des maires concernés par la réserve a eu ce commentaire officieux : «Ça fait bien pour nous et en plus on n’a pas de contraintes.» En effet, on chasse dans la réserve, notamment le mouflon dont les effectifs seraient surestimés pour accroître le nombre d’animaux fixé au plan de chasse.
Notons que toutes ces réserves n’excluent pas la pratique de la chasse. Quatre réserves autorisent librement la chasse, six la limitent dans l’espace, une dans le temps et deux l’interdisent totalement. Pour les deux dernières, nous manquons de données.
Remarquons la différence entre la pauvreté des Pyrénées-Atlantiques dotée d’une seule réserve, celle de la vallée d’Ossau qui protège les falaises de reproduction des vautours fauves, et la richesse des Pyrénées-Orientales.
L’ONF de son côté peut décider la création de réserves dites biologiques au sein desquelles la forêt sera moins exploitée (réserve dirigée), voire plus du tout (réserve intégrale).
Pour ce qui est de ces réserves biologiques, qui n’excluent pas non plus la pratique cynégétique, celles de la forêt domaniale de Luchon (333 ha) et celle de Burat-Palaquère (522 ha), en Haute-Garonne, sont fréquentées par l’ours, même si elles ont été créées pour le grand tétras. Pour autant, celle de Luchon est d’une faible superficie alors que le secteur a été un grand refuge de l’espèce avant la disparition des individus autochtones (éliminés directement après réalisation de pistes néfastes) et qu’il est fréquenté aujourd’hui par les ours d’origine slovène.
Aucune réserve biologique intégrale n’existe à ce jour dans les Pyrénées au sein de la zone de présence régulière de l’ours, signe de la faible ambition protectrice de l’ONF et des communes. Nombreux s’en étonnent, y compris des juristes tel que Philippe Landelle [Aspects juridiques de la conservation de l’ours brun en France, Pulim, 2002, page 50.] D’après d’excellents connaisseurs des forêts et des mesures de protection existantes (Gilbert Cochet, Pierre Athanaze du groupe "Forêts sauvages"), seul le classement en réserve biologique intégrale permet une protection sérieuse de la forêt. Le classement en réserve biologique dirigée est manifestement une occasion pour l’ONF de verdir sa politique sans contraintes particulières.
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Extrait du "Rapport historique et prospectif sur la protection de l'ours dans les Pyrénées" commandé par FERUS à Stéphan Carbonnaux.