Christian Estrosi, plus écolo que nature, interview
Christian Estrosi, secrétaire général adjoint de l'UMP cache à peine ses ambitions ministérielles. Il presse le ministre de l'Ecologie, Jean-Louis Borloo, de ne pas «s'endormir sur des slogans». Une invitation à conduire la pelleteuse du balcon du Mercantour ou à venir tirer les loups ?
Interview de Christian Estrosi par Anna Bitton du journal Le Point
Le Point : Le 10 septembre, Jean-Louis Borloo devait présenter en conseil des ministres les mesures issues du Grenelle de l'environnement, notamment l'écoprêt à taux zéro. Cette batterie de mesures vous paraît-elle suffisante ?
Christian Estrosi : Sur le prêt écologique à taux zéro, je m'interroge. Alors que le pays souffre d'un problème de pouvoir d'achat, est-il opportun d'inciter les ménages à s'endetter ? Cette mesure peut créer un effet d'aubaine pour les plus riches et endetter les plus modestes. Je pense que le milliard d'euros que coûte cette mesure pourrait être utilisé beaucoup plus efficacement, notamment sous la forme d'aides directes ciblées. La preuve que c'est possible ? Je le fais ! Dans mon département, nous prenons en charge jusqu'à 80 % du coût d'achat de tout équipement agréé «énergies propres». Va-t-on enfin récompenser les collectivités par des dotations supplémentaires ? Je suis convaincu que c'est par les collectivités que le Grenelle trouvera les applications concrètes qui lui font cruellement défaut.
Vous paraissez bien sceptique sur l'efficacité du Grenelle...
Christian Estrosi : On ne va pas passer quatre ans à répondre «Grenelle, Grenelle» chaque fois qu'on nous parle d'environnement. Le Grenelle est un extraordinaire capital d'idées, il édicte des règles, c'est très bien, mais il faut dresser un bilan annuel qui nous garantisse qu'en cinq ans un certain nombre de cases seront remplies ! Les Français ont besoin d'illustrations concrètes, les élus locaux aussi. Arrêtons de nous gargariser du Grenelle si c'est pour ne pas bouger sur des sujets aussi essentiels que la traversée des Alpes, par exemple. Qu'attend-on ? Dans mon département, le faible coût du péage autoroutier entre l'Italie et la France en comparaison des péages des passages transalpins du Mont-Blanc et du Fréjus a entraîné une augmentation de 70 % du transport par camions en dix ans. Cela devient insupportable.
Vous critiquez. Avez-vous fait des propositions ?
Christian Estrosi : Je ne critique pas, j'aide et j'incite, car je veux que personne ne s'endorme sur des slogans. Vous voulez une proposition ? Le principe pollueur-payeur doit s'appliquer de manière équitable.
J'ai proposé à Jean-Louis Borloo une surtaxe sur les poids lourds qui ne font que traverser notre territoire. C'était d'ailleurs l'idée sous-jacente à la création d'un grand ministère d'Etat de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement durable et de l'Aménagement du territoire, à la construction duquel j'avais beaucoup travaillé, avant l'élection présidentielle, au côté de Nicolas Sarkozy. Je demande à Jean-Louis Borloo d'aller jusqu'au bout de la logique de ce grand ministère. Il faut aller plus vite sur le Lyon-Turin, il faut favoriser les alternatives au tout-routier.
Ne pas ouvrir des autoroutes maritimes, c'est ne pas aller jusqu'au bout de la logique de ce ministère ! Surtout quand on sait qu'un navire moyen transporte l'équivalent d'un convoi de camions de plus de 50 kilomètres de longueur !
Doit-on comprendre que vous reprochez à la politique environnementale de la France de se cantonner à de l'incantation ?
Christian Estrosi : Je ne reproche rien, je souhaite que l'on aille plus vite. Le Grenelle ne doit pas rester un catalogue de bonnes intentions. Un exemple : le Grenelle préconise la mise à l'étude de la taxe carbone, mais ne l'a pas avalisée. Pourquoi ? Notre pays ne doit pas se montrer frileux sur ces sujets. Dans les Alpes-Maritimes, sans aucune aide de l'Etat, j'ai réussi à proposer, depuis le 1er janvier, un tarif unique de 1 euro pour tous les trajets en bus dans l'ensemble du département. Cette mesure permet une économie de 1 million de trajets individuels, ce qui représente près de 10 000 tonnes d'émission de CO2.
Depuis quand vous intéressez-vous à ces sujets environnementaux ? N'y a-t-il pas dans votre présent coup de gueule un véritable opportunisme ?
Christian Estrosi : Je ne suis pas un opportuniste. Je n'ai pas attendu les cris d'alarme de Nicolas Hulot ou le Grenelle pour être, en France, un élu de droite écolocompatible. J'ai la conviction que de notre mobilisation dépend l'avenir de notre société. Lorsque j'étais ministre délégué à l'Aménagement du territoire, je n'ai fait que de l'environnement pendant deux ans. J'ai permis l'ouverture en avril 2007 de la première autoroute ferroviaire entre Perpignan et Bettembourg-depuis, je ne vois rien se poursuivre. J'ai lancé un plan de gestion intégrée des zones côtières.
Quand j'étais secrétaire d'Etat chargé de l'Outre-mer, j'ai fait classer le récif corallien de la Nouvelle-Calédonie au patrimoine mondial de l'Unesco. C'est aussi moi qui suis allé au forum du Tonga, dont l'objectif était de sauver la baleine à bosse du Pacifique Sud. Je ne vois pas pourquoi je me priverais de le revendiquer.
Il s'agit de vos expériences ministérielles. Or vous n'êtes plus ministre... Votre préoccupation écologique se décline-t-elle localement ?
Christian Estrosi : Mon bilan depuis cinq ans à la tête du département des Alpes-Maritimes parle pour moi. Je travaille avec Nicolas Hulot pour établir, dans l'agglomération niçoise, un centre international du développement durable. J'ai l'ambition de faire de Nice la première «ville verte» de la Méditerranée. De même, je souhaite contribuer à faire de la Méditerranée un sanctuaire marin, et j'ai un rêve personnel : voir les tortues de mer revenir pondre sur les lieux d'éclosion qui existaient autrefois sur les plages de la Côte d'Azur, comme elles l'ont fait cet été sur l'île de Linosa, en Italie.
Jean-Louis Borloo manifeste-t-il un intérêt pour ce que vous faites ?
Christian Estrosi : Oui, puisqu'il m'a accordé une opération d'intérêt national sur 10 000 hectares, Ecovallée. J'ai demandé à Jean-Louis de me donner le lieu où je pourrai réaliser le laboratoire écologique de toutes les innovations possibles. J'avais lancé ce dossier lorsque j'étais ministre délégué à l'Aménagement du territoire, et Jean-Louis l'a fait aboutir.
Ne craignez-vous pas que Jean-Louis Borloo prenne ombrage de votre passion pour ces sujets ?
Chirstian Estrosi : Je ne veux pas être un cogneur, mais un accompagnateur. Je soutiens Jean-Louis dans la bataille qui l'oppose à Bercy. Mon devoir est d'aider le président de la République à réussir et à faire réussir la France dans ce domaine. Son quinquennat se jouera en grande partie sur ces questions. Prenons bien garde que le bonus engrangé au début du mandat ne se transforme en malus à son terme. Je souhaite que le consensus qui a existé autour du Grenelle soit poursuivi par un grand débat au sein de la société, qui n'a, hélas, pas encore eu lieu. La mise en oeuvre du Grenelle n'est pas à ce jour à la hauteur de l'espoir qu'il a suscité. Le lancement des réalisations les plus urgentes se fait encore attendre. Il ne faut pas laisser retomber l'élan. J'en appelle à l'énergie ! J'en appelle à l'audace !
Doit-on comprendre qu'à votre sens Borloo manque d'énergie et d'audace ?
Christian Estrosi : Je mesure les obstacles qu'il doit surmonter, c'est pourquoi je veux faire partie de ceux qui aideront la France à relever ce défi majeur.
Votre harangue sonne comme un acte de candidature à la succession de Borloo...
Chirstian Estrosi : On n'est pas candidat à ce genre de poste ! Mais l'écologie est l'affaire des plus déterminés, et j'en suis.
Source : Le point
Commentaire de la buvette
Christian Estrosi à l'écologie ? Avec une pelleteuse ! Et pourquoi pas Jean-Marie LP aux droits de l'homme ?