Marcher dans la montagne, sauf à s’aventurer dans un refuge vital, n’a jamais dérangé l’ours. Il n’est pas de même avec certaines activités rendues d’autant plus néfastes qu’elles sont pratiquées en masse. Le cas de la photographie est un peu à part [On avait évoqué la réglementation de la chasse photographique liée à l’ours en Pyrénées occidentales dans les années 70. Aujourd’hui, un arrêté est relatif à la prise de vues des aires de gypaètes. Un photographe a été lourdement condamné dans les Pyrénées centrales en 2007], et il s’apparente à une chasse il est vrai moins destructeur qu’un coup de fusil.
Le quad et la moto trial viennent d’abord à l’esprit. Ce serait oublier la pratique de la raquette qui se révèle très perturbatrice selon les lieux et les mois de l’année. Pour l’ours qui hiverne, c’est un peu moins dérangeant, pour le grand tétras cela peut occasionner sa mort par pertes répétées de ses calories en réserve.
Dans l’absolu, nous jugeons que la réflexion sur le sujet est faible. Des chartes des sports dits de nature ont été approuvées en Ariège et en Haute-Garonne. Nous avons été mêlés indirectement à l’approbation de celle des Pyrénées-Atlantiques. Force est de constater qu’il s’agit d’une simple charte, donc sans valeur réglementaire et donc non assortie de sanctions. En outre, leur adoption occulte le fait qu’il existe une réglementation de la circulation des véhicules à moteur. Certains usagers prennent allégrement des pistes interdites à la circulation avec leurs quads notamment (cas fréquents en Haute-Garonne cités par Nature Comminges).
Le risque est manifeste que sous couvert de développement touristique, on ne veuille pas limiter certaines pratiques. Nous ne sommes pas les seuls à le réclamer. Combien de chasseurs se plaignent du trop grand nombre de personnes dans la montagne à la saison de chasse. Mais combien d’entre eux utilisent un 4x4 pour aller chasser? Et rappelons qu’ils ne sont pas propriétaires de la montagne. Toutefois, dans certains cas, en augmentation, nous relevons que des sentiers autrefois non signalés sur les cartes, et qui mènent à des territoires sensibles pour l’ours et la faune, sont désormais indiqués. Par qui ? La Fédération de randonnée pédestre ?
Pour mémoire, le secteur du Pic du Midi d’Ossau était encore dans les années 50 un haut lieu pour l’ours. Couturier écrit qu’il ne pouvait s’y rendre sans trouver de traces. Il est envahi aujourd’hui, à tel point qu’on organise le garage des voitures plus bas. L’Italien Zunino avait noté en 1984 que l’afflux important de touristes dans les zones à ours du Parc national des Abruzzes serait à l’origine de leur décantonnement dans des secteurs non protégés, dans lesquels certains ont été braconnés [Lire Rapport L. Nédélec/F.I.E.P., page 84] .
Dans le Parc naturel de Somiedo (Asturies), des aires d’usage restreint (areas de uso restringido) ont été créées il y a 20 ans sur les refuges vitaux des ours. Elles sont réservées aux populations locales et les contrevenants risquent une forte amende à y pénétrer. Nous avons constaté et appris qu’elles sont respectées par le public en grande majorité espagnol. Est-ce cela qui permet aux ours de se déplacer tranquillement la journée ? Cela doit grandement y contribuer. Toujours est- il que cette mesure permet à des passionnés de plus en plus nombreux, parfois des familles entières, à une distance de quelques centaines de mètres, de pouvoir observer un ou plusieurs ours en pleine vie sociale et en plein jour [Nous l’avons constaté personnellement]. Faut- il créer ce type de réserve chez nous ? Le débat est encore embryonnaire autour de responsables du réseau de suivi et de naturalistes. Il faut le nourrir sans tabou ni complexe.
Il est urgent de poser le problème de la fréquentation de la montagne en relation avec la tranquillité de l’ours et d’y trouver des solutions concrètes et sérieuses. Ceci passera par l’invitation de toutes les associations concernées, et pas simplement quelques unes d’entre elles. Puis il s’agira d’élaborer des règles à l’opposé de toute autogestion dont on connaît les faiblesses.
Ces menaces dressées, faisons un bilan des espaces au sein desquels l’ours serait tranquille et protégé.
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Extrait du "Rapport historique et prospectif sur la protection de l'ours dans les Pyrénées" commandé par FERUS à Stéphan Carbonnaux.