Dernièrement l'ASPAP, désireux de montrer l'ours comme un "fauve sanguinaire" a publié un lien vers une vidéo présentant un ours mâle des monts cantabriques entrain d'attaquer les oursons d'une femelle. (Lire "L'instinct tueur de l'ours brun").
Non seulement cette volonté anthropomorphique de répendre la peur de l'ours est regrettable car elle instrumentalise l'ours, mais de plus elle contredit les annonces précédentes de l'ASPAP et de certains politiciens bien connus pour leur opposition à l'ours comme Jean Baylaucq par exemple qui compare les ours gentils ours franco-français et les sâles fauves étrangers ...
« L'ours brun des Pyrénées est fin, très élégant, la robe claire et la tête fine. L'ours brun des Pyrénées est presque totalement herbivore ; il tue pour son équilibre hormonal. Son organisme lui réclame de la viande à la pousse de l'herbe excessivement azotée, en juin en montagne ; et fin septembre, gavé de fruits d'une flore riche d'été il éprouve un besoin de consommation de viande. Les pertes occasionnées par les 7 ours des Pyrénées peuvent s'évaluer à une moyenne de 44 brebis par an. L'ours brun des Pyrénées est peu chasseur. »
« L'ours slovène est énormément massif et grand, la tête ronde et le pelage presque noir. L'ours slovène tue en permanence ; c'est ainsi que 4 ours ont tué en un an 269 brebis en en ont fait disparaitre 1066, soit un total de 1335 / 4 = 333 brebis par ours. » L'ours slovène est un carnassier. De par sa puissance il est à même d'éliminer les mâles pyrénéens et donc de détruire l'ours des Pyrénées »
Qu'ils soient de Slovénie ou des Pyrénées, les ours brun sont de la même espèce et présentent des caractéristiques et des comportements identiques. Dans ce cas, l'ours mâle cantabrique en question se révèle plus féroce que les ours d'origine slovène réintroduits dans les Pyrénées, ruinant cette hypothèse jamais démontrée, ayant pour seul but de refuser le renforcement de la population d'ours brun dans les Pyrénées pour des motifs falacieux.
Intérogée sur le sujet, Eva Bellemain confirme : «l'infanticide est un comportment naturel chez l'ours et qu'il correspond à une stratégie reproductive et non à un acte de tuerie "gratuit".»
On ne connait pas de cas récent d'infanticide pour l'ours des Pyrénées. La faible densité de la population y est sans doute pour quelque chose. Les rencontres entre ours mâles et ourses femelles sont déjà rares, les conflits territoriaux entre mâles encore plus.
Eva Bellemain, une chercheuse française, a travaillé sur plusieurs cas d'infanticides sexuellement sélectionné dans la population d'ours brun de Scandinavie. Voici un extrait du résumé de la thèse d'Eva Bellemain "Genetics of the Scandinavian brown bear (Ursus arctos): implication for biology and conservation" qui aborde l'infanticide chez l'ours brun et choix du partenaire pour l'ourse femelle.
Le système d'appariement de l'ours brun
Photo Vincent Munier
Eva Bellemain : «La connaissance des systèmes d'appariement est importante dans la compréhension de la sélection naturelle. (NDLB: En biologie moléculaire, l'appariement des simple-brins d'ADN est leur assemblage en double hélice bicaténaire selon le principe de la correspondance des bases.) Nous avons étudié deux aspects majeurs du système d'appariement de l'ours brun :
- les stratégies d'appariement employées par les deux sexes en relation avec l'infanticide sexuellement sélectionné (SSI) et
- la sélection du partenaire par la femelle.
L'infanticide, le meurtre de jeunes non sevrés, peut être considéré comme sexuellement sélectionné si les trois conditions suivantes sont réunies :
- l'infanticide réduit le délai du prochain oestrus de la femelle ;
- le mâle commettant l'infanticide n'est pas le père des jeunes oursons tués ;
- le mâle commettant l'infanticide produit la portée suivante de la femelle.
Nous avons documenté huit cas d'infanticide (NDLB: d'ours brun) sur le terrain. A partir d'observations et d'échantillons collectés sur sites, nous avons vérifié que les trois conditions pour le SSI étaient vérifiées. Cela suggère que le SSI pourrait être une stratégie adaptative pour le mâle chez ce carnivore non social.
Contrairement aux espèces sociales où les mâles immigrants tuent les jeunes, la plupart des mâles commettant l'infanticide étaient résidents chez les ours scandinaves. ("Nous définissons un ours résident comme un individu qui a utilisé un territoire qui chevauche la zone de l'infanticide durant l'année de l'accouplement , durant l'année de l'infanticide et durant l'année précédente.")
Ceci implique que les ours mâles sont capables de différencier leurs propres jeunes des jeunes non apparentés, probablement en reconnaissant les femelles avec lesquelles ils se sont accouplés l'année précédente.
De plus, nous avons démontré génétiquement un minimum de 14.5% de paternités multiples (28% pour les portées de 3 jeunes ou plus). La promiscuité des femelles (NDLB: les accouplements avec plusieurs ours mâles) dans le but de confondre les paternités, pourrait donc être, de la part des ourses femelles, une contre-stratégie adaptative pour éviter le SSI.
D'autre part, nous avons évalué sur quels critères les femelles ours bruns sélectionnaient leur partenaire reproductif. Nous avons émis l'hypothèse que les femelles pourraient faire face à un dilemme :
- soit choisir un partenaire de bonne qualité d'un point de vue phénotypique, comme suggéré par les théories de choix du partenaire,
- soit s'accoupler avec des mâles susceptibles de commettre l'infanticide l'année suivante, c'est à dire les mâles lesplus proches géographiquement.
Nous avons conclu que les femelles sélectionnaient significativement les mâles les plus proches mais aussi les plus hétérozygotes, les plus gros et les plus âgés. Nous suggérons que les femelles ours s'accouplent avec les mâles les plus proches comme contre-stratégie au SSI et exercent un choix post-copulatoire du partenaire reproducteur, basé sur des critères morphologiques tels qu'une large taille corporelle, ou sur des critères de statut de dominance, reflétant la qualité génétique du mâle.»
Eva BELLEMAIN
Eva BELLEMAIN est chercheuse post-doctorante en écologie moléculaire.
Ce texte est un extrait du résumé de sa thèse :"Genetics of the Scandinavian brown bear (Ursus arctos): implication for biology and conservation".
- Présentation d'Eva Bellemain
- Présentation de la thèse d'Eva Bellemain : "Genetics of the Scandinavian brown bear (Ursus arctos): implication for biology and conservation"
- L'accouplement chez l'ours brun (Extrait de la thèse d'Eva Bellemain)
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