Un chasseur blessé par un ours : réactions

Luis Turmo, le chasseur blessé

«J'ai eu peur. Je me suis vu mort. Tout a été si vite. Il était, environ 12 h 30. J'étais à l'un des trois postes. J'ai vu arriver l'animal vers moi. Il était à quatre mètres environ. Il y avait juste un tronc d'arbre, un tronc de hêtre entre lui et moi. Je lui ai crié « hou » pour qu'il sorte de la zone de tir. Il s'est retourné, s'est dressé et s'est jeté sur moi

«Et dire que je devais prendre le permis pour l'isard ce vendredi. Ce sera pour l'année prochaine. Quant à la chasse au sanglier, je compte bien y retourner dans quelques semaines. Et là, si je tombe sur l'ours, je le tue».

Depuis une vingtaine d'années, aussi bien les autorités régionales que les nombreuses associations de défense de l'animal travaillent pour redonner à l'ours ses lettres de noblesse. Alors qu'il y a encore trois décennies, les chasseurs d'ours recevaient une prime s'ils parvenaient à tuer la bête, ils risquent désormais une peine de cinq ans de prison et une amende pouvant aller jusqu'à 300 000 euros ! En France, on en est loin. Les dernières décisions de justice : le non lieu dans l'affaire Marquèze / Cannelle et le classement sans suite dans l'affaire Bergeaud / Balou laisse le champ libre au chasseurs. Si vous tirez sur un ours, espèce protégée, même sans visibilité, vous ne risquez rien...

Tonio Cambronero, un autre chasseur

«Jusqu'ici, tout le monde a respecté l'ours, même tous ceux qui sont contre sa réintroduction. Mais après ce qui s'est passé, si on le croise, on sera tentés de "lui mettre un pet". Ces ours n'ont rien à faire ici. L'hiver dernier, il avait croisé un jeune homme lors d'une battue au-dessus de Bosost mais l'animal s'était écarté. Le garçon, pris de peur, avait effectué une chute de trois mètres. Et les ouvriers du chantier d'adduction d'eau, juste au-dessus du village ont déjà vu de près, deux ours, deux petits. Cette fois, il a agressé Luis Turmo. Donc, il n'a pas peur de l'homme. Et que se serait-il passé si au lieu du bras, il avait griffé à la gorge

Rien à faire là ? L'ours n'a t-il pas le droit d'avoir aussi son propre territoire ? L'ours est théoriquement un animal protégé. Protégé mais sans droits ? Dérangé et chassé de son abris par les chiens des chasseurs, il s'est défendu. La montagne n'appartient-elles qu'aux chasseurs ? L'ours a bien peur de l'homme. Ne s'est-il pas enfui de suite ?

Quelle place désirons nous laisser aux animaux sauvages. La place de l'ours se rétrécit parce que l'homme a  décidé de ne pas lui en laisser. Une fois de plus, que faisait ce chasseur sur le territoire de l'ours ? Chaque fois qu'un homme armé d'un fusil se trouve dans une zône à ours, ça finit plutôt mal, bien souvent pour l'ours. En septembre Balou a été blessé par un chasseur. Hier c'est le chasseur qui a été blessé par l'ours. Nous devons exiger des réserves de chasse, très rapidement et interdire les battues aux sangliers avec des chiens là ou l'ours est présent.

Emilio Medan, Maire de Les

«Le village est majoritairement contre l'ours. Nous avons organisé un référendum en 1993. 75 % des habitants ont dit non à sa présence. Maintenant on demande le retrait de l'ours. M. Boya président du conseil général du Val d'Aran va réclamer la capture des animaux et leur retrait. Lundi nous allons réunir le conseil en séance plénière et mardi en séance publique pour évoquer le problème. Aujourd'hui, les chasseurs qui étaient à la battue ont vu des Français qui se promenaient et cherchaient des champignons. Des ours nous en voyons régulièrement ici. L'animal n'a pas peur de l'homme. L'ours, je l'ai vu, voici quelques mois, un jour où je me promenais au-dessus de Les avec mon fils».

Combien d'habitants à Les ? L'ours a t-il attaqué les cueilleurs de champignons ? Non. Seul l'attaque des chiens a déclenché son instinct de survie. :«Il devait être à l'abri sous un rocher où l'on a trouvé des gâteaux de miel. L'herbe y était encore chaude. Ensuite, je crois que ce sont les chiens qui l'ont dérangé et fait lever. D'ailleurs, on en a perdu un.» déclare Juan Bares, un des chasseurs.

Magali Boniface (ASPAP)

«Nous savions que Sarousse et Hvala, ainsi que ses deux oursons se trouvaient dans le secteur de Les. (...) Cet incident montre bien que nous avons raison de refuser la présence de l'ours : si l'État veut faire des Pyrénées une réserve, alors les incidents de ce genre vont se multiplier. Déjà au printemps on a vu un ours entrer en collision avec un véhicule sur l'autoroute, en septembre, c'est un chasseur qui a blessé un ours, là c'est un ours qui blesse un chasseur… Si l'on maintient l'ours dans les Pyrénées avec la présence humaine forte qu'on y trouve et le pastoralisme, alors, il y aura forcément d'autres problèmes

Pour une fois, je suis en partie d'accord avec Magali Boniface, mais pas sur les méthodes à appliquer : si l'Etat désire tenir sa parole et protéger l'ours des Pyrénées, si l'Etat désire luter contre les deux principales causes de mortalité des ours : les face-à-face avec des chasseurs et les accidents de circulation, si l'Etat désire diminuer au maximum les risques lors des rencontres hommes/ours, il va falloir agir vite : réglementer la chasse en battue et construire des passages à ours sur les certaines routes. Que devient le Groupe National Ours ? Ce silence devient long, trop long.

Jean Lauzet

Pour Jean Lauzet de la SEPANSO Béarn : "Ce n'est pas la première fois qu'un ours attaque un homme dans les Pyrénées. En septembre 2004, Canelle avait chargé un chasseur à Laruns au cours d'une battue. On ne connaît pas les circonstances exactes de cet incident, mais on sait que cela s'est produit au cours d'une battue. Cela suffit pour expliquer le comportement agressif de l'ours, tout à fait normal dans ces circonstances. C'est aussi une raison supplémentaire pour demander l'interdiction des battues en zone à ours. De toutes façons, il n'est pas question de porter atteinte à un ours dès lors que son comportement n'est pas familier.

Alain Reynes (ADET)

Extraits d'une interview publiée dans la Dépêche : «L'ours brun européen a peur de l'homme. Il le fuit. Il peut lui arriver d'être curieux quelques instants, ne pas s'échapper de suite, mais il ne s'approche pas. S'il se met sur ses deux pattes, ce n'est pas de l'agression. L'ours voit mal, c'est donc une façon de mieux percevoir les odeurs.

Le risque possible, c'est la femelle, comme dans n'importe quelle espèce, qui va vouloir défendre ses petits. Il faut éviter de se retrouver entre une ourse et ses oursons, mais c'est un cas très théorique. Il faut aussi toujours ménager une possibilité de fuite à l'ours, par exemple ne pas le coincer dans un cul-de-sac. C'était arrivé à un technicien espagnol, qui avait été légèrement touché au passage de l'ours.
L'attitude à avoir face à un ours, c'est surtout de rester calme, éviter de lui faire peur. À l'inverse, il ne faut pas essayer de s'en approcher pour le prendre en photo, comme ce témoignage qu'on nous a rapporté cette année. Ce n'est pas une bonne idée… Pas la peine non plus de courir pendant deux heures pour lui échapper, l'ours ne poursuit pas l'homme.

On peut se faire identifier, tout simplement en parlant. L'ours quittera ainsi le secteur. Autrefois, dans les Pyrénées, on disait aux enfants qui partaient se promener en forêt qu'il fallait lui parler, et être très poli avec lui.

Il y a le cas particulier du chasseur qui traque un animal sauvage, souvent avec des chiens. Et si les chiens pistent l'ourson, la mère peut le charger et venir vers le maître. Il faudrait alors que le chasseur tire en l'air. Rappelons qu'il n'y a pas eu d'homme tué par un ours dans les Pyrénées depuis 1850. Il faut rester très serein».

L'association FERUS

Communiqué de presse

Ce mercredi 22 octobre, un ours aurait attaqué un chasseur lors d’une battue au sanglier dans le Val d’Aran (Espagne). Nous attendons de plus amples informations.

Dans un premier temps, Ferus s’estime heureux que le chasseur n’ait pas été grièvement blessé et qu’il ait eu le bon réflexe de tirer en l’air pour éloigner l’ours.

Par ailleurs, nous pouvons d’ores et déjà signaler que l’ours, comme la très grande majorité des espèces animales sauvages, peut blesser un humain, notamment lorsqu’il est traqué. Des chasseurs blessés par des cerfs, des sangliers et même des chevreuils, il y en a pas mal chaque année ! En règle générale l’animal fait tout pour s’enfuir, d’ailleurs même l’ours malgré sa force ne s’en est pas réellement pris au chasseur, il l’a légèrement blessé et s’est enfui.

La chasse en battue est très perturbatrice pour l’ours ; les chiens des chasseurs peuvent déranger et être agressifs vis-à-vis des ours, notamment des oursons, ce qui entraîne une réaction de défense de la part des ours. Le chasseur attaqué il y a 2 jours le dit d’ailleurs lui-même : «je crois que ce sont les chiens qui l’ont dérangé et fait lever» (Source : La Dépêche du Midi du 24 10 08). Après la mort de Cannelle et l’ours Balou blessé, des zones de tranquillité sans battue sont décidément nécessaires.

C’est déjà arrivé par le passé avec les «anciens ours pyrénéens» L’ours, même s’il peut vivre tranquillement près des villages, reste un animal craintif qui évite le contact avec l’homme. Il serait abusif d’utiliser cette attaque défensive pour agiter le spectre de la peur de l’ours. Ce n’est pas aussi une raison pour annoncer qu’on le tuera à la première occasion, ni qu’il faut enlever les ours de la montagne. Ou alors interdisons immédiatement le ski, l’alpinisme et la chasse qui tuent et blessent tellement de gens.

Non, l’ours fait partie de la nature, qui est belle mais n’est pas un jardin public, c’est pour cela que nous l’aimons.

L’ours a définitivement sa place dans les Pyrénées.

Rappelons que dans les Pyrénées, l’ours n’a jamais agressé sans raison un homme ! Ce qui ne signifie pas que l’ours ne puisse pas devenir menaçant dans des circonstances très particulières : une ourse défendant ses oursons, un ours acculé ou surpris à courte distance par exemple. Mais c’est également le cas de nombreuses autres espèces domestiques ou sauvages (chiens, taureaux, cerfs, sangliers…).

  • Notons que le 18 août dernier, un enfant de 10 ans a été grièvement blessé à la cuisse droite par une vache sur le plateau de Beille en Ariège et a du être transporté à l’hôpital par hélicoptère (source La Dépêche du Midi 19 août 08).
  • Idem le 27 juillet à l’étang de Quérigut où un enfant de 3 ans a été piétiné par une vache qui a préalablement chargé la maman (source La Dépêche du Midi 28 juillet 08).

L’ours a généralement peur de l’homme et cherchera à vous éviter. En cas de rencontre, quelques recommandations :

  • ne cherchez pas à vous approcher de l’ours,
  • manifestez-vous calmement (bougez, parlez) pour l’aider à vous identifier,
  • éloignez-vous progressivement sans courir.

L'ADET

Un ours blesse un chasseur en Val d’Aran (Espagne).Quelles leçons en tirer ?

Jeudi 23 octobre, un ours a blessé un chasseur lors d’une battue au sanglier en Val d’Aran. Comme à chaque accident homme – ours dans les Pyrénées depuis plus de dix ans, cela s’est produit avec un chasseur, lors d’une battue aux sangliers. Tous les chasseurs le savent, ce mode de chasse est accidentogène, pour la faune (y compris protégée), comme pour l’homme. Des chasseurs sont très régulièrement blessés, ou même tués, par des sangliers, des cerfs, voire même des chevreuils.

Ce jeudi 23 octobre, rien ne devait se passer, si ce n’est une rencontre homme-ours dans les Pyrénées, lors de laquelle chacun a pris soin de fuir l’autre. Une rencontre certes impressionnante, mais sans problème si ce n’est une belle peur. Le témoignage du chasseur est formel : l’ours était passé, l’avait dépassé sans se soucier de lui, quand le chasseur a cru devoir l’effrayer pour qu’il parte plus vite. L’ours a interprété cette attitude comme une agression ; il s’est défendu, fort heureusement en ne blessant qu’assez légèrement l’imprudent. Il est donc clair que l’ours n’a pas spontanément attaqué l’homme.

Il est important de rappeler ici les consignes en cas de rencontre avec tout grand mammifère :

  • Ne pas avoir de comportement agressif, ne pas chercher à approcher l’animal
  • Se signaler à l’animal, en l’interpellant calmement s’il n’a pas détecté votre présence
  • Quitter calmement le secteur en ménageant à l’animal une possibilité de fuite.

L’ours brun reste un animal craintif, fuyant l’homme, ne présentant donc pas plus de danger que tout grand mammifère sauvage (sanglier, cerf …) ou domestique (taureau, vache, cheval). En cas de rencontre à courte distance, un comportement calme et respectueux permet d’en rester à une peur ... réciproque.

Source : La Dépêche du Midi, e-mails, FERUS, ADET

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