Par Marc LAFFONT
Préambule
Chaque année, le Service de la Statistique et de la Prospective (SSP) effectue une enquête cheptel destinée à déterminer les évolutions d’effectif concernant les différentes filières d’élevage.
Cette étude représente l’ossature de la publication annuelle de l’Institut de l’Elevage «Les chiffres clés, productions ovines lait et viande», dont la mouture 2008, portant sur l’année 2007, a été mise en ligne ces dernières semaines. Cette publication existe également pour d’autres filières d’élevage.
Structures de production
A l’automne 2007, le nombre de brebis mères allaitantes était de 4 698 900 animaux :
- soit une baisse d’un peu plus de 3 % par rapport à 2006.
- Soit également une baisse d’environ 18 % depuis 2000.
- Le nombre de brebis mères laitières était fin 2007 de 1 604 500 animaux. Ce chiffre est relativement stable depuis 2000.
59 305 exploitations détenaient des brebis allaitantes début 2008 :
- soit une baisse de 13 % par rapport à l’année dernière et de 62 % par rapport à 1989.
Cette concentration dans la détention du cheptel s’observe également pour la production laitière : 5 052 exploitations début 2008 :
- Soit une baisse de 6 % par rapport à 2006 et de 31 % depuis 1989. Le phénomène est cependant moins marqué pour la sous-filière laitière.
La régression du nombre d’exploitations détenant des ovins ne s’explique pas seulement par la baisse de cheptel, mais aussi par la régression du nombre d’exploitations détenant des petites quantités d’ovins, notamment viande. Fin 2004, la Fédération Nationale Ovine estimait que 34 000 des 76 755 exploitations détenant des ovins en possédaient moins de 10 (référence citée dans le rapport des sénateurs Bailly et Fortassin).
Le dossier de presse du 30 août 2007 publié par le Ministère de l’Agriculture et de la Pêche mentionnait que seules 10 000 exploitations viande détenaient plus de 150 brebis (mais sans préciser sur quelle année était basée cette statistique, vraisemblablement quand même assez récente).
- 62 % des brebis allaitantes sont détenues dans des troupeaux de plus de 200 têtes.
- Cette proportion atteint 83 % pour les brebis laitières.
Le bimestriel Bimagri, édité par le Ministère de l’Agriculture précisait dans son N° 1533 de juillet-août 2008 que 30 % des troupeaux ovins (toutes tendances) comportaient plus de 400 brebis. Cette même revue précise que la taille moyenne du troupeau des exploitations véritablement spécialisées ovines oscille autour de 350 brebis.
- Les éleveurs de brebis sont généralement assez âgés : 58 % d’entre eux ont plus de 50 ans, dont 27 % plus de 60.
- Les plus de 50 ans détiennent encore 39 % du cheptel.
- Les moins de 35 ans ne représentent que 8 % des éleveurs, mais détiennent 14 % du cheptel.
Consommation
L’approvisionnement en viande ovine en 2007 est majoritairement (56 %) assuré par de la viande importée.
Contrairement à une idée reçue, la Nouvelle Zélande n’est pas le principal fournisseur de la France.
Il est néanmoins exact que les importations en provenance de Nouvelle Zélande progressent alors que celles en provenance d’Irlande ou du Royaume-Uni diminuent.
- Malgré une forte baisse en 2007 liée à une nouvelle épidémie de fièvre aphteuse : c’est le Royaume-Uni, avec 35 % des importations, qui arrive donc encore en tête,
- devant la Nouvelle Zélande, avec 25 %, et qui cette année pour la 1° fois
- dépasse l’Irlande (20 %).
44 % de la viande consommée en France en 2007 était d’origine hexagonale [106 000 tonnes équivalent carcasse (tec) sur 244 000]. Cette proportion est en très légère hausse par rapport à 2006 (43 %). La consommation était alors de 254 000 tec en 2006, dont 109 000 de France.
L’explication tient essentiellement à la baisse des importations, passées de 142 000 tonnes équivalent carcasse (tec) en 2006 à 133 000 en 2007. Car la production indigène est également en baisse, passant dans le même temps de 125 000 à 121 000 tec.
Les échanges en animaux vivants sont à peu près stables d’une année sur l’autre.
Cela se répercute sur la consommation individuelle : pour la première fois depuis 30 ans, la consommation annuelle par français est passée sous le seuil de 4 kg (3,9 kg/an/personne). Cette consommation était de 5,4 kg en 1990. C’est à dire une baisse de 28 % en 17 ans. Le début des années 90 demeure la période pendant laquelle la consommation de viande ovine par habitant a été la plus élevée.
La consommation de viande ovine ne s’est jamais remise de l’épidémie de fièvre aphteuse de 2001 en Grande Bretagne. Car, même si la baisse de consommation s’est amorcée vers 1995, la chute enregistrée en 2001 suite à l’effondrement des importations britanniques n’a jamais été compensée.
Pour la viande spécifiquement d’origine française, le bilan est encore plus sombre. En effet, en 1990, viande indigène et étrangère se partageaient le marché à parité.
- Cela représentait donc 2,7 kg de viande d’origine française/personne/an.
- Cette consommation est tombée en 2007 à 1,7 kg (44 % de 3,9 kg). Soit donc une baisse de 37 % en 17 ans.
Si on remonte un peu plus en amont, le constat est encore plus marqué. Vers 1980, les français consommaient à peine plus de 4 kg de viande ovine, mais la provenance était hexagonale à près de 80%. A cette époque on consommait autour de 3,2 kg d’agneau français par personne. La consommation a donc été divisée sensiblement par 2 en à peine 3 décennies.
L’examen détaillé des consommateurs ne permet pas d’être très optimiste pour l’avenir de la filière.
Seuls 37 % des moins de 35 ans ont acheté de la viande ovine en 2007, représentant 8 % des volumes.
A titre de comparaison, le taux de pénétration atteint 75 % chez les plus de 65 ans, représentant 34 % des volumes achetés.
Perspectives cheptel et consommation
La publication «Tendances lait et viande N° 183» de septembre 2008, permet déjà de se faire une idée de l’orientation en 2008.
- Sur le premier semestre, la consommation de viande ovine a baissé de 7 % par rapport à la même période en 2007.
- La production française affiche un recul de 6 %.
- Les importations sont elles en baisse de 8 %. La baisse des importations ne profite donc pas à la production indigène. C’est le consommateur qui se détourne de la viande ovine.
Sur cette base, la consommation individuelle par français et par an pourrait baisser aux alentours de 3,6 ou 3,7 kg, s’il n’y a pas de redressement sur le second semestre. La part relative d’origine indigène pourrait ainsi remonter autour de 45 %, mais la consommation brute serait tout de même en légère baisse.
- Les abattages de brebis sont en hausse de 6 %, traduisant la poursuite de la décapitalisation du cheptel.
Il est probable que l’actuel contexte sanitaire défavorable pour cause d’épidémie de Fièvre Catarrhale Ovine (FCO) participe dans les mois voire années à venir à l’accroissement de la décapitalisation du cheptel ovin, notamment en orientation viande.
Il n’est pas non plus favorable à la reprise des structures lorsque l’exploitant est sur le point de prendre sa retraite. Selon les déclarations du secrétaire général de la Fédération Nationale Ovine (publiées dans Bimagri N°1519, mars-avril 2006), à partir de 2004, 40 % des 20 000 éleveurs professionnels orientés viande devaient prendre leur retraite d’içi à 2014.
Je reprendrai donc la conclusion du dossier de l’élevage N°371 d’octobre 2007 : «il semble que la seule alternative laissée aux filières européennes de viande ovine soit aujourd’hui importer encore plus ou consommer encore moins.»
Situation économique
Les 2 dernières pages du document «Les chiffres clés 2008, productions ovines lait et viande» détaillent la nature des principales subventions assurant le soutien à l’élevage ovin.
C’est lors de la Commission des Comptes de l’Agriculture et de la Nation (CCAN, session de décembre) que sont traditionnellement dévoilées les données du Réseau d’Information Comptable Agricole (RICA) de l’année précédente, soit donc 2007 pour la session qui se déroulera en décembre 2008.
Ne sont à ce jour disponibles que les données du RICA 2006 (voir page 17 pour les ovins).
Les caractéristiques générales des exploitations sont présentées en fonction de leur orientation majoritaire. Il existe ainsi une catégorie nommée «ovins et autres herbivores». A partir notamment des informations contenues dans le rapport du député Yves SIMON rendu début 2007, il est possible de reconstituer à peu près la composition de l’indice. Dans cette catégorie se retrouvent donc les ovins viandes, qui pesaient en 2004 environ 60 % des 21 900 exploitations de l’échantillon (13 222 exploitations), les ovins lait, qui pesaient un peu plus de 20 % (4 660 exploitations). Les caprins représentaient l’essentiel du restant, soit un peu moins de 20 % de l’indice.
En 2006, les 20 205 exploitations représentées par le réseau RICA de la catégorie «ovins et autres herbivores» :
- ont reçu en moyenne 29 600 € de subventions.
- Le résultat courant avant impôts étant en moyenne de 17 600 €, le ratio subvention/résultat courant s’établissait donc pour l’année 2006 à 142 %.
Le chiffre du RICA national est donc une moyenne entre exploitations ovines viandes, laitières et caprines. Les 3 catégories ne sont pas subdivisées, et cela est regrettable pour ce qui est de la précision. Car il est vraisemblable que des différences existent entre ces 3 orientations. Ne serait-ce que parce que la prime compensatrice versée aux caprins et ovins lait ne représente que 80 % de celle qui est versée aux ovins viande.
De plus, chaque exploitation orientée ovins allaitants bénéficiait d’une aide forfaitaire dite «de minimis» lorsque la spécialisation viande atteignait 30 %, et un effectif minimum de 100 brebis en 2006. Ces seuils ont été réévalués à respectivement 50 % de spécialisation viande et 150 brebis, traduisant implicitement la volonté politique de concentrer davantage la production.
Les résultats concernant spécifiquement la région Midi-Pyrénées ont été présentés un peu différemment (voir page 4). En effet, compte tenu du poids de ces productions à l’échelle régionale, le choix a été fait de différencier ovins lait et ovins viande. On constate alors, comme pressenti., que les exploitations orientées viande ont touché, en 2006, 34 900 € de subventions, contre 27 700 € pour les exploitations laitières. Soit 20 % de moins pour l’orientation laitière. On supposera que les exploitations caprines bénéficient de subventions dont l’ordre de grandeur est comparable à la filière laitière ovine (prime compensatrice identique). Ce différentiel était identique en 2005, avec 31 900 € par exploitation viande et 25 300 € par exploitation laitière. Soit une augmentation de près de 10 % entre 2005 et 2006 sur la région Midi-Pyrénées.
A partir de ces données (différence de subventions de 20 % au bénéfice de la viande par rapport au lait) et en utilisant les informations contenues dans le rapport du député Yves SIMON, il est possible de chiffrer, avec une marge d’erreur raisonnable, le montant des subventions reçues par les exploitations d’orientation majoritairement ovine (lait et viande) pour 2004 (année de référence du rapport) :
Le montant des subventions touchées par les exploitations en orientation ovine en 2004 serait donc supérieur à 600 millions d’€.
Sur la base d’un montant moyen de subventions par exploitation de 25 200 € par an pour l’indice «ovins et autres herbivores».
Or pour l’année 2006, les 20 205 exploitations représentées par l’indice ont bénéficié de 29 600 € en moyenne. Le montant total des subventions pourrait donc être supérieur. Un hypothèse à nuancer compte tenu de la diminution du nombre d’exploitations dans l’indice (20 205 en 2006, contre 21 900 en 2004).
La sous-filière viande bénéficierait d’environ 500 millions d’€, contre 120 millions pour l’orientation lait. Cette dernière est cependant la plus rémunératrice, tout du moins en Midi-Pyrénées : en 2006, le résultat courant des exploitations de l’orientation était de 29 700 €, contre 13 100 € pour l’orientation viande.
En tenant compte de la répartition géographique du cheptel, on peut essayer d’évaluer le montant des subventions rapporté à la zone de montagne, qui doit représenter entre 250 et 300 millions d’€ en 2004.
Il convient cependant de rester prudent sur ce type d’extrapolation, basée sur le seul cheptel, compte tenu des différences structurelles (taille des exploitations, aides spécifiques aux zones de montagne…).
Un dernier élément : chaque exploitation française d’orientation majoritairement ovine (viande ou lait) emploie en moyenne 1,5 équivalent temps plein (ETP). 1,6 en Midi-Pyrénées pour la filière viande.
Donc, sur la région Midi-Pyrénées (34 900 € par exploitation en 2006), la filière ovins viande génère un équivalent temps plein avec 21 800 € de subventions publiques.
Le revenu disponible par ETP était donc de 8 187 €/an pour l’ensemble de l’année 2006 (13 100 € de résultat répartis sur 1,6 ETP).
A titre de comparaison, le montant d’un SMIC annuel net avoisine les 12 000 €. Son coût toutes charges comprises approche les 24 000 € annuels.
Pour être cependant exhaustif, il convient de rajouter les emplois induits par l’activité. Le magazine Bimagri 1533 cite le chiffre de 1 340 équivalents temps plein générés par la filière ovine dans les abattoirs et industries de la viande en France. Ce qui doit faire autour de 200 ETP induits en Midi-Pyrénées par les ovins viande (15 % du cheptel français).
Les chiffres du Réseau d’Information Comptable Agricole 2007 seront connus fin décembre.
Souhaitons qu’ils adoptent au niveau national l’option retenue pour la publication des résultats en Midi-Pyrénées. A savoir une séparation entre les exploitations orientées ovins viande et celles orientées production laitière.
Cette distinction permettrait de donner davantage de précision aux interprétations. C’est d’ailleurs peut être pour cette raison que cela ne se fait pas…
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