Par Pierre Athanaze
Les forêts anciennes, à fortiori, les forêts primaires et les vielles forêts à caractère naturel, continuent de stocker du carbone, ça fait longtemps qu’on le disait, mais sans être vraiment entendu. Cela pourrait changer : les résultats d’une vaste étude menée par une équipe internationale, viennent d’être publiés dans le numéro de Nature en date du 11 septembre dernier. Ils le démontrent très clairement.
Adieu donc cette affirmation qui nous est si souvent opposée que seules les forêts jeunes, dont les arbres sont en pleine croissance, seraient capables de piéger le carbone atmosphérique responsable du réchauffement climatique ?
Cette thèse déjà ancienne de forêts anciennes qui auraient un «bilan carbone» neutre s’appuie sur les travaux du scientifique américain Eugène Odum qui datent de la fin des années 60 : le bilan positif des jeunes arbres qui poussent serait «équilibré» par le bilan négatif des arbres morts qui se décomposent. Très souvent depuis, il nous est opposé cet argument alors que nous demandons la protection de tel ou tel massif boisé à fort degré de naturalité. Et plus les effets du réchauffement climatique se font sentir, plus on nous l’opposait.
Avec sincérité parfois, ou, plus souvent pour mieux faire valoir les intérêts ou les doctrines en cours dans le milieu de la sylviculture. A tel point, que lors de la rédaction du protocole de Kyoto, cet aspect pourtant important n’a pas été pris en compte. Le fameux rôle de puits de carbone si cher à nos pollueurs, qui depuis en font commerce, n’était validé que pour les forêts jeunes et les plantations. Business is business…
La protection des forêts anciennes n’était prise en compte que dans un souci, pas très en vogue, de protection de la biodiversité et de lutte contre la déforestation. C'est-à-dire pas si souvent que ça…
Pourtant de nombreux travaux avaient pas mal écorné cette thèse en démontrant que la forêt ne stocke pas du carbone que dans le tronc des arbres, mais dans tout l’écosystème, notamment en très grande quantité dans le sol.
Cette fois, c’est une vaste étude qui a mobilisé plusieurs équipes dans divers pays, et entre autres en France une équipe du Laboratoire des Sciences du Climat et de l'Environnement (CNRS), qui a été publiée dans la célèbre publication «Nature», qui démontre que chaque année, les forêts anciennes de l’hémisphère nord (forêt boréale et tempérée) séquestrent entre 0.8 et 1.8 milliard de carbone. Du coup, plus que jamais, la préservation de ces forêts apparaît comme indispensable. Et là rien n’est gagné. On le voit en France où le sujet est encore très loin de faire l’unanimité, mais c’est encore plus inquiétant pour les forêts de Sibérie qui attirent les appétits de nombreuses multinationales ou de la Chine toute proche, comme c’est déjà le cas pour les forêts équatoriales ou tropicales d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique qui depuis des décennies rapetissent comme peau de chagrin.
Souhaitons que la recommandation finale des auteurs de cette étude soit maintenant entendue : «il faudrait laisser intactes les vieilles forêts» ! En France, soyons encore plus visionnaires : pourquoi ne pas en restaurer en laissant s’ensauvager quelques unes de nos jeunes forêts à peine centenaires.
Pierre Athanaze
Naturalité, la lettre de Forêts Sauvages n°5, octobre 2008