par Olivier Gilg
Suite à une large enquête nationale menée en 2007, Réserves Naturelles de France vient de publier, en plusieurs fascicules thématiques dont un consacré aux forêts, son nouvel observatoire du patrimoine naturel.
Il s’agit d’une évaluation qualitative et quantitative des habitats, de la faune et de la flore d’environ 150 Réserves Naturelles Nationales et Réserves Naturelles de Corse. Cet observatoire permet également de faire le point sur les principales avancées, voire les pertes, de ce réseau durant les dix dernières années (le précédant observatoire datant de 1996).
Quelques chiffres pour mettre en perspective les forêts de ce réseau unique
- Les forêts ne couvrent plus aujourd’hui que 23% de l’Union Européenne, contre 80-90% à la fin de la dernière glaciation.
- La France comptabilise 155 000 km2 de forêts, soit un peu plus de 28% du territoire métropolitain.
- Sur les 143 réserves naturelles que comptait fin 2007 la métropole, 110 protègent 40 298 ha de forêts, soit un tiers de leur surface totale (124 728 ha).
- Sur la moitié de ces sites, la forêt couvre plus de 100 ha mais ces surfaces ne représentent au total que 0,26% de la forêt française.
- En 10 ans, la superficie forestière des réserves a augmenté de 19% (6 408 ha), suite à la création de 15 nouvelles Réserves Naturelles Nationales.
- Deux de ces nouvelles réserves comptabilisent à elles seules 65% de cette augmentation (Hauts de Chartreuse et Ballons Comtois) et
- trois quarts d’entre elles protègent plus de 100 ha de forêts, ce qui traduit une tendance au classement de réserves forestières plus grandes que par le passé.
80% des réserves naturelles forestières appliquent le principe de non-intervention sur tout ou partie de leurs forêts.
Réserve Naturelle du massif du Grand Ventron
photo Caroline Druesne
Plus d’un tiers (env. 15 000 ha) des forêts du réseau sont des forêts à caractère naturel selon les 3 critères RNF définis en 1997 :
- pas d’exploitation depuis plus de 50 ans,
- présence de vieux arbres vivants et de gros arbres morts,
- essences autochtones.
La surface de ces forêts a progressé de 20% en 10 ans, mais la proportion entre forêts exploitées et forêts à caractère naturel est restée la même suite au classement de 15 nouvelles réserves.
A ces surfaces, il convient de rajouter près de 3 500 ha (9% des forêts du réseau ; 40% d’augmentation en 10 ans) de forêts dont la non exploitation est récente (caractère naturel encore peu marqué) mais qui viendront compléter à terme le réseau des forêts à caractère naturel. Au total, les forêts nonexploitées (pas de gestion sylvicole active) représentent ainsi 46% des surfaces boisées des réserves (18 500 ha).
C’est dans les plaines alluviales (Rhin, Rhône, Drôme, Allier, Loire) et en moyenne montagne (Vosges, Pyrénées, Vercors, Chartreuse) que l’on trouve la plupart de ces forêts. Elles manquent cruellement dans les Alpes, la région méditerranéenne, l’Ouest et le Sud-Ouest de la France.
Notons que le statut de réserve intégrale (par décret ou validé dans le plan de gestion) n’est pas acquis pour tous ces sites. Enfin, leur taille est souvent relativement réduite puisque seule une trentaine de RNN abritent des forêts non exploitées sur plus de 100 ha et seulement 4 RNN sur plus de 1 000 ha. En France, seules les parties intégrales des réserves naturelles et les réserves biologiques intégrales peuvent prétendre au statut de protection le plus fort (catégorie UICN I). Le réseau des réserves biologiques (domaniales) intégrales protégeait fin 2005 près de 2 000 ha de forêts (2 200 ha de RBI boisées à 92% ; source : ONF Bilan patrimonial des forêts domaniales 2006). Même en additionnant les deux chiffres (au risque de quelques doubles comptages), les forêts non exploitées de ces deux réseaux ne couvrent donc que 0,13% de la forêt française (soit 20 000 ha environ).
Le document complet, présentant notamment le détail des sites, habitats et espèces recensées par cet observatoire dans le réseau des réserves naturelles, est disponible au format PDF à RNF (contactez Olivier Gilg)
Olivier Gilg
Naturalité, la lettre de Forêts Sauvages n°5, octobre 2008