Dessin : Pandan-Lagl, un extrait de le BD "Idées noires" de Franquin, le père de Gaston lagaffe.
Comment vous est venue l'idée de compiler les accidents de chasse ?
A une profonde détestation de la chasse s’est ajoutée l’idée de stigmatiser ce loisir cruel en utilisant les accidents. Je ne souhaitais pas faire une compilation à des fins statistiques ni me contenter de pousser, semaine après semaine, des gueulantes contre les chasseurs mais attaquer, frontalement, avec une outrance délibérée, un certain fatalisme qui bénéficie, tout compte fait, à cette population en déclin.
Un compte à régler ? Votre chien a été tiré ?
Adolescent, j’ai vécu 3 ans en Sologne. Mon chien a été pris dans un piège à mâchoires. Mais ce qui est resté comme souvenir, c’est cette incroyable suffisance, ce mépris que les chasseurs témoignaient à l’endroit de ceux qui se promenaient paisiblement en forêt. La nature leur appartenait, ils en disposaient comme ils l’entendaient, en toute impunité. Aujourd’hui, j’habite dans une région où, si on gare son véhicule reconnaissable par son autocollant LPO dans certaines contre-allées forestières, on le retrouve les 4 pneus crevés !
Racontez-nous cette histoire de censure : Quand, qui, pourquoi ?
Le blog a rencontré assez rapidement un certain succès. Hébergé par Le Monde, il a vite été fragilisé, à l’automne 2007, par des plaintes émanant d’abord de veneurs qui se sont adressés aux modérateurs. Certains forums de chasseurs se sont vite rendus compte, en effet, que les modérateurs du Monde étaient attentifs à leurs doléances et ils se sont donnés le mot pour obtenir la désactivation du blog.
Le blog a été censuré et suspendu par 4 fois avant d’être fermé définitivement en mars 2008 par les administrateurs de la plate-forme du Monde.
A chaque article, de toute façon, le blog était en sursis. J’ai donc organisé par anticipation le transfert de ce blog vers d’autres hébergeurs moins sensibles aux pressions des chasseurs et plus soucieux de la liberté d’expression.
Subissez-vous encore des pressions ou êtes-vous un peu parano avec ces blogs clonés ?
Oui, je reçois, presque quotidiennement, des insultes, des menaces de procès (la dernière en date provient d’un proche du chasseur blessé à Puyssalicon) et des invitations à sortir de mon anonymat et à me présenter devant des chasseurs, eux armés, moi pas !
Je sais que tôt ou tard, les chasseurs obtiendront la fermeture de l’un ou l’autre de ces blogs jumeaux. J’ai donc multiplié les clones dans cette perspective, pour adoucir ma peine et contrarier leur satisfaction.
Comment faites-vous pour trouver ces infos plombées chaque semaine ? Avez-vous des taupes, un détecteur de métal ?
Une lecture minutieuse de la presse régionale (voire locale) dans la rubrique faits divers, quelques lecteurs sympas qui n’hésitent pas à me faire part de leurs infos et, pour recouper certains éléments des accidents, la fréquentation, secrète, de quelques forums de chasseurs !
De plus, je suis membre de plusieurs associations de protection animale et je bénéficie d’informations "internes".
Et au niveau des statistiques annuelles : le marché est-il porteur cette année ?
Le nombre des bavures est en nette hausse. Malgré les consignes de sécurité délivrées (parfois par la distribution de DVD), répétées à l’envie, les dommages collatéraux fleurissent.
Mais n’oublions pas que le principal dommage est fait au règne animal, à la biodiversité et aux naturalistes et observateurs du vivant, qui constatent un allongement des lignes de fuite, c'est-à-dire les distances que l’animal sauvage place, instinctivement, entre lui et le simple observateur humain.
Cet allongement des lignes de fuite (et la raréfaction des individus) est l’une des conséquences la plus ignorée de la pression de chasse.
La nature a été confisquée par les chasseurs et quand on peut en profiter, ceux qui l’habitent se sont éloignés, par peur, de notre regard bienveillant.
L.H.
Taomugaia