Voilà un commentaire laissé par un visiteur qui mérite d'être repris dans une note. Merci Alexis...
"La nature et le pastoralisme cohabiteraient dans la joie et la bonne entente..."
Salut BdM,
Je m'appèle Alexis et vis à Bagnères de Bigorre depuis deux ans. Le climat de la Haute-Bigorre peut être défini par "océanique de moyenne latitude de montagne". Les gens d'ici ne savent pas que cette caractéristique est rarissime et n'existe qu'à deux autres endroits sur la planète (une partie de la Nouvelle-Zélande, et la côte de Colombie-Britannique où j'ai résidé pendant un an).
Concrètement, la douceur du climat plus l'humidité plus les différents étages de végétation créent un cadre propice au développement d'une flore unique, très diversifiée et prolifique. Rien à voir, par exemple, avec l'écosystème alpin de type méditerranéen, ou bien semi-continental.
Je parle d'un cadre et non d'une réalité. Car ici, le couvert forestier s'arrête à 1200-1300 mètres pour laisser place aux estives, alors qu'on le trouverait naturellement jusqu'à 1900-2000 mètres. En clair, les deux tiers de l'écosystème de montagne sont absents.
Les éleveurs, Les gestionnaires du parc national des Pyrénées et la plupart des élus ont choisi de promouvoir une image politiquement très correcte de la montagne, un lieu où la nature et le pastoralisme cohabiteraient dans la joie et la bonne entente. Histoire que les bergers continuent à gérer la montagne comme au 18e siècle pendant que les touristes admirent les quelques forêts en fond de vallée où un panneau leur signale ici et là un "espace ouvert" de quelques dizaines d'ares sensé illustrer la présence des troupeaux dans la montagne. Alors qu'en vérité, cette belle vitrine cache un peu plus haut un désastre écologique, avec des versants sud en voie de désertification (roche affleurante, végétation typée garrigue dominée par le genévrier commun et le buis).
Pour visualiser la pauvreté du couvert forestier, il suffit de monter au-dessus de 1200 mètres, ou bien de regarder une carte de la région, ou encore de venir de Tarbes quand le massif du Pic du Midi est enneigé (le blanc, c'est les estives - le noir, quelques taches éparses, c'est la forêt). Comme tu le dis très bien sur ton blog, trop d'éleveurs se foutent superbement de la nature et considèrent la forêt comme un nuisible, au même titre que l'ours (sauf en vallée où on est bien content d'avoir du bois de chauffage sous la main pour passer l'hiver).
Pas le moindre compromis avec le 21e siècle et ses réalités écologiques, même pas au moment de l'écobuage de printemps. Là, on lance des feux sans respecter les arrêtés préfectoraux qui imposent que chaque brulis soit contrôlé par trois personnes et éteint avant la nuit. Alors les brulis se propagent partout et couvent jour et nuit pendant dix jours. Résultat, la surface brûlée est supérieure aux besoins pastoraux, et c'est tant pis pour les rejets qui auraient pu repeupler la montagne. Le plus con, c'est que la région, située dans la transversale de dépeuplement appelée "diagonale aride", n'a aucune perspective économique et se désertifie depuis 60 ans.
Et à côté du pastoralisme qui meurt à grand feu, peu d'élus ont compris que la seule perspective d'avenir reposait sur une économie touristique qui tirerait partie du caractère exceptionnelle du climat et de la géographie. Ici, en plein centre-ville, quelques séquoias ont été plantés au 19e siècle, rappelant la parenté des conditions locales avec le climat du nord-ouest américain. Mais en Colombie-Britannique, j'ai vu des forêts primaires peuplées de cèdres rouges dont certains avaient deux-mille ans.
On ne refait pas l'Histoire, mais je peux te dire qu'on n'en mène pas large devant de tels monuments, et que les bergers n'ont même pas idée de ce qui a poussé ici un jour.
Je viens de découvrir ton blog. Il est vraiment intéressant, très documenté, et je compte le visiter régulièrement.
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