Frédéric Decaluwe,
Équipe Technique Ours de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage
Qui assure le suivi des ours dans les Pyrénées françaises ?
Le suivi de la population d’ours a été confié par le ministère en charge de l’écologie à l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) en 1983. Il repose sur un réseau de correspondants bénévoles répartis sur l’ensemble de la chaîne, le Réseau Ours Brun (ROB). Ce réseau est animé par l’Equipe Technique Ours (ETO) de l’ONCFS qui centralise les données, en effectue la synthèse et diffuse les résultats.
Quelles méthodes sont employées pour réaliser le suivi des ours lorsqu’ils ne sont pas équipés d’un émetteur ? Empreintes, poils, crottes, griffades, dégâts… permettent de connaître la population d’ours présente dans ce massif. Comment les hommes chargés de ce suivi s’y prennent-ils ?
Il existe deux types de suivi : le suivi indirect basé sur les indices laissés par les ours et le suivi direct des animaux équipés d’émetteur. Ce dernier est rare car les ours sont des animaux sauvages : ils n’ont pas vocation à être équipé d’un émetteur en permanence.
L'équipement d’un ours peut être envisagé à titre provisoire et exceptionnel, notamment pour un suivi scientifique, ce qui était le cas des cinq ours relâchés en 2006 dans les Pyrénées (pour plus d’information sur le suivi des ours par GPS, voir Empreinte Ours N°1).
Aujourd’hui sur les 15 à 19 ours présents dans les Pyrénées, seuls trois sont équipés d’un émetteur. La connaissance de cette population repose donc principalement sur le suivi indirect.
Le suivi au cas par cas, dit extensif
Tout un chacun peut être amené à observer des indices de présences d’ours. Il est important de les signaler à l’ETO ( tél. : 05 62 00 81 08). Ainsi un membre de l’ETO ou du ROB peut contacter l’observateur pour recueillir son témoignage et valider ou non l’information. Les vérifications concernent souvent des observations visuelles ou des empreintes.
Les dégâts sur les troupeaux domestiques ou les ruchers occasionnés par les ours pour se nourrir font l’objet d’une expertise de terrain par les agents de l’ONCFS ou du Parc National des Pyrénées. L’expertise des dommages et des témoignages renseigne sur la présence d’ours et participe ainsi à la connaissance de l’espace occupé par l’espèce (aire de répartition).
Le suivi systématique
Au printemps quand le sol est humide - donc favorable au relevé d’empreintes - et quand les ours se déplacent beaucoup, des itinéraires sont parcourus toutes les semaines afin de relever des indices sur des zones du massif fréquentées habituellement par les ours. Des appareils photos automatiques peuvent aussi être installés sur ces itinéraires.
A la même période, des opérations de recherche simultanée d’ours sont menées dans le noyau occidental pour estimer le nombre minimal d’individus. Cette technique permet de détecter la présence de plusieurs ours au même moment en parcourant des itinéraires simultanément pendant plusieurs jours sur une zone déterminée.
Les stations de suivi ou pièges à poils sont constitués d’un appât alimentaire (maïs ou viande) suspendu à un arbre et d’un appât odorant placé dans un petit enclos de fil barbelé. L’ours doit passer sous le fil pour atteindre l’appât et y laisse généralement des poils que l’on recueille. Ce dispositif permet un suivi systématique sur une vaste zone.
Le suivi indirect permet de récolter du matériel génétique (les poils et les crottes contiennent de l’ADN). Leur analyse détermine l’espèce (est-ce bien des poils ou des crottes d’ours ?), la lignée (souche pyrénéenne ou slovène), le sexe et dans certains cas l’identité de l’animal.
En recoupant ces informations avec les indices de présences simultanées, les tailles d’empreintes et les photos, il est possible de déterminer un effectif minimum d’ours détectés au cours de la saison, d’estimer certains paramètres démographiques de la population (survie, natalité) et la zone de présence de l’espèce sur le massif pyrénéen. Plus de 600 indices, essentiellement des empreintes, des dégâts et des poils, sont validés chaque année.
Source : Empreinte ours n°5 - Lettre d'information semestrielle de l'Etat sur le programme de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées - Décembre 2008.