Chantal Jouanno, une proche de Nicolas Sarkosy, est nommée auprès de Jean-Louis Borloo, au secrétariat d'Etat à l'Ecologie en remplacement de Nathalie Kosciusko-Morizet nommée au poste de secrétaire d'état à l'économie numérique et à la prospective.
«Ne soyez pas inquiet, Nathalie Kosciusko-Morizet sera vite remplacée», insistait mercredi 21 janvier le ministre Jean-Louis Borloo lors de ses vœux à la presse. En effet...
«Sur proposition du Premier ministre François Fillon, le président de la République a nommé Mme Chantal Jouanno secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie, auprès du ministre d'Etat, ministre de l'Ecologie, de l'Energie, du Développement durable et de l'Aménagement du territoire», a annoncé l'Elysée dans un communiqué.
Chantal Jouanno était attendue à 16h45 au ministère au côté de Jean-Louis Borloo pour un premier contact avec la presse. Alerte et directe, Chantal Jouanno, 39 ans, fut la conseillère environnement et développement durable de Nicolas Sarkozy pendant la campagne en 2007 et durant les premiers mois de son mandat. Elle avait quitté l'Elysée début 2008 pour présider l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME).
Elle succède à Nathalie Kosciusko-Morizet, 35 ans, dont les relations tendues avec son ministre de tutelle Jean-Louis Borloo étaient notoires et avaient fini par irriter le chef de l'Etat.
Néanmoins, l'annonce de son départ la semaine dernière vers le secrétariat d'Etat à l'Economie numérique - alors qu'elle affichait depuis plusieurs mois son appétit pour le ministère de la Santé - avait pris tout le monde de court.
L'absence de nomination dans la foulée alimentait depuis les rumeurs sur le non-remplacement de NKM, en dépit d'un calendrier législatif et international chargé pour l'environnement et le climat.
Outre l'examen de la loi Grenelle 1 par le Sénat à partir de mardi, la loi Grenelle 2, considérée comme la «boite à outils» de la première - un texte particulièrement lourd et technique de plus d'une centaine d'articles - sera soumis au Parlement courant mars.
Enfin, à la fin de l'année, la communauté internationale doit conclure à Copenhague un nouvel accord de lutte contre le changement climatique pour relayer le Protocole de Kyoto, dont la négociation s'avère ardue et nécessitera de très nombreux rendez-vous.
M. Borloo n'a jamais douté, assurait-il, du remplacement de NKM et cherchait une personnalité «qui connaisse les dossiers et puisse se mettre immédiatement au travail, ni un militant, ni un parlementaire.»
M. Borloo avait d'emblée placé Chantal Jouanno en tête de son tiercé personnel.
L'arrivée de cette championne de France de karaté (12 fois parait-il, quoi que Europe1 annonce qu'il n'en est rien...) a été bien accueillie dans les milieux environnementaux qui finissaient par s'inquiéter de cette vacance à l'Ecologie, et connaissent bien la nouvelle Secrétaire d'Etat pour avoir travaillé avec elle sur la gestation du Grenelle de l'environnement.
La fédération France Nature Environnement (FNE) a insisté sur la «compétence de Chantal Jouanno, qui a la mémoire du Grenelle de l'environnement.»
Photo cabinet du premier ministre : Mme Nathalie Kosciusko-Morizet et Mme Chantal Jouanno.
Sources : AFP et La Buvette
Au WWF, Serge Orru, directeur général, s'est dit «très heureux. On a nommé quelqu'un de compétent. C'est ce qu'on appelle quelqu'un de loyal et c'est assez rare dans la vie», a-t-il insisté.
Chantal Jouanno et l'Ours des Pyrénées
Dans le dossier "Ours des Pyrénées" Chantal Jouanno avait eu le "privilège" de rencontrer en tête à tête Philippe Lacube de L'ADDIP (Association pour le Développement Durable de l'Identité des Pyrénées) et son inséparable chargée de mission Marie-Lise Broueilh, le 16 juillet 2007, alors qu'elle était conseillère de Nicolas Sarkozy pour les questions d'environnement, lors de la visite du président de la République à Airbus. Les chefs ultrapastoraux lui avait alors communiqué leur «cahier des charges pour une étude de faisabilité de cantonnement des ours dans les Pyrénées» pour mettre un terme à «l'ensauvagement des Pyrénées.»
Ils étaient sortis de l'entretien avec l'impression d'un «dialogue instauré, une réelle écoute, un vrai échange» en retenant que Chantal Jouanno avait dit «L'éleveur incarne une relation à la nature que le nouveau gouvernement voulons promouvoir» et «le ressenti d'absence de concertation est un vrai problème qui doit faire l'objet de considération.» Mais depuis, ce rapport semble être passé aux oubliettes du Groupe National Ours.
Présentation de Chantal Jouanno
Avant d'être nommée au secrétariat d'Etat à l'Ecologie, Chantal Jouanno était, depuis le 6 février 2008, présidente du conseil d’administration de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (sur proposition de Jean-Louis Borloo déjà).
Agée de 39 ans, ancienne élève de l’ENA (1997-1999), Chantal Jouanno était précédemment conseillère pour le développement durable à la présidence de la République, chargée notamment de suivre le Grenelle de l'environnement, après avoir été directrice de cabinet du président du conseil général des Hauts-de-Seine et avoir occupé un poste de conseillère au développement durable et à la sécurité routière au cabinet du ministre de l’Intérieur.
Sous-préfet, directrice de cabinet du préfet de la région Poitou-Charentes au début de sa carrière en 1999, Chantal Jouanno a été successivement conseillère auprès du directeur central de la sécurité publique puis chef de bureau des statuts et de la réglementation des personnels territoriaux à la direction générale de Collectivités locales (DGCL) avant de rejoindre en 2003 les services du ministère de l’Intérieur en tant que chargée de mission à la direction générale de la Police nationale et d’intégrer le cabinet du ministère de l’intérieur.
La Buvette souhaite bonne chance à Chantal Jouanno. Ces capacités sportives pourraient lui servir...
Le 29 mars 2008, Guillaume Launay écrivait dans libé un beau portrait de Chantal Jouanno...
"Une femme a verdi"
Au sujet de Nicolas Sarkozy, Chantal Jouanno évoque d'emblée «un vrai courage physique et intellectuel». Elle souligne «son humanité, sa sensibilité». Parle aussi d'un patron «très exigeant» qui laisse passer les erreurs «une fois, mais pas deux». Chantal Jouanno connaît son sujet. Elle a passé six ans dans les coulisses du sarkozysme, du ministère de l'Intérieur à l'Elysée, à écrire ses discours, puis comme conseillère pour le développement durable. Elle a fini par le quitter pourtant.
Mi-novembre, Chantal Jouanno postule pour la présidence de l'Ademe, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie. Le Président rétorque : «Je ne veux pas que tu partes.» Elle revient à la charge, il cède. Depuis février, cette énarque de 38 ans, discrète et posée, mère de trois jeunes enfants (dont des jumeaux), a pris la tête de l'établissement public qui sera en première ligne pour la mise en oeuvre pratique du Grenelle de l'environnement pour lequel elle a oeuvré en coulisses ces derniers mois. Ces jours-ci, Chantal Jouanno va monter «au front» à l'occasion de la semaine du développement durable. «Le rôle de représentation fait partie intégrante de mon travail. Je ne déteste pas ça», glisse-t-elle dans un sourire. La voilà sur les estrades, elle qui travaillait dans l'ombre.
A l'Elysée, au sein d'un cabinet généreux en sorties publiques et recadrages de ministres, cette discrète préférait le silence. «Je n'ai pas l'aura d'un Guéant ou d'un Guaino, justifie-t-elle. Un conseiller qui a la quarantaine, qui n'a pas vraiment bourlingué, quelle est sa légitimité à s'exprimer ? Moi, je n'ai pas de passé.» Pas de passé officiel peut-être, mais une place de choix auprès d'un homme clé. C'est en juillet 2002 que Chantal Jouanno devient «plume» de Nicolas Sarkozy. Elle est alors «chef du bureau des statuts de la fonction publique territorial». Chantal Jouanno est recrutée pour écrire les discours du ministre de l'Intérieur. Elle a deux jours pour se décider, ne connaît personne au cabinet. «Je ne sais pas qui aurait refusé.» «Plutôt de droite» jusque-là, mais sans s'être jamais engagée, invoquant Pompidou comme modèle d'homme d'Etat, elle n'a alors «pas une image très positive» de Nicolas Sarkozy : «A mes yeux, à l'époque, c'était quelqu'un qui n'avait pas de profondeur. J'ai appris à le connaître.»
Conquise petit à petit, il lui faut «rentrer dans sa peau» pour écrire des discours au plus près de sa volonté et de son style : «Du concret, des phrases directes, pas de phrases longues avec des sous-entendus.» La jeune femme au look BCBG se coule dans les habits du premier flic de France. Chaque discours est «une angoisse». La crainte qu'une phrase mal formulée soit comprise de travers. Que l'orateur, habitué à s'envoler dans des digressions, n'arrive plus à retrouver le fil. La boule au ventre quand il s'agit, pour l'enterrement d'un policier, de se plonger dans le dossier familial, de découvrir une femme, des enfants en bas âge.
Son autre grande rencontre, place Beauvau, c'est l'environnement. Claude Guéant lui demande de s'y plonger, flairant le sujet qui monte. Chantal Jouanno n'y connaît pas grand-chose, n'a pas de sensibilité particulière, commence par engloutir la littérature européenne, pas très glamour. Elle en ressort pleine de la foi des nouveaux convertis. A l'instar d'un Nicolas Hulot, elle préférerait désidéologiser l'écologie, assure que l'enjeu dépasse les clivages politiques et générationnels, comme si la fracture environnementale n'était qu'entre ceux qui savent et ceux qui ne se rendent pas encore compte, entre «les rétrogrades et les avant-gardistes». Entre femmes et «mâles dominants» aussi. «C'est vrai qu'il y a une sensibilité très féminine sur ces thèmes mais pour des raisons simples, analyse-t-elle. La voiture, c'est une affaire de mecs et la consommation reste encore beaucoup une problématique des femmes.» Convertie jusqu'à en être «enquiquineuse pour son entourage» sur les gestes quotidiens mais surtout «pas dogmatique», Chantal Jouanno répond vérité des chiffres, réalité du terrain et complexité des sujets face aux incantations jugées trop simplistes. «C'est quelqu'un qui est convaincue, dit la secrétaire d'Etat à l'Ecologie, Nathalie Kosciusko-Morizet. Mais toujours dans une démarche très pragmatique, dans le montage des projets. Chantal Jouanno a acquis une bonne crédibilité dans le milieu.»
Dès son arrivée à l'Elysée, le Grenelle de l'environnement se met en place dans un scepticisme général. Pendant la campagne, Chantal Jouanno assistait aux rencontres entre le candidat et les associations. «Elle a été une des facilitatrices», confie un responsable associatif qui regrette d'avoir perdu ce contact à l'Elysée. Elle a eu un rôle actif sur les OGM ou sur la protection des marais de Kaw en Guyane.» Un autre décrit «une interlocutrice fiable, présente et discrète, qui a toujours tenu la ligne, sans se mettre en avant».En coulisses, Chantal Jouanno doit gérer les susceptibilités, éviter que les acteurs ne quittent la table, calmer les ministres réticents et les parlementaires agacés. Elle trouve malgré tout des excuses à une majorité à qui «il ne faut pas jeter la pierre, car le sujet est assez nouveau».«Le Président est toujours allé dans mon sens, assure-t-elle aujourd'hui. Ça va vous paraître paradoxal mais il a toujours modéré cette idée qu'on trouve le bonheur dans la consommation et le matérialisme.» Chantal Jouanno dit aussi avoir bien fonctionné avec Jean-Louis Borloo, lui aussi quasi-novice en arrivant au ministère de l'Ecologie et devenu «un des principaux convaincus».
Chantal Jouanno renoue avec son rôle de plume pour le discours de clôture du Grenelle. Un discours à la fois fort par l'étendue des thèmes abordés et habile en ce sens qu'il laisse la place à interprétation, aux exceptions qui permettront de justifier, ensuite, le contournement autoroutier de Strasbourg ou le nouvel aéroport de Nantes.
Au départ, la sensibilité environnementale de Chantal Jouanno lui vient aussi de ses origines «terriennes». A Vernon (Eure), la benjamine d'une famille de deux enfants, fait ses débuts à l'école dans une classe unique, de la maternelle au CM2. De son propre aveu, sa scolarité est assez «ric-rac». Pas tout à fait le modèle de la bête à concours. Pour son père, patron de PME, le travail, c'est tout le temps, dimanche compris. Elle entame à Paris un BTS de commerce international. Elle y rencontre son mari mais, toujours hésitante sur son avenir professionnel, s'inscrit à Tolbiac en administration économique et sociale. «C'est là que les études sont devenues passionnantes», dit-elle. A l'occasion d'une recherche, elle «tombe amoureuse» de la bibliothèque de Sciences-Po, intègre l'école puis enchaîne sur l'ENA. Elle en a gardé cette façon de répondre aux questions en trois parties.
Aujourd'hui, Chantal Jouanno a arrêté le karaté - elle fut douze fois championne de France -, et consacre le peu de temps qui lui reste à ses enfants. En femme active qui veut tout concilier, elle assure que si elle est parfois traversée par la «culpabilité», elle ne regrette pas de ne pas avoir choisi de poste «plus pépère». Et décrit un «couple moderne» où son mari, directeur des achats chez Pernod-Ricard, fait sa part du boulot. A l'Elysée, son remplaçant est un homme.