Le chasseur français de novembre 2008 s'en prend aux antichasse qui en veulent à "leur pratique" et "surfent sur des concepts". Les chasseurs sont-ils aveugles ou est-de de la mauvaise foi ? Analyse.
Débat : Chasseurs contre Écologistes, nouvelle Perturbation
Pour limiter notre pratique, les antichasse surfent désormais sur les concepts. Dérangement, perturbation, tels sont leurs nouveaux chevaux de bataille.
Comme nous vous l'annoncions dans notre édition de mai dernier, le tribunal administratif de Pau a annulé en mars 2008 trois arrêtés préfectoraux successifs relatifs aux saisons de chasse 2005, 2006 et 2007 au motif qu'ils étaient contraires aux dispositions de la directive européenne Habitats et du code de l'environnement.
Le nœud du problème, c'est la pénétration de certains massifs par les chasseurs et la persistance des battues au sanglier dans les zones de présence de l'ours. L’objectif des protectionnistes radicaux quand ils engagent ce type de démarche est clair: obtenir, à terme, la création ou l'extension de «zonages d'exclusion» dans lesquels toute chasse serait interdite car reconnue comme «dérangeante» ou «perturbatrice», donc incompatible avec les objectifs de conservation édictés par les directives européennes Oiseaux et Habitats.
Réaction de La Buvette
Le 7 Septembre 2008, un ours mâle (Balou) était blessé sérieusement sur la commune de Prades, lors d’une battue au sanglier, par un chasseur ayant effectué selon ses dires "un tir d’instinct". La chasse en battues est au moins à l’origine de la mort de trois ourses femelles reproductrices depuis 1994 (Claude et Cannelle en Pyrénées-Atlantiques, Mellba en Haute-Garonne).
Voici ce qu'écrivait Maurice Bigorre un chasseur «Vieuxcerf, naturaliste régulateur», sur le forum de FR3 à propos du tir de Balou. Depuis, Maurice Bigorre a raccroché définitivement son fusil, il nous a quitté.
Maurice Bigorre : «Donc pour comprendre ce qu'il s'est passé, il faut connaître ce que sont les battues. En battue, on entend le plus souvent "arriver quelque chose". Avec l'expérience, on peut souvent dire s'il s'agit d'un cerf, d'un chevreuil, d'un sanglier, etc..., d'un promeneur. Par contre, aucun chasseur en France -si ce n'est 2 ou 3 chasseurs habitués à chasser l'ours à l'étranger- ne pourrait dire, avant de le voir, et seulement en entendant ce qui sera effectivement un ours, que c'est un ours.
Donc ce type entend un bruit. Comme tout chasseur en battue, il pointe son arme en direction du bruit. Et là ensuite, comme toujours en battue, les événements vont trop vite. Le type est prêt à tirer. Il voit une forme à quatre pattes, forme "ramassée'" qui exlue cerf, biche ou chevreuil. Bref, une forme qui est un peu celle du sanglier.
Ensuite, évidemment tout dépend des individus. Il y a chez certains chasseurs un tropisme incontrôlable qui leur fait prendre leur cible pour ce qu'ils veulent y voir. On connaît des cas de types ayant tiré sur un copain, parce qu'ils étaient sûr d'y voir le gibier qu'ils convoitaient. On est là à la frontière de la psy, sans pour autant que les psy considèrent que ce soit pathologique. Ce phénomène a été largement étudié par les psy, et je ne fais que rapporter ce que j'ai eu souvent l'occasion de lire, car je me suis longuement intéressé à ce problème, ayant moi-même du mal à comprendre qu'on puisse prendre une forme humaine pour le gibier désiré. Il y a même un type ou autre qui a tiré sur son fils. Et ce type qui avait une folle envie de tirer un sanglier a vu un sanglier dans la première forme vaguement ressemblante. Ca aurait peut-être pu être pire ! Et c'est aussi la raison pour laquelle je milite pour la chasse à l'approche et à l'affût, et l'interdiction des battues. Les battues seront toujours dangereuses, car le tir y est toujours instinctif. On pointe son arme sur un "bruit", ca ressemble à la bête convoitée, on tire, c'est trop tard. Le cerveau a anticipé l'idée de tirer, et l'action a été commandée. A l'approche ou à l'affût, on ne pointe jamais son arme sur un "bruit". On "écarquille" les yeux. On pointe .... les jumelles. On identifie. La peste soit des battues.»
Le chasseur qui a tiré sur Balou était présent à une réunion organisée par l'ETO à la salle derrière la mairie de Belesta (Ariège) le soir du 13 août 2008 à 20h00. Sébastien Pauly de l'ETO y a mis en garde les chasseurs les informant de la présence de l'ours.
Est ce que dénoncer le tir à l'instinct" d'une balle de 7 mm Remington magnum dans la patte d'un animal appartenant à une espèce protégée en danger est pour MonsieurJulien Domingo "surfer sur un concept" ? Est-ce que dénoncer les battues au sanglier, responsables de la mort de 3 ourses femelles est pour MonsieurJulien Domingo "surfer sur un concept" ?
Nos battues, bientôt interdites ?
Cette décision d'un tribunal administratif est à notre connaissance une première et crée un inquiétant précédent. Si aujourd'hui, la seule présence de l'ours peut entraver le droit de chasse parce qu'il s'agit d'une espèce à fort enjeu de conservation, qu' adviendra-t-il, demain, des zones à aigles ou à loups ?
Les notions de dérangement et de perturbation sont-elles destinées à être de plus en plus utilisées par les anti chasse pour lutter contre notre activité ? Pour Gilles Duperron, expert Natura 2000 auprès des structures cynégétiques, cela ne fait aucun doute: «Plus il y aura d'ours, plus il y aura de loups, plus grand sera le risque de voir apparaître ou s'étendre des zones d'exclusion. Le risque de perdre des territoires de chasse est évident.» C'est particulièrement vrai dans les zones humides, où certains écologistes font des pieds et des mains pour démontrer le caractère « perturbant» de la chasse en période de nidification des oiseaux et même d'hivernage. Le problème se pose également avec acuité dans les secteurs où l'on chasse essentiellement en battue, une pratique considérée par les protectionnistes comme extrêmement dérangeante.
Dérangeante, admettons, mais pour qui ? Les antichasse travaillent en ce moment d'arrache-pied à mesurer les « distances de fuite» des grands animaux, afin d'établir qu'en zone chassée ces derniers sont plus farouches et plus difficiles à observer. La chasse dérange donc, en premier lieu, le tourisme de vision ou photographique. Est-ce grave? Les directives européennes Oiseaux et Habitats, dites aussi directives Nature, stipulent que la chasse est compatible avec les zones de protection du réseau Natura 2000, tant qu'elles n'ont pas d'impact significatif sur les espèces ou leurs habitats.
Réaction de La Buvette
Vous vous trompez lourdement sur les objectifs des protecteurs de l'ours que vous prenez faussement pour des "anti chasse". Il ne s'agit pas de "lutter contre votre activité" mais bien d'agir pour que plus aucun ours ne soient tués "accidentellement" ou suite à "un tir d'instinct" par les chasseurs lors de battues aux sangliers avec chiens courrant.
Est-ce que la protection des derniers spécimens de cette espèce symbolique des Pyrénées (le plus grand prédateur en France) ne mérite pas de faire des exceptions? N'est-il pas agréable de savoir que des ours vivent sur vos territoires de chasse?
Les chasseurs slovènes protègent et aiment leurs ours. Résultat, ils peuvent aussi les mettre à leur tableau de chasse. Ils tirent les ours depuis des miradors, pas en battues car ils savent combien les battues dérangent le plantigrade. Ils connaissent les ours et travaillent depuis des années au développement de la population d'ursidés. Que Saint-Hubert fasse qu'un jour des chasseurs français puissent "réguler" la population d'ours pyrénéens en excluant de leur plan de chasse les ours que la France exportera vers les pays qui auront besoin de faire des "réintroductions". Les chasseurs français sont-ils moins intelligents que les chasseurs slovènes?
Quel est le véritable impact de la chasse ?
Tout va donc se jouer, dans les années à venir, autour de cette dangereuse notion de perturbation et surtout de l'évaluation de ses effets. Pour Matthieu Boos, directeur du cabinet d'expertise Naturaconst@, «personne encore ne dispose des outils nécessaires à mesurer l'effet du dérangement, encore moins son impact sur la faune sauvage. On associe animal perturbé, comportement modifié, et animal affaibli, c'est un raccourci purement idéologique. Certaines études tendent à démontrer, au contraire, que les animaux stressés sont plus résistants aux maladies et à la prédation, voire plus productifs».
Le problème est qu'avec la notion de perturbation et son corollaire, le stress, les antichasse parviennent déjà à obtenir des décisions défavorables aux chasseurs qui vont faire jurisprudence. Pour Gilles Duperron «la notion de perturbation est une pure transcription juridique du sacro-saint principe de précaution, elle n'attendra donc pas d'avoir des fondements scientifiques pour s'appliquer. Qu'un juge estime qu'il y a le moindre risque au sujet d'une espèce protégée, il tranchera en faveur des écologistes».
Réaction de La Buvette
Quel est le véritable impact de la chasse sur l'ours ? Il suffit de relire la liste des derniers "accidents de chasse" pour les ours :
7 septembre 2008 : le chasseur Thierry Bergeaud tire "à l'instinct" et blesse l'ours Balou qui s'enfuit. L'affaire est classée sans suite. 1er novembre 2004 : René Marquèze, ex président de l'ACCA d'Urdos, intimidé par une charge de l'ourse Cannelle, la dernière ourse de souche pyrénéenne, tire et la tue dans le secteur du Rouglan (dans une réserve "Lalonde") entre Urdos et le fort du Portalet, en vallée d'Aspe. Il est "relaxé" en avril 2008. 2002 : L'ours Kouki ne donne plus signe de vie. On ignore ce qu'il est devenu. 29 septembre 1997 : un jeune chasseur, intimidé par une charge de l'ourse Mellba (elle est accompagnée de ses 2 oursons) abat celle-ci (voir l’article Artus " La mort de Mellba "). L'affaire est classée "sans suite". 1994 : André Apiou (13 ours à son tableau de chasse) tue l'ourse Claude, l'avant dernière femelle de souche pyrénéene à «La Cristallère», dans une réserve "Lalonde" abandonnée l'année précédente. Ce n’est qu’en février 1997 qu’une dénonciation anonyme arrive aux gendarmes et à l’Office de la chasse: «Il y a une dépouille d’ours à la Cristallère et on peut dire qui l’a fait». A la dépouille d’ours, il manque la tête et les pattes de devant, vendues. André Apiou : «J’ai cru que c’était un sanglier. Si j’avais su que c’était la bête, j’aurais pas tiré» 1982-1984 : "au moins deux femelles et un ourson tués en 1982 et 1984 en Béarn". Citation trouvée dans "Une mortalité anormale des ours en Béarn" L'été 1993, un article parait dans Ours et nature n°2. Il s'agit d'un extrait d'une communication présentée à la IXème conférence internationale sur la connaissance et la gestion des ours (Grenoble 1992) intitulée "Eléments d'analyse démographique", par André Etchelecou, professeur à l'université de Pau et vice président du conseil scientifique du PNP. En janvier, au cours d’une battue au sanglier, une ours et un ourson sont abattus et consommés par des chasseurs à Laruns, en vallée d’Ossau. Je ne sais pas exactement quand et où a été tuée la deuxième femelle. L'impact de la chasse sur la population d'ours dans les Pyrénées est colossal. C'est la causse principale de mortalité d'une espèce protégée en danger. Quelles ont été les suites pour les responsables?
Protection complète, précaution absolue
En tant que scientifique, Jean Claude Ricci, directeur de l'lMPCF, s'étonne : «En matière de santé humaine on statue sur des risques statistiques, alors qu'en matière de gestion de la faune sauvage, on applique d'office le risque zéro à l'échelon individuel. Un doute subsiste, par exemple, quant à la nocivité des téléphones portables, mais leur usage n'est pas interdit. A contrario, le principe de protection complète énoncé par la Cour européenne de justice en 1994 fait que l'on doit cesser de chasser dès que le premier oiseau migre ou qu'existe le moindre risque de confusion. J'en déduis que le principe de précaution est mieux appliqué dans le domaine de la protection animale que dans celui de la santé humaine! » Avec le principe de protection complète, la Cour européenne de justice est en effet allée bien au-delà des recommandations initiales de la directive Oiseaux. Notre confrère Paul-Henry Hansen-Catta, rédacteur en chef de Plaisirs de la chasse toujours aussi vif dans ses propos, est assez clair sur ses craintes: « Ce que j'admire, chez les écolos, c'est leur capacité à produire du droit avec du fait. La notion de perturbation, par exemple, n'a aucun fondement scientifique, mais elle commence déjà à produire de la jurisprudence devant certains tribunaux bien conciliants.»
C'est donc sur le terrain juridique que les choses vont se gagner ou se perdre. Pour Gilles Duperron, «c'est à nous de faire la preuve qu'on ne perturbe pas, puisque c'est nous qui voulons chasser. Hier, le monde de la chasse n'a pas anticipé l'émergence de ces notions de dérangement et aujourd'hui, on se retrouve en culottes courtes. Il faut arrêter d'attendre, s'atteler à mesurer d'urgence l'impact de la chasse pour desserrer l'étau. Si on n'agit pas maintenant, on est morts».
Julien Domingo
Le chasseur français - novembre 2008
Gilles Duperron, spécialiste du droit de l'environnement et expert du dossier Natura 2000, a rédigé un classeur à destination des fédérations de chasseurs sur le contexte juridique et réglementaire de Natura 2000, ainsi qu'un guide européen -Natura 2000, une opportunité pour la chasse en Europe?- téléchargeable sur le site: http://www.facenatura2000.net/handbook/handbook_fr.pdf
Réaction de la Buvette
Je voudrais bien que Monsieur Jean-Claude Ricci m'explique en quoi l'Etat français "en matière de gestion de la faune sauvage, applique d'office le risque zéro". Si la politique de protection de l'ours pratiquée par la France depuis des années avait été efficace, on n'en serait pas là et aucune réintroduction n'aurait été et ne serait enccore nécessaire pour sauver la population d'ours dans les Pyrénées. Il ferait bien de lire le "Rapport historique et prospectif sur la protection de l'ours dans les Pyrénées" écrit par Stéphan Carbonnaux pour FERUS :"La protection de l’ours des Pyrénées fut un cinglant échec."
Les "écolos" protecteurs de l'ours auraient-ils besoin maintenant d'user de l'arme judiciaire si l'Etat avait fait son travail de protection de l'ours? La chasse en battue serait-elle menacée par des arrêtés préfectoraux si les chasseurs français, à l'instar de leurs confrères slovènes, auraient décidé de faire de l'ours une espèce chassable et de l'ours en surnombre un "gibier" ? Est-il trop tard pour s'y mettre, tous ensemble, écolos et chasseurs ?
Quant au principe de précaution qui serait mieux appliqué dans le domaine de la protection animale que dans celui de la santé humaine, mon oeil. Il n'est appliqué ni pour l'un, ni pour l'autre. La faute à qui? Aux agriculteurs et aux industriels qui comme Jean Lassalle mettent l'homme, l'économie, les intérêts particuliers bien avant l'intérêt collecti, la durabilité du développement et la sauvegarde de la planète que nous allons céder à nos enfants et à leurs enfants.
Je vais me permettre de réécrire la dernière phrase de Gilles Duperron : "C'est aux chasseurs de faire la preuve que la chasse en battue ne perturbe pas l'ours et sa survie puisque c'est eux qui veulent chasser. Aujourd'hui, le monde de la chasse refuse de reconnaître le dérangement provoqué par ce mode de chasse, malgré la macabre liste "d'accidents de chasse" et se retrouve "en culottes courtes." Il faut arrêter d'attendre, s'atteler à mesurer d'urgence l'impact de la chasse pour desserrer l'étau sur l'ours comme sur les autres espèces. Si on n'agit pas maintenant, l'ours est mort."
La légende de saint Hubert et du cerf miraculeux
«Tu ne forceras plus les animaux dans les forêts, tu renonceras à la chasse, et tu te consacreras au salut de ton âme.»
Un vendredi saint, lors d'une chasse à courre au cerf, au moment où les chiens mettent l'animal «hallali», ce dernier cesse de fuir, fait face au veneur et à la meute. Une croix lumineuse avec le corps du Christ apparaît entre les bois du cerf. Une voix s'élève au milieu des hêtres et des chênes, et interdit au veneur de poursuivre les animaux dans les forêts. Elle ordonne à Hubert de renoncer à la chasse et de consacrer tout son temps au salut de son âme. Hubert descend de cheval, se jette à genoux devant le cerf miraculeux et renonce à la chasse.
Né en 656 d'une famille noble d'Aquitaine, Hubert mourut en 728 ou 730. Son corps fut transféré bien longtemps après, en 817, à l'abbaye d'Aindain, qui prit le nom d'abbaye Saint-Hubert. Ce sont les bénédictins de l'ordre de Saint-Benoît qui devinrent les responsables spirituels et charitables de l'abbaye. Autrefois, Hubert était invoqué contre la rage et surtout contre la peste, qui sévissait énormément. Le pèlerinage annuel revêtait une extrême importance au Moyen Âge; les gens venaient prier auprès des reliques du saint. Désormais, Hubert est fêté comme le patron des chasseurs. Tous les ans, le 3 novembre, les chasseurs, et surtout les veneurs, invoquent le saint, afin que la saison soit propice à l'art de la chasse.
La légende du cerf miraculeux ne fut popularisée que vers le XIII' siècle. Pourtant, à partir du VIII' siècle, la réputation de saint Hubert attirait déjà les foules de pèlerins vers l'abbaye. Cette légende fut-elle imaginée par l'Église? Rien ne le prouve. Cinq siècles séparent ces deux périodes, et il faut attendre encore deux siècles pour que les chasseurs reconnaissent Hubert comme leur saint patron.
Paradoxe intéressant, car Hubert s'humilia devant le cerf et se consacra au salut de son âme.
Source : Le chien de Saint-Hubert - Jean-Pierre Boitard (Artémis Editions).
Je ne demande pas que les chasseurs s'humilient devant l'ours, simplement qu'ils le respectent et le protègent comme un gibier futur peut-être. On peut rêver...
En Saint-Hubert
Baudouin de Menten
Photo : Chien de Saint-Hubert jouant à faire la chauve-souris © Baudouin de Menten
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