Le Bar-sur-Loup : Isabelle, gardienne de la biodiversité des poules
Ça caquette, ça glousse, dans la basse-cour d'Isabelle Rochette ! Il y a 7 ans, cette jeune passionnée change son appartement contre une petite maison avec jardin. De retour à la nature, elle peut alors concrétiser son rêve en créant son élevage de poules d'ornement.
Elle monte petit à petit son poulailler en bois qui s'intègre parfaitement dans le paysage. A l'intérieur, des «sabelpoot mille fleurs», des «wiandotte», des «brahma», des «phoenix », et des «pailletée de Hambourg».
Entre le coût des produits d'entretien et les heures que passe la jeune femme à nettoyer, soigner et accompagner ses volatiles, sa passion n'a pas de limite. Elle connaît ses poules par coeur. Isabelle explique qu'au-delà de sa passion, elle contribue à la conservation des anciennes souches de poules françaises et au maintien de la biodiversité.
Certaines races domestiquées ont perdu l'instinct de la maternité ; quoiqu'excellentes pondeuses, elles ne couvent désormais plus. Des phénomènes similaires ont été également observés chez certains insectes comme les abeilles...
La biodiversité ne concerne pas seulement les espèces comme l'ours ou le loup mais, aussi les animaux d'élevage.
Isabelle Rochette soutient d'ailleurs activement la SACA (Sté d'Aviculture de la Côte d'Azur) dont elle est vice-présidente.
C.R. dans Nice-Matin
A la buvette, on n'a rien contre les poules, aucune race de poules. Libre à qui veut d'élever toutes les poules que bon lui semble.
Wikipédia présente une liste (non exhaustive) des races de poules qui recense essentiellement les races rencontrées en Europe occidentale, quelques races asiatiques et américaines. Il y en a un beau paquet...
Pourquoi ne retrouve t'on pas toutes ces espèces de poules, de vaches, de cochons dans les livres de biologie sur la faune? Jusque maintenant, les espèces sauvages ont bien été séparées des espèces domestiques et tout le monde a trouvé cela normal. Personne n'en a pris ombrage. Mais les temps changent, la petite phrase "La biodiversité ne concerne pas seulement les espèces comme l'ours ou le loup mais, aussi les animaux d'élevage." est révélatrice. Elle n’est pas destinée à défendre les espèces domestiques – si elles sont bien gérées, elles ne sont pas menacées – mais à nuire aux animaux sauvages qui gênent les éleveurs : les prédateurs.
Pour les opposants aux prédateurs (ours, loup, lynx) et depuis les «travaux visionnaires» de Bruno Besche-Commenge (de l’ASPAP), il est devenu habituel d'opposer une «bonne» biodiversité domestique, dite «biodiversité à visage humain» à une «mauvaise» biodiversité composée d'espèces dites «nuisibles» par certains. Ces espèces sont gênantes pour l'élevage et seraient responsable de «l’ensauvagement» des territoires (de montagnes principalement). Aux «mauvaises herbes», voici qu'on rajoute des «mauvaises bêtes» qu'on voudrait éliminer sans complexe et cela, sans nuire à la biodiversité en général. Mieux encore, supprimer ces espèces de bêtes sauvages comme les grands prédateurs serait bénéfique à la biodiversité en général ! Quel scientifique va croire en cela ?
Un lecteur de Nice matin m'apprend que «les poussins nés dans une couveuse électrique ne savent plus couver quand il sont devenus des poules adultes.» Sa grand-mère le savait déjà. Elle refusait l'ampoule miracle pour tenir chaud ! Les éleveurs de poules ont-ils pris de mauvaises habitudes ? Pourquoi C.R. parle t-il des prédateurs dans cet article sur les poules de Grasse ?
Les prédateurs nuisent-ils à la variété des espèces domestiques ? Préfèrent-ils une variété à une autre ? En quoi est-ce que les prédateurs empêchent les éleveurs de sélectionner les meilleurs éléments et de les faire se reproduire ?
Scinder la biodiversité en deux est un «phénomène nouveau» issu du millieu agricole, nullement scientifique qu'aucun biologiste ne pourra cautionner.
Les races domestiques méritent le respect. Les processus de sélection peuvent se poursuivre, mais il est ridicule d'opposer animaux domestiques et animaux sauvages. La biodiversité est unique.
Je vous invite à lire l'article très à-propos de Farid Benhammou : "La concurrence des biodiversités, flou sémantique autour des prédateurs et du pastoralisme". «La rhétorique environnementale a pu être intégrée par des acteurs historiquement réticents à la conservation de la nature. Le concept de biodiversité, de par le flou qu'il recouvre, a donc pu faire l'objet d'une instrumentalisation politique. La question du pastoralisme et des grands prédateurs en France en apporte une illustration. »
Cet article de C.R. de Nice-Matin en est une autre illustration.
Longue vie aux poules et aux poulettes d'Isabelle Rochette à qui je souhaite succès, plaisir et/ou rentabilité pour son élevage de gallinacées.
«La biodiversité désigne la diversité du monde vivant. Le mot biodiversité est un néologisme composé à partir des mots biologie et diversité.» Que les éleveurs travaillent à l’amélioration et au développement des races qu’ils élèvent me semble bien naturel et ne me gêne en aucune manière. Mais les animaux «nuisibles» ou «sauvages» ou «prédateurs» n’ont rien à voir avec les races de poules, de brebis, de vaches ou de n'importe quel animal d'élevage domestique sélectionné par l'homme. Laissons les éleveurs élever leurs animaux d'élevage et laissons le droit d’exister aux animaux sauvages. S’ils sont menacés de disparition, protégeons les, comme les éleveurs veillent aux races qu’ils élèvent.
Réaction de Marc LAFFONT : "La biodiversité est une et indivisible"
Marc LAFFONT : Préserver la biodiversité domestique, c'est très bien, et je l'encourage, mais protéger la seule biodiversité domestique ne préserve pas la sauvage, au moins autant digne d'intérêt. Bon nombre d'ancêtres sauvages ont disparu, pour de bon. Et ce n'est pas le croisement entre races, mêmes rustiques, qui permettra de recréer l'original éteint.
Si l'auroch sauvage possédait dans son ADN la diversité génétique pour aboutir aux races charolaises, montbéliardes et tant d'autres, je doute que le contraire soit vrai.
Et si l'auroch "recréé" au 20° siècle possède certainement un phénotype proche de celui de son ancêtre, on est malheureusement assez loin d'avoir ressuscité Bos primigenius du point de vue génotype. François Moutou l'explique mieux que moi.
Le rédacteur de l'article s'est-il posé la question de savoir si l'ancêtre sauvage de ces poules, le coq Bankiva, disposait encore dans la nature de populations en bon état de conservation ? Car cet animal possède dans son génome tout ce qu'il a fallu depuis des millénaires pour créer la totalité des races domestiques, avec patience et sélection. Le contraire ne marche pour l'instant que dans les films de science-fiction. Il est par ailleurs illusoire de penser que, moins protéger la biodiversité sauvage, permettrait de mieux préserver les races menacées.
Si 85 % des bovins français appartiennent à seulement 6 races (Prim Holstein, Charolaise, Limousine, Montbéliarde, Blonde d'Aquitaine, Normande) [voir ce document sur les Effectifs Bovins 2006 ], dont + de 50 % avec les seules 2 premières, ce n'est pas à cause de l'excès de protection de l'aigle de Bonelli ou de l'esturgeon ! Même chose avec les variétés de pomme et nombre d'autres exemples.
Cette pauvreté est le résultat de 50 ans d'une agriculture productiviste, qui a continuellement fait bien peu de cas de la biodiversité, qu'elle soit sauvage ou domestique. Et qui, aujourd'hui, a le toupet de se présenter comme le fer de lance de la protection de la biodiversité en choisissant, bien sûr, de la segmenter en...
- une biodiversité "bonne", à protéger, la domestique plus ou moins subventionnée.
- une biodiversité "mauvaise", la sauvage, à éliminer, ou tout du moins, peu digne d'intérêt.
Il n'y a qu'à voir avec quels noms d'oiseaux ont été accueillis les Contrats d'Agriculture Durables (CAD), lorsqu'ils ont succédé aux Contrats Territoriaux d'Exploitation (CTE) vers 2003.
Ces contrats prévoyaient justement plusieurs dispositifs concernant les races menacées. Mais ce genre de mesures, ça n'intéresse que modérément le syndicalisme majoritaire. Il préfère voir arriver en montagne des races productives, mais fragiles et à particulièrement surveiller, qui se traduit par un accroissement des accidents de vêlage. Cela permet d'incriminer le vautour, bon exemple de "mauvaise biodiversité" !
Les agriculteurs se sont d'ailleurs bon gré mal gré accommodés de cette perte de biodiversité domestique, en reconduisant indéfiniment les mêmes personnes pour gérer leur propre déclin.
A l'instar de la République en France, la biodiversité est une et indivisible. Tient ça ferait un bon slogan, ça...
