Suivi de la population de castors en Belgique en 2008

Interview d'Olivier Rubbers

L'hiver : le moment pour observer les traces de castors

La Buvette : Les périodes hivernales de grand froid sont idéales pour observer la présence des castors sur les ruisseaux et les rivières belges, pourquoi ?
Olivier Rubbers : Effectivement, l’hiver est le bon moment pour visiter les habitats «castors» et pour surveiller l’extension de sa répartition. En hiver, la végétation est au repos et les bords de rivières sont accessibles. Les indices laissés par le castor sur les arbres sont bien visibles. Les copeaux et les troncs rongés sont blancs ou jaunes, et contrastent bien avec le fond sombre des bois et de la terre.

Un gros tronc d'arbre rongé par des castors 

© Photo BdM : Tronc d'arbre rongé par des castors. Le blanc du tronc est visible de loin.

Les indices (sentes de passages, coupes, copeaux) sont tellement caractéristiques qu’il est pour ainsi dire impossible de les confondre avec celles d’autres animaux qui s’en prennent eux aussi aux arbres, comme les cervidés ou les campagnols (qui peuvent tous deux en ronger l’écorce).

La Buvette : Les castors coupent-ils du bois durant les quatre saisons ?
Olivier Rubbers : Non, le castor ne ronge pas des arbres en permanence. Lorsqu’il s’installe sur un territoire, il peut consommer de grandes quantités d’arbres pour se procurer les matériaux destinés à la construction de ses barrages. Mais par la suite, il s’attaque aux arbres seulement pour se procurer l’écorce dont il se nourrit.

Au printemps et en été, les attaques du castor contre les arbres sont peu fréquentes car l’animal se nourrit principalement de plantes herbacées. Dès l’automne, le castor fait des provisions de rameaux pour l’hiver : pour récolter suffisamment de rameaux et de branches, il peut alors couper des arbres.

Un arbre coupé par des castors, coupe en pointe de crayon 

© Photo BdM : Un tronc coupé par des castors. Chaque partie prend la forme d'une pointe de crayon.

Les coupes s’intensifient par temps de gel comme actuellement. Les castors craignent la fermeture complète des plans d’eau et de ne plus pouvoir accéder aux arbres si la couche de glace est trop épaisse. Alors, ils coupent des arbres à proximité immédiate des rivières, tronçonnent les branches latérales le long du tronc à des dimensions réduites. Ensuite, ils emportent les branches sous la glace pour se constituer des réserves d’écorces disponibles dans de l’eau libre.

La buvette : A quoi ressemblent les coupes de castors ?
Olivier Rubbers : Souvent, le castor se tient en position debout pour attaquer un arbre, à quelque 40 à 50 cm du sol. Les arbres les plus gros sont attaqués tout autour du tronc et finissent par tomber, laissant une souche dont le sommet a la forme caractéristique d’un bout de crayon taillé. Les traces des incisives supérieures de l’animal, larges d’environ 8 mm, se distinguent nettement sur la section de coupe.

Lorsque la coupe est fraîche, le bois coupé et les copeaux, très clairs, s’aperçoivent souvent d’assez loin. C’est pratique pour l’observation.

Sur de petits troncs, le castor laisse une trace de coupe en biseau 

© Photo BdM : Sur de petits troncs, le castor laisse une trace de coupe en biseau

Les arbustes moins volumineux ne sont attaqués que d’un seul côté, les souches présentant l’aspect d’une demi-pointe de crayon d’un côté tandis que de l’autre côté, on peut voir les fibres fracturées lors de la chute. Les petites branches et les rameaux sont coupés d’un seul coup de dents : la section est donc nette et lisse.

La buvette : les réserves alimentaires des castors sont-elles toujours stockées sous l’eau ?
Non, quand il ne gèle pas, il peut aussi débiter de petits troncs en rondins d’environ un mètre de longueur, qu’il entasse sur un «garde-manger» extérieur. Il se nourrit d’abord de l’écorce puis utilise les rondins écorcés pour renforcer ou réparer ses barrages.

L'écorce de cette branche a été mangée par un castor 

© Photo BdM : écorce rongée par des castors.

Les petites branches et les rameaux dont l’écorce a été consommée par le castor ont un aspect très caractéristique : on peut facilement distinguer les traces des dents de l’animal sur toute la longueur. La présence de ces bâtons blancs flottant accrochés sur les rives est caractéristiques des sites fréquentés par les castors, en tenant compte qu’ils peuvent dériver aussi. Il suffit donc de remonter la rivière en ouvrant l’œil à la recherche de terriers, de terriers-huttes ou de huttes en île.

La buvette : les castors s’éloignent-ils de la rivière ?
Olivier Rubbers : Non, l’eau est leur refuge. Sur certains sites, le castor creuse de véritables canaux d’une profondeur suffisante pour pouvoir les emprunter en nageant et desquels il a dégagé tous les obstacles. Ces canaux lui servent entre autres à transporter facilement les rondins débités des arbres qu’il a abattus vers les barrages ou vers son garde-manger.

sentier de castor pour le retour à l'eau le long de l'Ourthe à Mery

© Photo BdM : sentier de retour à l'eau le long de l'Ourthe à Mery.

Ces canaux, bien souvent perpendiculaires à la rivière lui permettent d’agrandir son champ d’action et de garder une porte de sortie vers la rivière quand il travaille sur la terre ferme.

Rarement, quand les subadultes sont repoussés par les parents pour aller conquérir de nouveaux territoires et qu’ils ne peuvent s’installer plus loin sur le même cours d’eau parce que la place est déjà prise, il leur arrive de passer une crête pour éviter les luttes territoriales. Ils redescendent alors dans une autre vallée.

Evolution de la population de castors en 2008 en Belgique

Comment a évolué la population de castors en Belgique en 2008 ?
Olivier Rubbers : La population de castors se développe dans la presque totalité des bassins du Sud du sillon Sambre-et-Meuse: la Semois, le Viroin, l'Hermeton, la Lesse et la Lomme, l'Ourthe, l'Our, la Berwinne et  la Meuse elle-même. La population de castors se développe aussi dans le bassin de l'Escaut, dans la Dyle. Dans toute cette zone d'expansion, les nouveaux sites sont nombreux.

Les castors en Belgique ont-ils, comme les belges une brique dans le ventre ?
Olivier Rubbers : Le castor réalise des constructions spectaculaires (barrages, canaux, etc.) essentiellement sur les plus petits cours d'eau. Le bâti castor connaît un boom immobilier principalement sur les affluents de l'Ourthe et de la Semois.

Barrage de castors par temps de neige sur un ruisseau gelé 

© Photo BdM : ce barrage de 3m de large provoque une retenue d'eau de plus de 150m de long. Remarquez en haut à droite du barrage, le trou dans la glace qui prouve la surveillance du barrage par le castor. Cette sortie gele par grand froid si elle n'est pas utilisée régulièrement.

  • Plus haut barrage de castors : 3 m
  • Plus long barrage de castors : 180 m
  • Plus long canal de castors : 150 m
  • Plus grande surface mise sous eau par une famille de castors : 6 hectares
  • Surface totale mise sous eau par les castors en Belgique : 150 hectares

En  l’absence de hutte de castor en France, les spécialistes ont longtemps cru que le castor européen ne construisait pas de hutte. Qu’en est-il en Belgique ?
Olivier Rubbers : Si la berge est haute et en terre, le castor creuse généralement un terrier. Pourquoi en effet se fatiguer à construire une hutte alors qu'il lui suffit de creuser dans un volume existant et tendre? Si la berge est basse, le volume de cette dernière n'est pas suffisant pour creuser un terrier et il construit une hutte. Dans les deux cas, l'entrée de la hutte se trouve sous le niveau de l'eau, ce qui permet des entrées/sorties discrètes.

Hutte de castor en hiver

© Photo BdM : Une hutte de berge. Au premier plan, une rampe pour accéder au sommet et au bas de cette rampe, un trou dans la glace. La hutte est habitée. Ruisseau se jetant dans l'Ourthe, près de Tilff (Province de Liège).

Pour la première fois, un cas de destruction d’une hutte a été observé en 2008. Quelqu’un qui ne connait pas le mode de vie du castor y a bouté le feu. Une plainte a été déposée, mais elle a été classée sans suite par manque de preuve.

A combien estime-t-on la population de castor en Belgique ?
Olivier Rubbers : Il doit y avoir entre 600 et 800 castors en Belgique. C’est difficile à estimer, ils sont discrets et il est parfois difficile d’estimer le nombre de castors par famille. Nous n’avons pas observé de mortalité cette année, ni aucun dégât significatif d’ailleurs.

Quel est l’Etat des recherches sur le castor en Belgique. Le castor est-il suivi et recensé ?
Olivier Rubbers : Un Réseau Castor de plus en plus large et de plus en plus professionnel assure un suivi permanent des populations de castors. Les cours d'eau sont suivis systématiquement et les sites de castors sont  recensés dans le but d'assurer leur protection. Des contacts sont pris avec les propriétaires, le réseau apporte une information à ceux qui découvre surpris, qu’ils sont des castors dans leur jardin. Le réseau castor gère les conflits potentiels et s’occupe également du développement de l’écotourisme castor qui est en forte progression.

Vous avez été condamné par la Cour d’Appel de Mons à une amende de 2500€ pour «transports de castors»...
Olivier Rubbers : Le raisonnement de la Justice relève de la débilité. Je devrai plaider la folie, mais pas la mienne. Voici le mécanisme tordu par lequel certains s'évertuent de me condamner pour des faits qui ne sont pas condamnables. Le procès tourne autour de la réintroduction d'une espèce indigène. A l'époque, la réintroduction d'espèces indigènes n'était pas réglementée par la loi, donc réintroduire des castors n’était pas interdit.


Comment procède alors la justice pour me condamner, puisque le but est de me condamner pour la réintroduction du castor ?

  1. Le prévenu a réintroduit des castors, donc il les a transportés.
  2. Le castor est une espèce protégée. Il est interdit d’en transporter. 
  3. Les dommages réclamés ne se seraient pas produits sans réintroduction. 
  4. Pas de réintroductions sans transports.
  5. Le prévenu a transporté les castors… donc il doit payer les dommages. CQFD.

La justice me condamne pour les dommages causés par la réintroduction qui a été effectuée en toute légalité. Pervers, non ? Le procès suit son cours …

Interview La Buvette des Alpages.

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