Communiqué de presse Parlement européen - 03/02/2009
La protection des zones de nature vierge doit être une priorité de la Commission dans sa stratégie en faveur du changement climatique, d'après un rapport d'initiative. Les députés soulignent en outre l'importance de renforcer le réseau Natura 2000, relevant la nécessité de mener des politiques plus cohérentes entre différents secteurs, comme l'agriculture et l'énergie, dans le but de ne pas compromettre les objectifs de conservation de Natura 2000.
Le rapport d'initiative de Gyula Hegyi (PSE, HU), adopté par 538 voix pour, 19 contre et 12 abstentions, invite la Commission à définir les zones de nature vierge. Cette définition devrait tenir compte des différents aspects que sont les services écosystémiques, la valeur de conservation, le changement climatique et l'utilisation durable. La Commission devrait réaliser une étude sur la valeur et les avantages de la protection des zones de nature vierge, portant en particulier sur les conséquences socio-économiques du déclin du niveau de biodiversité.
Evaluation de l'impact du changement climatique sur les zones de nature vierge
La Commission est également invitée à contrôler et à évaluer les répercussions du changement climatique sur les zones de nature vierge, et à faire de la conservation des zones de nature vierge une priorité de sa stratégie de lutte contre le changement climatique.
Stratégie en faveur des zones de nature vierge : besoin de financements
Le rapport invite la Commission à dresser la carte des dernières zones de nature vierge en Europe, et de détecter les dangers immédiats pour les zones concernées. Aux fins de développer une stratégie européenne en faveur des zones de nature vierge, en complément d'autres instruments existants, il est nécessaire de prévoir un financement spécial pour réduire la fragmentation, gérer soigneusement les zones revenant à l'état naturel, concevoir des mécanismes de compensation et des programmes, sensibiliser l'opinion. Parmi les objectifs figure aussi l'idée que la protection de la biodiversité peut être compatible avec la croissance économique et l'emploi.
Cette stratégie devrait être menée avec les organisations non gouvernementales locales, les acteurs concernés et la population locale, ainsi qu'en lien avec l'initiative de Wild Europe, partenariat entre plusieurs organisations de protection de la nature (IUCN, IUCN-WCPA, WWF, Birdlife International et parcs PAN, entre autres), ayant particulièrement à cœur la défense des zones vierges ou quasi vierges.
Natura 2000 et le Fonds européen agricole pour le développement rural
Les députés appellent au renforcement du Réseau Natura 2000 pour en faire un réseau écologique cohérent et efficace dans lequel les zones de nature vierge occupent une place centrale. La protection, la gestion, l'utilisation durable, le contrôle et le financement des zones de nature sauvage dans le contexte du Réseau Natura 2000 devraient tenir compte des défis imminents comme le changement climatique, l'exploitation forestière illégale et l'augmentation de la demande de matières premières.
Ils soulignent en outre que des stratégies cohérentes, en particulier dans la politique agricole commune, les transports, l'énergie et le budget, sont nécessaires pour ne pas compromettre les objectifs de conservation de Natura 2000.
Concernant l'intégration de la protection environnementale dans le secteur agricole de l'Union européenne, les députés estiment que le Fonds européen agricole pour le développement rural est insuffisant pour financer la protection de la biodiversité et des zones de nature vierge.
Les zones de nature vierges limitées à un tourisme durable de haut niveau
Les députés insistent sur l'importance de veiller à ce que le tourisme dans de telles zones, soit géré "avec le plus grand soin". Il convient d'après eux d'envisager des modèles dans lesquels les zones de nature vierge sont pour l'essentiel interdites d'accès, une partie limitée étant toutefois ouverte à "un tourisme durable de haut niveau, axé sur la découverte de l'espace sauvage, qui serait une source d'avantages économiques pour les communautés locales".
Les zones de nature vierge en Europe et le réseau Natura 2000
Aujourd'hui, quelque 46% de l'ensemble des terres du monde sont dans cet état naturel. Les forêts recouvrent aujourd'hui 33% de la surface des pays de l'Espace économique européen (EEE), soit 185 millions d'hectares. Seuls quelques 9 millions d'hectares de forêts (5% de la superficie forestière totale) sont considérés comme "vierges".
Le réseau européen Natura 2000 s'étend déjà aux espaces naturels de l'Union européenne les plus précieux, notamment en termes de biodiversité, une partie importante de l'espace naturel étant ainsi au moins préservée dans ce cadre. "Il nous incombe de continuer dans ce sens", précise le rapporteur. Dans l'Union européenne des 27, les sites Natura 2000 et les sites visés par les directives concernant les oiseaux et les habitats représentent 13% des zones forestières.
Réaction de FNE
Pour François Lefèvre, responsable du réseau forêt de FNE «l’étape franchie est significative : les institutionnels reconnaissent enfin le rôle essentiel de ces espaces pour contribuer à la lutte contre le changement climatique tout en enrayant les pertes de biodiversité».
France Nature Environnement précise que «Dans l’espace économique européen, les forêts couvrent 185 millions d’ha. Or seuls 9 millions d’ha sont considérés comme vierges, soit 5% de la surface forestière totale. Dans le monde, les espaces à l’état naturel représentent 46% des terres. En France, les espaces forestiers libres de toute activité humaine représentent moins de 0.5% de notre forêt. S’il est nécessaire de récolter globalement plus de bois, c’est, au regard de nos besoins, vers un équilibre entre production de bois et protection de la biodiversité et du climat qu’il faut tendre. Entre autres, renforcer le réseau d’espaces protégés ayant un fort degré de naturalité est, dans ce contexte, une urgence pour l’ensemble des membres de l’Union européenne».
Source : Parlement européen
Des zones essentielles pour la nature
Lire également le rapport du 5 décembre 2008 sur les zones de nature vierge en Europe où l'on trouve l'exposé des motifs :
"Par zone de nature vierge, on entend un environnement naturel qui n'a pas été sensiblement modifié par l'activité humaine. De telles zones sont essentielles pour la nature, en ce qu'elles sont des lieux où les processus naturels et la vie sauvage abondent. Il s'agit de vastes étendues terrestres ou marines qui – avec leurs populations végétales et animales autochtones et les écosystèmes dont elles font partie – sont dans un état naturel et il convient d'y éviter toute interférence humaine majeure. Aujourd'hui encore, quelque 46% de l'ensemble des terres du monde sont dans cet état naturel.
L'espace naturel est perçu de deux façons. D'une part, on y voit un lieu à craindre et à éviter, peuplé de monstres et grouillant de dangers inconnus. D'autre part, c'est un lieu qu'il faut aimer et contempler, qui nous protège, pour un moment, du stress de la civilisation urbaine et industrielle. Les avantages et désavantages de notre culte de la nature sauvage suscitent des débats animés. (...)
La protection de la nature, chose indispensable, doit se faire dans le respect de l'activité humaine. Le territoire de l'Europe est trop petit pour qu'y existent des zones interdites aux citoyens. Les forêts recouvrent aujourd'hui 33% de la surface des pays de l'EEE, soit 185 millions d'hectares. Seuls quelque 9 millions d'hectares de forêts (5% de la superficie forestière totale) sont considérés comme "vierges".
Ces zones, avec leurs populations végétales et animales autochtones et les écosystèmes dont elles font partie, se trouvent dans un état essentiellement naturel et mériteraient d'être spécialement protégées. Nombre de raisons plaident pour que l'Europe attache une plus grande attention aux espaces naturels. Notamment parce qu'ils abritent de nombreuses espèces et réserves génétiques, dont la survie est menacée par toute modification, même mineure, de leur environnement, en particulier les grands mammifères, comme l'ours brun, le loup et le lynx.
De nombreuses espèces doivent encore être découvertes et décrites, la plupart vivant dans le sol ou dans le bois en décomposition et étant extrêmement sensibles à tout changement. Ces zones intactes sont des lieux idéaux pour étudier les modifications naturelles, autrement dit l'évolution. Le fait que ces zones sont régies par les lois de la nature leur confère un intérêt tout particulier, dont il est possible de tirer parti, au point de vue économique, en concevant de nouveaux produits touristiques.
Parallèlement, ces zones sont extrêmement vulnérables aux effets produit par la modification de l'environnement par l'activité humaine, en dehors de leurs limites, comme le changement climatique, l'introduction d'espèces allogènes envahissantes et les travaux fluviaux en amont.
Enfin, de nombreuses raisons purement éthiques plaident également en faveur de la conservation des espaces naturels en Europe. Nous avons le devoir moral de permettre aux générations futures de jouir et de profiter des zones européennes réellement sauvages. Le développement d'un tourisme durable conférera une valeur économique à l'espace naturel et persuadera le public de la nécessité de sa conservation.
Le tourisme durable est une composante essentielle de l'utilisation de l'espace naturel en Europe, en ce qu'il encourage le citoyen à découvrir les valeurs cachées de la nature sans lui nuire et qu'il contribue à promouvoir la politique de conservation, le citoyen comprenant la nécessité de la protection de par son expérience personnelle. Ce tourisme permet de sauvegarder, dans des conditions économiques, l'espace naturel et offre des possibilités d'emploi aux spécialistes de la conservation. (...)"