Suivi de l'espèce ours brun dans les Pyrénées françaises - Rapport annuel 2007
Les indices indirects ours non marqués
En 2007, sur l’ensemble des Pyrénées françaises, le Réseau Ours Brun a enregistré 435 indices de présence fiables, dont 63 attaques sur bétail domestique (troupeaux, ruches). Hors mis les prédations, un plus grand nombre d’indice d’ours est relevé dans les Pyrénées Occidentales françaises (319) pour 116 en Pyrénées centro-orientales françaises.
Sur le versant Sud, le nombre d’indices est moindre mais ne peut être interprété comme une moindre présence de l’espèce compte tenu de la probable disparité dans la pression d’observation entre les 2 versants de la chaîne.
Sur les indices de présence relatifs aux ours non marqués, versant français, les indices les plus fréquents sont d’abord les pistes (35 %), puis les poils (15 %) spontanés, sur un arbre, une carcasse ou une couche, tanière, enfin les dégâts (14 %), les crottes (6 %), et les observations visuelles (6 %).
Suivi saisonnier d’itinéraires – Stations de suivi
Dans les Pyrénées Occidentales, 16 itinéraires uniformément répartis sur la zone de présence ont été parcourus mensuellement par les membres du RO.
Dans les Pyrénées centro-orientales, au cours des itinéraires prospectés, nous avons découvert 3 indices d’ours certains : une piste en mai sur Melles (31), une crotte qui n’a pas donné de résultat par la génétique sur Bagnères de Luchon (31) et des poils début juillet sur Coulédoux (31). Dans la partie orientale , les stations de suivi installées depuis 2004, ont été suivies, en vain.
Suivi photographique
Dans les Pyrénées Occidentales, l’opération de photographie automatique a marqué une pose. Seulement 3 appareils ont été installés de façon temporaire dont un sur le site d’étude du passage de faune d’Urdos.
Dans les Pyrénées centrales, plusieurs appareils photographiques ont été disposés (Montauban de Luchon, Burgalays, Cierp Gaud, Melles, Lamech, Couflens, Aulus) principalement sur les secteurs fréquentés par Hvala, Sarousse et sur le Couserans. Au total, ce suivi représente 684 jours de piégeage photographique. Aucune photo d’ours n’a pu être obtenue. On déplore le vol d’un appareil photographique sur la zone du Couserans et de multiples dysfonctionnements au niveau du système de détection du radar ainsi que sur l’autonomie des batteries.
Observations visuelles
On note une plus grande fréquence des observations visuelles dans le noyau centro-oriental que dans le noyau occidental (21 % contre moins de 3%). Parmi les 38 observations visuelles validées dans les Pyrénées centro-orientales, 22 concernent le secteur de la Haute Ariège/Pyrénées Orientales/Andorre. Il y a eu 10 observations de l’ours Hvala, 2 de Balou, 1 de Sarousse et 1 de Francka. Huit observations visuelles ont été réalisées suite au suivi. Elles concernaient Hvala à 7 reprises et Sarousse 1 fois.
Données espagnoles
Le suivi d’ours réalisé sur le versant sud correspond à des itinéraires de prospections, des visites de stations de suivi et des vérifications de témoignage. De plus, un suivi télémétrique des ours équipés d’émetteurs a été effectué par les collègues catalans et aragonais.
Tailles des empreintes de pattes
La méthode recourt au calcul d’un indice de taille pour les empreintes des pattes avant (TA) et arrière (TP) en prenant en compte les mesures (longueur de paume, largeur de patte, interdigitale), faites sur le terrain ou à partir des dessins rapportés. Les paramètres externes (type de substrat, taille de l’échantillon) sont intégrés dans la formule sous forme de coefficients de qualité. Cette méthode cherche à caractériser la taille de chacun des individus par une valeur simple et ainsi permettre une identification rapide et fiable des classes de taille, voire des individus.
Noyau Occidental (France-espagne)
Sur les 162 pistes récoltées en 2007 dans la zone considérée (148 mesurées) seulement 11 ont pu être utilisées, soit parce qu’elles présentaient des valeurs pour les 3 mensurations, soit parce que le nombre d’empreintes mesurées sur chaque piste, même partiellement, s’est avéré suffisant. En 2007, nous avons donc pu identifier 3 classes de taille :
- Classe «grand », type Néré
- Classe «moyen », type Aspe ouest, Camille
- Classe «moyen», type Cannellito et Francka
Noyau Centro-oriental
Parmi les 55 pistes mesurées en 2007, seulement 8 ont pu être utilisées. En 2007, nous avons pu identifier 4 classes de taille :
- Classe « grand », type Pyros, Boutxy
- Classe « moyen-grand », type Balou
- Classe « petit-moyen », type Hvala, Sarousse
- Classe « petit », type oursons de Hvala
Typages génétiques
Sachant que le nombre d’échantillons envoyés au laboratoire d’analyse génétique est limité par le coût, la sélection se fait en fonction de leur fraîcheur, leur localisation ou une particularité remarquable. 61 échantillons de crottes ou de poils d’ours ont été envoyés pour génotypage au Laboratoire d’Ecologie Alpine, Université J Fourrier, Grenoble (LECA) avec en priorité ceux récoltés en Navarre, Couserans, Haute Ariège et ceux supposés appartenir aux oursons de Hvala. Parmi ces échantillons, 52 contenaient de l’ADN exploitable et 32 (52%) de qualité suffisante.
Pour le noyau occidental
Parmi les 28 échantillons envoyés, 22 se sont avérés positifs. Parmi ceux-ci, 14 ont permis d’identifier de façon fiable 3 ours, les autres les situent «proche» d’individus connus :
- Cannellito (1 typage) sur Estaing (65) lors d’un dégât et un « proche » sur Laruns (64),
- Aspe Ouest (4 typages) sur Hecho/Lescun, Isaba (Navarre), Cette-Eygun (64) et Etsaut (64).
- Néré (9 typages), sur Borce, Cette-Eygun, Laruns, Etsaut, Aydius et Urdos (64)
Pour le noyau centro-oriental
Parmi les 33 échantillons ayant été adressés pour typage génétique au LECA, 30 d’entre eux ont donné des résultats et 15 ont permis d’identifier 5 ours, dont :
- Hvala (3 typages) et ses deux oursons femelles, Pollen (3 typages) et Bambou (1 typage), sur Melles.
- Ziva (1 typage) également sur la commune de Melles (31), le premier typage depuis 2000.
- Boutxy (7 typages) sur les communes de Mérens les Vals, Siguer, Miglos, Goulier, Mijanès (09), Formiguères (66).
Mise en relation avec les manifestations simultanées
On utilise les datations d’indices déterminées avec une bonne fiabilité. Lorsqu’elles proviennent d’indices géographiquement éloignés, on tente d’estimer s’ils correspondent à des individus différents.
Noyau occidental
Dans les Pyrénées Occidentales, on recense 5 manifestations simultanées qui permettent d’identifier avec une bonne certitude au moins 3 individus (le 4 mai), dont Camille en Aragon.
Noyau centro-oriental
Dans les Pyrénées centro-orientales, nous constatons 7 cas de présence simultanées nous permettant de détecter 3 ours. Notons que ces présences simultanées proviennent d’ours non équipés.
- Les 3 et 4 mai, 2 prédations sur les communes de Naut Aran (Catalogne) et Miglos (09) distantes de plus de 56 km mettent en évidence la présence de deux ours.
- Le 8 mai une observation visuelle sur Ustou (09) et des empreintes trouvées sur Melles (31) avec 39 km d’écart entre les deux indices.
- Du 13 mai au 20 mai, deux indices sont observés à Alins (Catalogne) et Larcat (09).
- En Haute Ariège, une présence simultanée de 2 ours (34 km à vol d’oiseau) est constatée les 28 (Siguer, 09) et 29 mai 2007 (Mérial, 11)
- Les 10 et 11 juin, 3 ours sont détectés, un individu dans la vallée d’Aulus-les-Bains, un second en Haute Ariège et un troisième dans le Val d’Aran.
- Le 22 août, sur le mont Valier, 2 prédations distantes de 12,5 km identifient 2 ours.
- Entre le 30 septembre et le 4 octobre, un ours est observé sur Couflens, des empreintes sont vues sur la crête frontalière sur Benasque et une prédation a lieu en Haute Ariège, soit 3 ours.
Tendance démographique par le calcul de l’ Indice d’Abondance (Haut Béarn)
Cet indice (I.A), qui donne une idée de l’abondance relative des indices de présence, varie théoriquement avec le nombre d’individus présents. Son calcul reste à ce jour partiel puisqu’il est réalisé à partir des indices collectés sur des itinéraires du versant français des Pyrénées Occidentales, uniquement (Aspe, Ossau). Cette technique est appelée à s’étendre dans les zones les plus fréquentées par l’ours dans la partie centro-orientale.
Nous avons parcouru, à cette occasion, 483 km et recueilli 20 pistes d’ours. L’I.A calculé (tronçons de 1,6 km) est de 0,066 sur l’ensemble de la zone et de 0,087 sur les itinéraires représentatifs. Il montre une légère augmentation par rapport à 2006 mais se situe dans la moyenne observée depuis 10 ans. L’analyse de la tendance évolutive de cet indice entre 1997 et 2007, montre une diminution; toutefois, la réalité de cette dernière reste difficile à corréler avec un probable déclin de la population ursine. En effet , il est possible que les dérangements occasionnés par la fréquentation humaine aient contraint ces derniers à modifier leurs axes de déplacement, à moins que cela n’ait contribué à les effacer plus rapidement. On remarque également une intéressante corrélation (3 cas sur 4) entre la forte baisse (jusqu’à 50 %) des valeurs de l’Indice d’Abondance et la présence d’ourse suitée d’ourson de l’année ce qui pourrait permettre d’utiliser cette technique pour alerter très tôt dans la saison sur l’éventualité d’une reproduction.
Suivi télémétrique
Quatre des ours lâchés en 2006 et encore suivis par télémétrie en 2007 nous ont permis d’enregistrer 392 données de localisation. Le collier de Francka GPS-GSM s’est détaché, comme prévu après un an de fonctionnement, le 26 avril 2007 sur la commune de Bagnères de Luchon (31). Après 15 jours d’absence de localisation, elle fut retrouvée le 10 mai sur la commune de Ens (65), puis a été suivie très régulièrement par le SD 65 de l’ ONCFS et l’ETO.
Les colliers de Hvala et de Balou ne se sont pas détachés 1 an après comme prévu et nous avons ainsi pu bénéficier des GPS-GSM jusqu’à la fin des batteries, le 16 juin 2007 pour Balou et le 3 juillet pour Hvala. Hvala est ensuite restée dans une zone restreinte, nous avons pu la localiser très régulièrement.
Balou a séjourné en Espagne une bonne partie de l’été et de l’automne, comme le montrent les données catalanes. Le collier GPS-GSM de Sarousse nous a régulièrement adressé des données fiables de sa localisation.
Les indices indirects des ours suivis par radio-télémétrie
Sur l’ensemble des indices relatifs aux ours marqués versant français, les indices les plus fréquents sont d’abord les prédations (33 %), puis les pistes (18%), les crottes (16 %), les poils (11 %) et enfin les observations visuelles (10 %).
Source : suivi de l'espèce ours brun dans les Pyrénées françaises - Rapport annuel 2007