Le 8 avril dernier s’est tenue une réunion de présentation du "plan d’action national sur le loup" élaboré pour la période 2008-2012 dans le contexte français d’une activité importante et traditionnelle d’élevage".
Rencontre avec Blandine Meunier, chargée de mission "grands prédateurs" au bureau "foncier et biodiversité" à la DGPAAT (sous-direction "biomasse et environnement".)
Le loup fait-il partie des espèces protégées ?
Blandine Meunier : Oui, tout a fait, le loup, comme l’ours et le lynx, est une espèce protégée au titre d’une part de la convention de Berne du 19 septembre 1979, relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l’Europe, d’autre part de la directive de l’Union européenne du 21 mai 1992 relative à la conservation des habitats naturels ainsi que de la flore et de la faune sauvage (directive "Habitats"). Dès le retour du loup en France, l’Etat a mis en place des moyens pour assurer le suivi scientifique de l’espèce, l’indemnisation des dommages au cheptel, la protection des troupeaux et l’assistance des éleveurs, notamment à cette époque à travers l’instrument financier de la Commission européenne pour l’environnement qu’est le programme LIFE.
Quelle est la compétence du MAP en la matière ?
Blandine Meunier : La mission du MAP est de favoriser la coexistence des activités agricoles, notamment d’élevage, avec le loup ; celle du MEEDDAT est d’assurer la préservation de cette espèce. Dans ce cadre, le plan d’action national sur le loup 2008-2012 a été élaboré conjointement par ces deux ministères. Le MAP subventionne avec l’aide de l’Union européenne les mesures de protection des troupeaux contre la prédation, à hauteur en 2008 de cinq millions d’euros. Le MEEDDAT indemnise les dégâts au cheptel, soit 800 000 euros environ (à raison de 2500 à 3000 animaux par an ces dernières années). La DRAAF Rhône-Alpes assure, en lien avec la DIREN Rhône-Alpes, la coordination technique de la mise en œuvre du nouveau plan, pour les volets relatifs à l’élevage.
Quel est le contexte de terrain pour la mise en place de ce plan ?
Blandine Meunier : La population de loups française est aujourd’hui installée durablement. Elle poursuit son expansion géographique en-dehors du massif alpin. Les impacts liés à la présence de l’espèce rendent son acceptation sociale délicate, en particulier dans les secteurs en voie de colonisation, dans lesquels de nouveaux systèmes d’élevage sont concernés. L’anticipation et l’existence d’instances de dialogue sont à ce titre très importantes.
Dans le cadre du groupe national loup, qui suit la mise en œuvre du plan, la concertation existe depuis plusieurs années maintenant ; la profession est présente à la table, ainsi que les différents partenaires que sont les associations de protection de l’environnement, les élus de montagne, les bergers, les chasseurs et les administrations concernées. Au niveau local, des comités départementaux «loup» existent, sur le même principe. Dans les zones de colonisation potentielle, la mise en place par les préfets de «cellules de veille» préfigurant ces comités, est un élément important du dispositif tracé pour les années à venir.
Quelle est la substance de ce nouveau plan ?
Blandine Meunier : Ce nouveau plan s’inscrit dans la continuité des actions menées par l’Etat depuis le début de ce dossier, en terme d’accompagnement des éleveurs et de suivi du loup. Mais il détermine aussi de nouvelles approches de gestion pour favoriser la maîtrise des coûts liés à cette politique, qui repose sur un fort investissement tant en moyens humains que financiers. Dans le respect des engagements européens et internationaux de la France pour la conservation de la biodiversité, le plan définit les principes d’une gestion différenciée de la population de loups en vue de prévenir des dommages importants à l’élevage.
Fondée sur des critères biologiques et anthropiques, cette gestion permet désormais des interventions encadrées dans les territoires de colonisation et facilite le recours au tir de défense des troupeaux dans les zones de présence permanente de l’espèce. Elle donne une plus grande autonomie au niveau local, nécessaire à une meilleure prévention des conflits. Par ailleurs, pour anticiper la colonisation potentielle de nouveaux territoires, le plan organise l’extension du dispositif de suivi de l’espèce au-delà des Alpes.
Quelle est la stratégie de communication de l’Etat dans le cadre du plan loup ?
Blandine Meunier : Le plan détermine les conditions d’une meilleure diffusion de l’information, à travers une concertation locale accrue mais aussi du renforcement de la stratégie de la communication de l’Etat dans ce domaine. C’est la Direction régionale de l’environnement Rhône-Alpes qui est chargée de l’élaboration et de la mise en œuvre de cette stratégie, qui portera notamment sur la gestion des interactions avec les activités humaines et sur l’anticipation de l’arrivée du loup dans de nouveaux territoires.
Source : Intranet du ministère de l'Agriculture